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Fonction publique : l’emploi régional en passe d’être généralisé ?

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S’achemine-t-on vers la répétition du scénario des cadres des AREF dans les autres secteurs ? Ce scénario semble être écarté pour le moment même si un projet de décret vise à institutionnaliser l’emploi régional. Le prochain gouvernement est appelé à prendre en compte les recommandations du nouveau modèle de développement qui prône l’élaboration d’un statut de la fonction publique territoriale, adapté aux réalités et spécificités régionales.

Le Maroc s’oriente vers l’institutionnalisation de l’emploi régional dans la fonction publique à travers un nouveau texte qui sera bientôt mis dans le circuit législatif pour fixer les modalités et les conditions d’accès à la fonction publique. Le texte vise à permettre aux services déconcentrés de l’État d’organiser et de définir les conditions des concours d’accès à la fonction publique en vue de garantir la stabilité des ressources humaines au niveau régional à travers la répartition régionale des postes budgétaires dédiés à chaque secteur.


Sera-t-il question de reproduire le même modèle du secteur de l’enseignement qui continue de susciter des débats animés et des contestations sociales ? Ce scénario est écarté, du moins pour le moment, selon nos sources. Le choix de l’emploi régional pourrait être soutenu par l’ensemble des parties prenantes si les ressources humaines recrutées sont intégrées directement dans le système de la fonction publique.

Certains députés estiment nécessaires de garantir l’équité en matière de recrutement au niveau régional en vue d’éviter les erreurs du passé et de mettre fin à l’iniquité spatiale en matière de répartition des ressources humaines de la fonction publique, à commencer par le secteur de la santé. Ce secteur, précisons-le, pâtit d’un énorme déficit en ressources humaines s’élevant à 97.566 professionnels et qui est aggravé par un déséquilibre régional en matière de leur répartition.

Plusieurs localités ne sont pas couvertes par les ressources humaines de la santé, en raison des médecins qui boudent les concours régionaux. Une problématique que le gouvernement essaie de résoudre par l’adoption d’un nouveau statut spécifique dédié au personnel de la santé qui est en cours de préparation. L’objectif est de mettre en place un statut à même d’attirer les compétences marocaines, surtout les médecins et leur offrir des avantages qui leur permettrait de travailler dans la fonction publique. L’Exécutif parviendra-t-il pour autant à gagner ce pari? La concrétisation des desseins escomptés nécessite la mobilisation de ressources financières conséquentes afin que les rémunérations soient à la hauteur des aspirations des compétences médicales.

Un statut spécifique aux métiers de l’éducation
Quid des autres secteurs ? Comment compte-t-on stopper le malaise au sein du secteur de l’éducation nationale qui a été rythmé encore une fois, cette année, par les protestations des enseignants cadres des académies ? À cet égard, une grande responsabilité incombe au prochain gouvernement.

Plusieurs voix au sein de l’échiquier politique se sont déjà exprimées contre l’emploi régional, tel qu’il a été pratiqué dans le secteur de l’enseignement. La commission spéciale du modèle de développement semble avoir tranché ce débat en prônant la création d’un statut dédié aux métiers de l’éducation qui doit inclure l’ensemble des enseignants, y compris les «contractuels» (cadres des académies régionales).

Le recrutement régional, à lui seul, ne sera pas suffisant pour mettre fin au déséquilibre en matière de ressources humaines au niveau des régions. Encore faut-il miser aussi sur la mobilité des fonctionnaires dans le cadre de l’implémentation de la régionalisation avancée et la déconcentration administrative.

Le transfert des compétences de l’administration centrale à l’administration régionale nécessite le redéploiement des fonctionnaires qualifiés au niveau local dans les quatre coins du Maroc. Le défi est de dépasser les couacs de l’approche précédente de la mobilité qui est mort-née. Un nouveau texte est en vue depuis des mois.

L’enjeu est de prendre en considération les obstacles qui ont empêché l’implémentation de la mobilité au sein de l’administration publique depuis 2015 afin de les éviter dans la nouvelle législation. Celle-ci misera, selon nos sources, sur le volet des incitations des fonctionnaires. Aujourd’hui, aucune mesure incitative n’existe pour déclencher une dynamique volontaire de mobilité des fonctionnaires au niveau régional. Même l’indemnité pour le travail dans les zones éloignées et difficiles d’accès qui devait bénéficier il y a plus de 11 ans essentiellement aux fonctionnaires de l’éducation nationale et de la santé est toujours en stand-by.

Dans sa première offre aux centrales syndicales en 2019, le gouvernement, rappelons-le, avait proposé une enveloppe budgétaire de 420 millions de dirhams pour 50.000 fonctionnaires travaillant dans les zones éloignées et difficiles d’accès.

Améliorer l’attractivité territoriale
C’est l’un des dossiers épineux auxquels devra s’attaquer le prochain Exécutif qui est appelé à prendre en compte les orientations de la Commission spéciale du modèle de développement qui fait référence à la réallocation des ressources humaines au profit des territoires.

La commission souligne, à cet égard, que les écarts en matière d’attractivité territoriale appellent à prévoir des mécanismes incitatifs, qui ne sont pas nécessairement d’ordre indemnitaire, pour atténuer les réticences et le désintérêt des agents de la fonction publique pour la mobilité géographique, interministérielle et fonctionnelle. Il s’agit en particulier de mieux valoriser la mobilité dans le processus d’évolution et d’avancement de carrière, notamment pour l’accès à de hautes fonctions.

À cet effet, la commission recommande l’élaboration d’un statut de la fonction publique territoriale, adapté aux réalités et spécificités régionales, en vue d’apporter des réponses de fond à la problématique de l’allocation des ressources humaines au profit des échelons territoriaux. «Axé sur des outils de prévision et de gestion de compétences, ce nouveau statut offrira la possibilité d’anticiper les besoins et les métiers territoriaux et d’y répondre de manière efficace et efficiente», précise-t-on.

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco

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