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Quelle place pour l’enseignement de la langue arabe au Maroc?

L’internationalisation de l’enseignement, effet de mode suscité par la floraison des écoles des missions étrangères et les mutations imposées à notre société par la mondialisation, fait qu’aujourd’hui, 66% des enfants au Maroc ne sont pas capables de lire et de comprendre un texte simple en arabe à 10 ans. Il est loin, le temps où les manuels scolaires donnaient à goûter à l’art de Khalil Gibran, Ahmed Chaouki, Abou Al-Alaâ Al-Maâri, Al Moutanabbi ou Aicha Bint Chatiî et où les équations complexes de la grammaire arabe étaient déchiffrées dès le CM1 et le CM2.

Les choses ont bien changé et, hélas, la langue arabe n’était plus suffisamment «in» pour être aimée ni parlée dans nos foyers. Dans les crèches, par exemple, l’on apprend d’abord aux enfants à parler français et anglais car, «de toute façon, ils apprendront l’arabe plus tard, et puis, c’est la grande tendance», dit-on. Et dans la foulée de cette mutation, une partie de notre ADN marocain s’est érodée, tant aussi nous avons jonglé entre l’arabisation de l’enseignement et le bilinguisme, au fil des années et des gouvernements. L’apprentissage des langues étrangères est une richesse, et cela, nul ne saurait en débattre.


Or, à partir du moment où cette valeur ajoutée a commencé à être appréciée comme un critère d’ascension sociale, l’arabe a été relégué au rang inférieur. Et c’est là, justement, que la responsabilité de toute une société est engagée car, comment parler de préserver notre capital immatériel, dès lors qu’on se défait de la déterminante clé de notre identité qu’est la langue mère ? Comment être attaché à son pays quand on ne plonge pas dans les «mers» de sa langue et comment s’imprégner de sa culture, quand on baigne exclusivement dans les cultures étrangères ? Car il ne suffit pas d’arabiser l’administration pour estimer que nous valorisons la langue, et encore moins de ne s’en rappeler que le 18 décembre de chaque année. C’est une stratégie multidimensionnelle qu’il nous faut déployer, dans les écoles et dans les foyers, pour nous réconcilier avec l’arabe. Au change, nous gagnerons tous sur les plans culturel, social et économique. 

Meriem Allam / Les Inspirations Éco

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