Opinions

Le pain de l’anarchie

De toutes les concessions que le Marocain lambda acceptera de faire, le pain est et restera la ligne rouge à ne pas franchir. Denrée de base dans le régime alimentaire de la population, il constitue – pour ô combien de familles – le principal élément des repas. L’histoire se rappellera d’ailleurs des fois où les Marocains sont descendus dans la rue protester violemment contre la hausse du prix du pain. La qualité peut-elle être sacrifiée pour autant sur l’autel de l’hygiène sanitaire ?

Démocratiser l’accès au pain peut-il être admis dans l’anarchie ? La récente alerte lancée par les défenseurs des consommateurs sur la qualité du pain commercialisé sur le marché national n’est pas inédite en soi, sachant que les professionnels de la boulangerie avaient eux-mêmes plusieurs fois appelé à faire le ménage dans le secteur. Il y a deux années, dans les dédales du SIAM, nous nous rappelons avoir été accostés par les membres de la fédération sectorielle qui suppliaient presque de porter leur voix à ce propos. Ils fustigeaient le laisser-aller effarant qui donne lieu au foisonnement de commerces et ateliers anarchiques de pain. Leur message a été transmis, mais a-t-il été entendu? Rien n’est moins sûr, puisque le pain de l’anarchie continue à nourrir bien des bouches et à remplir bien des poches ! En somme, les défenseurs ne sont pas contents, les professionnels structurés non plus. Les citoyens, eux, se montrent moins exigeants dès lors que le prix suit. Quant à ceux qui s’improvisent boulangers, ils prospèrent dans l’informel, plombant à la fois les points de croissance dont le secteur a bien besoin et le budget de la santé publique. Il faudra donc bien, à un moment donné, sonner la fin de la récréation dans cette filière et tout faire pour récupérer les 50% du chiffre d’affaires sectoriel qui échappent encore au segment formel… et au fisc. À géométrie variable, de nombreux métiers gagneraient aujourd’hui à être assainis tant pour le bien des consommateurs que celui des caisses de l’État. C’est aussi par là que passe la relance !


Meriem Allam / Les Inspirations Éco

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