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Le défi de l’insertion professionnelle pour la jeunesse marocaine

Chaque année, c’est le même constat : le Maroc peine à intégrer ses jeunes dans la vie active et plus d’un chômeur sur trois a moins de 25 ans. Programmes gouvernementaux et initiatives privées s’organisent pour leur offrir de nouvelles perspectives.


Qu’ils soient diplômés ou sans qualification, l’entrée des 15-24 ans dans la vie active est aujourd’hui encore un véritable parcours du combattant. En 20141, 21,1% des jeunes lauréats de l’enseignement supérieur étaient en recherche d’emploi, un taux deux fois plus élevé que la moyenne nationale (9,9%). A contrario, seuls 4,7% des non diplômés étaient au chômage, mais subissaient la précarité du secteur informel, sans couverture sociale ni contrat de travail écrit (pour 85,5% d’entre eux2). Souvent malmenés entre des stages non rémunérés, des contrats ANAPEC ou des CDD, les jeunes peinent à s’insérer durablement dans la vie active. Deux tiers2 d’entre eux mettent un an ou plus à trouver un emploi stable (on relève d’ailleurs que 45,3% des chômeurs sont des primo demandeurs d’emploi en 2014). Pour quelles raisons les employeurs délaissent-ils la classe d’âge des 15-24 ans ? Les réponses se trouvent dans l’inadéquation entre les besoins des entreprises et les compétences opérationnelles des jeunes ainsi que dans la carence d’emplois décents offerts par l’économie nationale. Par ailleurs, les jeunes ont toujours tendance à négliger le secteur privé alors que les emplois publics sont en baisse. Faute de conseils et d’orientation pour préparer leur entrée sur le marché du travail, les moins de 25 ans décrochent difficilement leur premier emploi.

Quand le gouvernement s’en mêle
En 2014, 44,7% de la population marocaine était âgée de moins de 25 ans. Cette jeunesse est une véritable chance pour le pays car elle porte en elle dynamisme, innovation et productivité, qui sont autant de facteurs de croissance économique, à condition de pouvoir s’exprimer. Conscient des difficultés auxquelles sont confrontés ses jeunes en recherche d’activité, l’État marocain s’est attelé à lancer des programmes économiques générateurs d’emplois, réformer son enseignement supérieur et faciliter l’accès des jeunes au marché du travail. Ainsi, le lancement de chantiers d’infrastructures et de plans sectoriels de développement (Émergence) génère un environnement favorable à l’investissement et à la création d’emplois. Dans le domaine de l’enseignement supérieur, la réforme est en cours3 : les filières professionnalisantes de types licences et masters spécialisés se multiplient pour former des jeunes opérationnels dans des métiers recherchés par les employeurs.

Avec l’ANAPEC, le gouvernement met également en œuvre des programmes visant l’employabilité de ses jeunes (programme Taehil, axé sur la formation), la promotion de l’emploi salarié (programme Idmaj et Contrat d’intégration professionnelle) et même l’auto-emploi (programme Moukawalati). Ces initiatives portent leurs fruits puisque sur la période 2007-2013, Idmaj a permis l’insertion de 50.000 jeunes en moyenne par an, tandis que Moukawalati a suscité la création de plus de 5.400 entreprises, générant environ 15.000 emplois. Cependant, ces chiffres ne sont pas garants d’insertions sur le long terme et ne nous renseignent pas sur la couverture sociale des jeunes embauchés. On attend davantage de l’ANAPEC : qu’elle soit en mesure d’aider aussi bien les jeunes diplômés que ceux sans qualification et qu’elle cible mieux ses actions pour lutter contre le travail précaire, l’emploi informel et les inégalités, aussi bien territoriales, de genre ou entre secteurs d’activité.

Une initiative privée pour l’insertion des jeunes diplômés
Sous l’impulsion du cabinet de conseil en ressources humaines H&F Associates, trois types d’acteurs du secteur privé se sont unis pour lancer une action citoyenne destinée à mettre de futurs diplômés en situation réelle d’emploi. À partir du 1er avril 2016, ce sont ainsi des élèves du Master RH d’HEM Casablanca qui débuteront un stage de fin d’études unique en son genre. Leur mission consistera à assurer eux-mêmes le recrutement de talents destinés à occuper des postes de cadres et de middle management au sein des entreprises partenaires (Hilti, Beiersdorf, Mazars et deux autres acteurs à confirmer). Coachés par le cabinet H&F Associates et encadrés par les services RH des entreprises partenaires, ces jeunes suivront un parcours qui les confrontera à toutes les facettes du métier de recruteur : compréhension de l’environnement de l’entreprise cliente, gestion de la relation commerciale et déploiement de compétences techniques. Baptisé «Tremplin opérationnel», ce projet porte en lui les valeurs de partage, de responsabilité sociale et de passion pour le développement de talents, qui animent ses initiateurs. Et pour aller jusqu’au bout de la démarche, il valorisera le travail des stagiaires et le corrélera à la réalité économique de leur mission en rémunérant chaque recrutement effectué. 


 

Notes :

(1) Premiers résultats du Haut-commissariat au Plan pour l’année 2014.
(2) Chiffres HCP 2013.
(3) Voir l’article : «La formation supérieure au service de l’émergence», paru le 12 novembre 2015.

Principales sources d’informations :
Note synthétique de politique : «Investir dans l’emploi des jeunes au Maroc pour faire face au chômage et à la précarité», ministère de l’Emploi et des affaires sociales du royaume du Maroc, août 2014.
Rapport «Politiques et dispositifs d’insertion professionnelle et de création d’emplois au Maroc» d’Allal Ouahab, mai 2014.
Rapport «Activité, emploi et chômage – Année 2014 – Premiers résultats», Haut-commissariat au Plan.


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