Maroc

Vente pyramidale : Bank Al-Maghrib durcit le ton

Suite à la multiplication des alertes contre la vente pyramidale, la Banque centrale appelle les banques à plus de vigilance dans la gestion des comptes des sociétés opérant dans ce secteur.


La Banque centrale a réagi à la polémique qui enfle depuis des mois autour de la vente pyramidale. La Direction de la supervision bancaire relevant de Bank Al-Maghrib vient en effet d’envoyer une alerte aux établissements bancaires pour faire face à ce business illégal qui a fait déjà plusieurs victimes. «Nous vous demandons d’inviter les membres de votre groupement à observer une plus grande vigilance à l’occasion d’ouverture de comptes pour ce type de sociétés et à alerter les autorités compétentes en cas de détection d’opérations suspectes effectuées sur des comptes bancaires déjà détenus par ces sociétés», exige la Banque centrale dans une lettre envoyée au Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM). La direction de la supervision bancaire indique avoir constaté ces derniers temps la prolifération de sociétés commerciales dont l’activité s’apparente au système de vente pyramidale utilisant le secteur bancaire pour assurer la promotion de leurs produits.

Business illégal
En effet, «un certain nombre de sociétés proposent au public des placements dont le rendement est exceptionnel en se basant sur une combine de type Ponzi», poursuit la Banque centrale, faisant référence à Charles Ponzi, un Italien devenu millionnaire en peu de temps grâce à un montage financier consistant à rémunérer les investissements des clients essentiellement par les fonds procurés par les nouveaux entrants.

La technique consiste «à collecter les fonds d’un investisseur en faisant miroiter des rendements sans rapport avec la réalité économique, payer de faux rendements aux premiers souscripteurs au détriment des nouveaux adhérents ou pour rembourser les investisseurs qui veulent récupérer leur argent, tout en adoptant un système incitatif en faveur des membres qui recrutent de nouveaux adhérents», explique la direction relevant de Bank Al-Maghrib. Et d’ajouter : «Dans ce nouveau type de pratiques, les derniers adhérents ou les investisseurs qui tardent à encaisser leurs rendements risquent de perdre tout leur capital».

Pour la banque  centrale dirigée par Abdellatif Jouahri, ceci semble s’apparenter à l’exercice illégal d’une activité réglementée, s’assimile à des opérations d’appel public à l’épargne auprès «d’investisseurs» à l’effet d’investir cette épargne moyennant une rétribution prédéterminée conformément aux dispositions de l’article 2 de la loi 44-12 relative à l’appel public à l’épargne ; et à la réception de fonds du public sous forme de dépôt ou autrement, conformément aux dispositions de l’article 2 de la loi 103-12 relative aux établissements de crédits et organismes assimilés. Cette pratique constituerait également une infraction aux dispositions de l’article 58 de la loi 31-08 édictant des mesures de protection du consommateur, qui interdisent de promettre au consommateur des gains financiers qui résultent d’une progression géométrique du nombre de personnes recrutées (vente pyramidale).

Investissement à risque
La réaction de la Banque centrale aura quelque peu tardé car les victimes du système de vente pyramidale dénoncent les arnaques de ce business depuis plusieurs mois. Sur les réseaux sociaux, plusieurs victimes ont en effet mis en garde le grand public contre «l’arnaque» de cette activité qui fait miroiter aux clients des gains mirobolants afin de les faire tomber dans le piège. La société qui a le plus défrayé la chronique ces derniers mois est Learn & Earn Cosmetique (L&E), une société de vente de produits cosmétiques à base d’huile d’argan et de figue de barbarie. La société, à travers un montage compliqué que seuls les initiés peuvent maîtriser, promet à ses clients-membres des bénéfices mirobolants.

Sauf que l’aventure a tourné court pour nombre de participants à ce business. Et plusieurs d’entre eux ont déballé sur les réseaux sociaux les pratiques de ladite société. Plusieurs jeunes ont en effet publié des vidéos sur YouTube pour dénoncer «l’arnaque» en décortiquant le mode de fonctionnement du système utilisé par L&E. De même, une page baptisée «Contre l’arnaque de Learn & Earn» a été créée il y a quelques mois de par les anciens clients-membres de la société.

De son côté, le PDG de la société, Zakaria Fathani, a contre-attaqué en diffusant une vidéo pour rassurer les clients de la société et assurer que son entreprise agit conformément aux lois en vigueur. Dans tous les cas, en dépit de ces alertes, le constat est que ce business, qui promet des taux de rendement faramineux, continue de séduire. Néanmoins, la Banque centrale est décidée à serrer la vis et à mettre fin aux dérives qui caractérisent cette activité.

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