Maroc

Transport de minerais dangereux : 320 entrepôts clandestins à Casablanca

320 entrepôts clandestins ! C’est le nombre d’entrepôts clandestins existant à Casablanca et où seraient déposés, en vrac, plusieurs tonnes de minerais dangereux, ce qui n’est pas sans menacer la sécurité sanitaire des habitants mitoyens. Et pas seulement. Les transporteurs routiers sont les premiers exposés au danger de ces produits.


Un vent de colère souffle chez les transporteurs. Depuis quelques jours, le bruit circule dans le milieu professionnel selon lequel la ville de Casablanca compterait de nombreux entrepôts clandestins où seraient stockés des minerais dangereux, menaçant ainsi la sécurité sanitaire des habitants mitoyens. On affirme aussi que les transporteurs, eux-mêmes, courent un danger réel en transportant ces matériaux dangereux. «Des poussières provenant de ces produits sont libérées lors du transport, du stockage, du chargement ou déchargement.

Les transporteurs sont souvent exposés à l’inhalation de poussières, entraînant des maladies telles que  la tuberculose ou le cancer du poumon», prévient Abdellah Hamouchi, SG de l’Union des syndicats professionnels des transporteurs routiers. C’est pourquoi, ces derniers ont lancé, récemment, une campagne pour sensibiliser les professionnels sur les risques sanitaires qu’ils couraient en transportant ce type de marchandises. Et pas seulement. Leur campagne avait aussi pour but d’interpeller les autorités locales sur des entrepôts clandestins où des minerais dangereux seraient entreposés, en dehors des normes requises par la loi. «Par cette campagne, nous avons tenu à jeter la lumière sur les dangers de ces produits et leurs effets négatifs sur l’environnement et la sécurité sanitaire aussi bien des citoyens que des transporteurs», précise le syndicat professionnel des transporteurs.

La campagne a-t-elle atteint son objectif ? Oui, se félicite-t-on au sein de cette instance syndicale. C’est suite à cette action -mais aussi via de nombreuses plaintes déposées par les riverains pour les nuisances causées par les poussières- que les autorités casablancaises auraient décidé de prendre le taureau par les cornes. Il y a deux semaines, celles-ci ont mené des interventions dans des entrepôts non autorisés pour vider les lieux de tous les minerais dangereux qui y sont stockés (près de 140 tonnes), en dehors des normes requises.   

Des sociétés hors la loi !
Pourtant, tout n’est pas rose. Des associatifs tirent la sonnette d’alarme. «La mission des autorités serait difficile. Des entrepôts clandestins pullulent dans toute la ville. Plusieurs tonnes de minerais dangereux seraient stockées dans ces entrepôts, mettant ainsi en danger la sécurité sanitaire des riverains», assurent ces mêmes voix associatives. 320 entrepôts clandestins ! C’est le nombre d’entrepôts existant à Casablanca et où seraient stockées des quantités importantes de minerais dangereux, ce qui n’est pas sans menacer la sécurité sanitaire des habitants mitoyens.

La révélation nous a été faite par Mourad Saai SG régional des transporteurs routiers à Casablanca-Settat, lequel ne mâche pas ses mots. «Le nombre exact des entrepôts clandestins pourrait dépasser de loin ce chiffre. D’autres, qui ne sont pas encore identifié, existent notamment à Lahjajma, Lahraouiyine, Aïn Sebaa, Sidi Bernoussi, …etc», ajoute Mourad Saai. Ce n’est pas tout. À en croire d’autres sources professionnelles, certaines sociétés, opérant dans l’informel, font appel à des transporteurs qui ne sont pas connus sur le marché. D’autres sociétés, bien qu’ils soient formels de point de vue constitutionnel et juridique, seraient, elles-aussi, hors la loi en matière d’exercice d’activité dans le transport, l’entreposage et la transformation des minerais, selon d’autres professionnels. «Nous demandons l’ouverture d’une enquête sur cette activité ainsi que sur ces entrepôts clandestins qui se trouvent dans l’ensemble des arrondissements de la ville, sans que cela puisse déranger les autorités». Faut-il s’inquiéter des effets néfastes de ces minerais? Les riverains des entrepôts seraient-ils menacés ? Oui, répond un expert de la place.«Le stockage de ces minerais dans des entrepôts clandestins devient très inquiétant.

Les autorités locales doivent intervenir. Car il y va de la santé des transporteurs et de ceux qui déchargent ou chargent ces produits, dont les composés chimiques (oxyde de zinc, plomb, nitrate d’ammonium, …) sont très dangereux et passent à l’être humain par simple inhalation. Normalement, tous les transporteurs qui chargent, déchargent ou transportent des matériaux dangereux doivent recevoir une formation», précice ce même expert.

Secteur promoteur !
Visiblement le secteur ne serait pas en crise, assurent des professionnels. Chaque mois, pas moins de 140 tonnes de minerais sont exportées en Chine via le port de Casablanca. Ces matériaux proviennent de Ouarzazate, Midelt ou encore Er Rachidia. Installés dans ces provinces du sud du pays, des exploitants de mines vendent leurs produits à des entreprises marocaines, lesquelles sont associées à des chinois et font appel à des transporteurs routiers pour transporter et stocker ces marchandises depuis ces provinces jusqu’à Casablanca. Arrivés à Casablanca, ces matériaux sont stockés en vrac dans des entrepôts, avant qu’ils soient ensuite chargés sur des conteneurs pour être exportés en Chine, assure aux inspiration ÉCO Mohamed, un transporteur routier rencontré cette semaine au port de Casablanca : «les sociétés décrivent l’opération de transport comme une marchandise normale. Or nous sommes souvent surpris de constater que les marchandises à transporter sont des minerais». Pourtant, ces minerais sont dangereux et juridiquement, ils sont soumis à une réglementation très particulière. Or le plus souvent, selon le même transporteur, «ces produits transportés ne disposent d’aucun rapport délivré par un laboratoire, lequel document doit témoigner de la non nocivité de la marchandise que ce soit sur l’environnement, la santé ou la sécurité des transporteurs et des citoyens». Ce qui fait dire à la même source qu’à tout moment, les transporteurs peuvent faire l’objet d’une poursuite judiciaire.  

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