Maroc

Samir : Six mois de déroute

La crise de la Samir entame son septième mois. La nouvelle sortie de Abdelilah Benkirane, chef de gouvernement, au Parlement sur ce sujet confirme le chantage de l’actionnaire et l’impuissance de l’État.


Démission d’un membre du Conseil d’administration, un comité de direction désuni par des mises au placard et désaccords de fonds sur la gestion de crise, une entreprise muette face à la plus importante crise de son histoire, des syndicats déboussolés et un État absent. C’est le portait rapide de la Samir, six mois après l’arrêt de la production au sein de ses unités. Aucune sortie de crise n’est aujourd’hui envisagée.

Est-ce fini ?
Le 1er janvier, le président du tribunal de commerce avait décidé de faire appel aux services de trois experts financiers pour passer au scanner les comptes de l’entreprise. L’article 552 du Code de commerce stipule que «le président du tribunal peut charger un expert d’établir un rapport sur la situation économique, sociale et financière de l’entreprise et, nonobstant toute disposition législative contraire, obtenir, des établissements bancaires ou financiers, tout renseignement de nature à donner une exacte information sur la situation économique et financière de l’entreprise». À ce moment-là, la procédure judiciaire était déjà officiellement lancée. Elle s’annonçait déjà longue. «La procédure de l’évaluation actuelle est confidentielle», nous répond Me Abdelkabir Tabih, de la défense de la Samir. Selon nos sources, les auditeurs devront éplucher les comptes de la société entre 2004 et 2015. Cette étape devrait préparer le terrain pour la suite de la procédure. «C’est fini», lâche, pessimiste, un directeur central à la Samir. Et d’enfoncer le clou : «il est désormais impossible de sauver l’entreprise. Samir a une dette de 42,2 MMDH. Cette charge est insurmontable». Même désarroi chez les syndicats qui ne savent plus sur quel pied danser. Après une rencontre d’apaisement avec la direction, le trio syndical composé de la CDT, la FDT et l’UNTM avait tenu un sit-in le 27 janvier  dernier pour exiger la reprise de l’activité. «Sauver cette industrie nationale et des milliers d’emplois est notre priorité. L’État et l’actionnaire doivent trouver un terrain d’entente», insiste El Houcine El Yamani, secrétaire général de la CDT-Samir. Le collectif syndical milite aussi pour que la voix des travailleurs soit entendue. «Le gouvernement refuse de nous recevoir, ce qui n’est pas normal», estime ce syndicaliste. Pour faire pression sur le gouvernement, le collectif organise le 13 février prochain un meeting politique avec 14 organisations dont les partis pressentis de l’Istiqlal, le PJD, l’USFP, le PPS et la Fédération de gauche. Pendant ce temps, l’outil industriel est à l’arrêt. Chaque jour qui passe, la perspective de la reprise de la production s’éloigne…

Les révélations de Benkirane
Abdelilah Benkirane, chef de gouvernement, a donné des détails sur le processus d’arrêt de la raffinerie de la Samir. S’exprimant lors de la séance mensuelle sur les politiques publiques, hier mardi, Benkirane a rappellé encore une fois que «cette privatisation était une erreur» car la gestion de l’investisseur étranger «s’est avérée défaillante», a-t-il estimé. La situation actuelle est la conséquence d’un chantage qu’aurait subi l’État pendant des années. «Cette société a dépassé les bornes. Quand la Samir avait besoin d’argent, la direction nous menaçait de fermer l’entreprise. Nous étions clairement sous pression. La dignité du pays a été bafouée», révèle-t-il. Et d’ajouter: «Notre position actuelle a été prise au plus haut sommet de l’État». En prévision de l’arrêt de la raffinerie, le gouvernement aurait, selon Benkirane, préparé le scénario de la libéralisation. «Le scénario actuel a été précédé par une consultation avec les distributeurs. Nous leur avons demandé s’il était capable d’assurer l’approvisionnement du marché. Ces derniers ont répondu présents». Le chef de gouvernement se dit prêt à assumer toutes les conséquences de ces décisions, et l’Exécutif poursuit les procédures judiciaires pour recouvrer les créances de l’État.


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