Maroc

Quel avenir pour le Parti de l’Istiqlal ?

Bon nombre de défis sont à relever par les héritiers de Allal El Fassi suite à la polémique suscitée par les propos de Chabat, mais aussi le revers cinglant essuyé lors des dernières élections. Le prochain congrès du PI s’avère décisif pour la gestion du parti et son repositionnement au sein de l’échiquier politique.


Après la tempête qui vient de le secouer, le Parti de l’Istiqlal va-t-il revoir sa stratégie pour pouvoir se repositionner sur l’échiquier politique? D’aucuns pensent qu’il s’agit d’une nécessité pour redonner au PI, l’un des plus vieux partis présents sur la scène politique, son éclat d’antan, non seulement en raison de la dernière polémique suscitée par les propos de son secrétaire général, Hamid Chabat, mais aussi du revers cinglant que les héritiers de Allal El Fassi ont essuyé lors des dernières élections législatives. Le parti de la balance a, rappelons-le, perdu 14 sièges en comparaison avec les législatives anticipées de 2011. Le PI, qui vit au rythme d’une ébullition interne, est plus que jamais appelé à tirer les enseignements de ses échecs ainsi que de la gestion de ses alliances. «Le parti de la balance doit revoir son idéologie, ses statuts et sa gouvernance qui n’ont pas changé depuis l’Indépendance», souligne le professeur universitaire Miloud Belkadi qui estime qu’en dépit de tout, le PI a su démontrer, au fil des années, qu’il disposait d’une véritable force organisationnelle.

À la veille de son congrès ordinaire qui devra se tenir en mars prochain, le parti de l’Istiqlal arrivera-t-il à relever les défis qui se présentent à lui?

Concessions
Depuis 2012, la crise se fait sentir au sein de la formation fondée par Allal El Fassi à cause de la gestion du parti. La grogne a commencé avec Abbas El Fassi au lendemain de la formation du gouvernement de Benkirane en raison du choix des ministres de l’Istiqlal, au point que le parti a dû tenir un congrès anticipé qui avait élu Hamid Chabat à la tête du parti, portant ainsi une estocade au «clan El Fassi». Constitué au lendemain du 16e congrès, le courant «Bila Hawada» (sans répit) avait même traîné Chabat en justice, contestant son élection à la tête du parti et estimant que la ligne politique tracée par Allal El Fassi a été détournée de sa voie par le nouveau secrétaire général. Chabat a fini par se réconcilier avec les contestataires en janvier 2016. D’ailleurs, le chef du courant Abdelwahed El Fassi s’est même affiché avec le secrétaire général lors de la dernière réunion du Parlement du parti, samedi dernier, où les pro-Chabat ont dominé. Cela présage-t-il du retour du clan Al Fassi à la direction du parti? En tout cas, il est clair que l’ancien maire de Fès vient de s’écarter de la direction du parti. Certes, il ne s’agit pas d’une démission en bonne et due forme. Cependant, le leader trublion ne dirigera plus le parti comme il le faisait auparavant. Une commission composée de son bras droit, Abdelkader El Kihel, de Noureddine Mediane et de Abdellah Bekkali s’attellera à la gestion du parti. Quant aux négociations pour la formation du gouvernement, d’autres dirigeants s’en chargent désormais (Hamdi Ould Rchid, Mohammed Soussi et Bouamer Taghouane).

Le Parti de l’Istiqlal caresse toujours l’espoir d’entrer au gouvernement. Les concessions de son chef de file seront-elle suffisantes? Rien n’est moins sûr. Il faut dire que le PI s’attend à tout. Même en cas de non-participation au prochain Exécutif, les héritiers de Allal El Fassi comptent soutenir le gouvernement qui sera dirigé par Benkirane. Cette position risque de déplaire à certains députés. Cependant, l’expérience a démontré que, globalement, les parlementaires de l’Istiqlal se conformaient aux décisions prises par les instances dirigeantes du parti, du moins quand le vote était public. En témoigne le positionnement des parlementaires du PI au sein de l’hémicycle après les élections locales et régionales de 2015 qui ont marqué la rupture avec le PAM. Le parti a ainsi défini ses alliances. Le choix de l’opposition est écarté, du moins pour le moment.

Le PJD, l’ennemi d’hier, est devenu un allié incontournable pour l’Istiqlal afin de «soutenir la marche démocratique». Néanmoins, pour ceux qui sont au fait des us et coutumes de la citadelle istiqlalienne, le soutien du gouvernement sans y participer concrètement risque d’être fatal pour la popularité du parti auprès de ses bases. Le prochain congrès devra esquisser de nouveau les lignes du parti et son positionnement au sein de l’échiquier politique. Nombreux sont ceux qui appellent les ténors du parti à tenir un discours cohérent, contrairement aux «discours à l’emporte-pièce» du secrétaire général qui n’a cessé, au cours des dernières années, de changer de positions. La question de l’unité du parti s’avère on ne peut plus essentielle.

La décision du conseil national d’engager des mesures disciplinaire contre des ténors du parti (Karim Ghellab, Yasmina Baddou et Toufik Hjira) ne risque-t-elle pas de fragiliser le parti à la veille de son 17e congrès? Il faut dire qu’avant 2012, l’Istiqlal était comparé à une caserne militaire voire à une secte car il ne laissait rien ne transparaître de ses divergences. Au cours des cinq dernières années, les voix dissonantes même parmi les dirigeants se sont fait entendre. Les observateurs y voient le signe d’une véritable démocratie, à condition de se conformer au règlement du parti, tout en acceptant la différence des points de vue en gérant les différents courants. Au-delà des personnes, c’est l’institution qu’il faudra renforcer contre tous les aléas, selon les militants.  

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