Maroc

Production nationale des médicaments : état des lieux

Parmi les enseignements tirés du Covid-19, figure au premier chef la réforme du secteur de la santé. Ceci n’a pas manqué d’inciter les acteurs à modifier quelques paramètres pour une plus grande souveraineté sanitaire, à travers, notamment, le renforcement de la production nationale de médicaments. Détails.

En ce début d’année 2023, le mot d’ordre est la réforme, et ce, dans tous les secteurs, particulièrement celui de la santé. Une réforme à laquelle s’est bien appliqué le gouvernement à en juger par le budget consacré aux médicaments ces deux dernières années et la nature des dispositifs prévus. Néanmoins, un sujet particulier, relatif à la fabrication nationale des médicaments, ressort du derniers discours de Khalid Ait Taleb, ministre de la Santé et de la protection sociale. Éclairage avec Leila Laasel Sentissi, directrice exécutive de la Fédération marocaine de l’industrie et de l’innovation pharmaceutiques (FMIIP).

Le ministère veut inverser les tendances
«Il faut également privilégier les médicaments génériques, dix fois moins chers que les médicaments d’origine, et ainsi s’intéresser à leur production locale ou, le cas échéant, importer les médicaments génériques adéquats», a soutenu Ait Taleb.

Depuis plusieurs années déjà, des acteurs engagés militent pour une fabrication nationale des médicaments. C’est le cas par exemple de la FMIIP qui ne cesse de défendre cette cause depuis des décennies. Layla Laasel Sentissi, directrice exécutive de la FMIIP, confie à «Les Inspirations Éco» qu’il faut promouvoir une production locale, durable et compétitive qui respecte des standards en matière sociale, environnementale et de sécurité. Et d’ajouter que la production locale de médicaments génériques contribue à réduire la facture d’importation des médicaments et à assurer leur disponibilité aux citoyens à des prix raisonnables.

«Les génériques constituent une économie importante pour les caisses de l’État, et permettent une grande accessibilité aux citoyens et une meilleure médication du patient du fait que leur prix reste raisonnable», explique la directrice. Autre point à relever, la préférence nationale dans les appels d’offres.

En ce sens, notre source indique qu’un décret a été publié, destiné à privilégier la fabrication locale dans les appels d’offres, mais ce dernier ne concerne pas le médicament. «On n’a pas cessé de revendiquer que la préférence nationale, au niveau des appels d’offres publics, privilégie les médicaments fabriqués localement», fait savoir Layla Sentissi. Le problème réside également au niveau des prescriptions des médicaments. Selon notre interlocutrice, le référencement sélectif de médicaments, qu’il s’agisse du secteur privé ou public, doit être revu, de façon à intégrer l’adoption des médicaments génériques.

Création de groupements sanitaires territoriaux
Parmi les problèmes qu’il faut solutionner, le ministre de la Santé indique «qu’au Maroc, 80% des hospitalisations via les urgences ne sont pas de nature urgente. Nos centres de proximité ne sont pas en mesure d’admettre les patients, qui sont donc contraints d’affluer vers les grands hôpitaux». Afin d’y remédier, la tutelle procède à la création de groupements sanitaires territoriaux. «Il y a tout un travail de réforme progressif. Les centres de proximité doivent être mis à niveau pour pouvoir admettre le plus grand nombre de patients possible. Ces derniers ne doivent se tourner vers les grands hôpitaux qu’en cas d’urgence véritable», a déclaré le ministre.

Révision des prix des médicaments
Pour ce qui est de l’enveloppe budgétaire allouée aux médicaments, Ait Taleb fait savoir qu’elle a augmenté de manière substantielle depuis 2019. Au cours des deux dernières années, près de 900 millions de dirhams ont été injectés par l’État dans les médicaments. À la question relative à la révision des prix des médicaments, le ministre a répondu qu’il fallait revoir la marge bénéficiaire. Une commission et un bureau d’études ont été désignés à cet effet par le Chef du gouvernement, a-t-il fait savoir, insistant sur la nécessité de réviser la fiscalité sur les médicaments, qu’il s’agisse de la taxe douanière ou de la TVA.

«Pour réduire les prix des médicaments, il faut aussi miser sur l’industrie locale, et dans ce sens, garantir des incitations particulières aux producteurs de médicaments», a plaidé le ministre. Et d’ajouter que la préférence locale devrait être priorisée.

«Ce que nous produisons, nous devons nous en servir en premier puis, ensuite, place à l’exportation». En ce qui concerne la préparation du cadre juridique relatif à la fonction de la santé, la loi afférente sera bientôt présentée à la Chambre des conseillers. «La loi sur la fonction de la santé intervient au bon moment, d’autant que le Maroc, à l’instar d’autres pays, souffre d’une pénurie de professionnels de santé. Cette loi impulse des incitations financières sous forme de salaires fixes et de primes au rendement pour les personnes en contact direct avec les patients, une indemnité pour l’éloignement et une révision des indemnités liées à la garde et à l’astreinte», a indiqué Ait Taleb.

Le plan du ministère
Le ministère de la Santé a chargé l’Agence nationale de l’assurance maladie d’élaborer un plan global pour encourager l’utilisation des génériques au Maroc en raison du rôle important de ces produits dans la réussite de la politique pharmaceutique nationale. Il convient de rappeler que le projet de loi n°10.22 relatif à la création de l’Agence de fabrication de médicaments et de produits de santé a été adopté. Chose qui permettra au pays d’économiser au moins 7,5 milliards de DH, correspondant à la valeur des importations pharmaceutiques.

Kenza Aziouzi / Les Inspirations ÉCO

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