Maroc

Marché du travail: ce que dit le rapport de la Banque mondiale

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Le rapport souligne que la mise en place d’un marché du travail dynamique et inclusif reste encore un défi persistant au Maroc. Même si le revenu par habitant a doublé entre 2000 et 2018 et que le taux de pauvreté a été divisé par trois sur la même période, les créations d’emplois n’ont pas suivi. À cela s’ajoute le choc que subit actuellement le marché du travail, en raison de la pandémie de Covid-19. De nouvelles priorités s’imposent.

La Banque mondiale est en train d’aider le Maroc à y voir plus clair dans la situation de son marché du travail afin de prendre les mesures idoines à même de donner un coup de fouet à la création d’emplois. C’est dans ce cadre que l’institution de Bretton Woods a lancé, en partenariat avec les autorités marocaines, le programme d’études «Morocco’s Job Landscape», qui vient de livrer les résultats de sa première phase d’études à travers un rapport d’un nouveau genre. Celui-ci met, en effet, en lumière les nombreuses évolutions positives à l’œuvre sur le marché du travail marocain au cours de la dernière décennie, les principaux enjeux et défis du marché du travail marocain, mais également les prioritaires pour accroître la création d’emplois et la qualité des emplois, ainsi que pour élargir la participation des travailleurs informels à ce marché.


Très peu de créations d’emplois
Le rapport, qui scelle la première étape d’un partenariat noué avec le Haut-commissariat au plan (HCP), souligne d’abord que le revenu par habitant a doublé entre 2000 et 2018 au Maroc, et que le taux de pauvreté a été divisé par trois sur la même période. Malheureusement, ces deux grands motifs de satisfaction dans le marché du travail marocain n’ont pas été suivis par des créations d’emplois conséquentes. Pourquoi ? Le rapport identifie plusieurs freins : le ralentissement des créations d’emplois par rapport à l’essor démographique, la pénurie d’emplois de qualité dans les industries à forte productivité et les nombreux exclus du marché du travail, notamment les femmes et les jeunes.

Les experts de la BM ajoutent aussi que si les préoccupations relatives au marché de l’emploi mettent souvent l’accent sur la persistance d’un chômage élevé, l’autre problème majeur identifié au Maroc est que 55% des adultes sont tout simplement absents de la population active.

Du coup, le taux de participation à la vie active est particulièrement faible au Maroc, même en comparaison avec l’ensemble de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) qui possède les taux d’activité les plus bas au monde. «Même si elle constitue depuis longtemps un défi persistant, l’inactivité mériterait une attention particulière. Cette situation affecte le bien-être des individus et de leurs familles et entrave le développement économique du pays. Chez les jeunes, le niveau élevé d’inactivité est particulièrement inquiétant, au regard de l’importance que peuvent représenter les premières expériences professionnelles dans la recherche d’un emploi, et même pour le pays», observe Jesko Hentschel, directeur des opérations de la Banque mondiale pour le Maghreb.

Des défis à transformer en opportunités
Bref, ces défis qui méritent d’être sérieusement traités serviront de point de départ pour une analyse plus approfondie et la formulation de stratégies dans la prochaine phase du programme Morocco’s Job Landscape. En attendant, le rapport a identifié quatre priorités pour accroître la création d’emplois et la qualité des emplois et pour élargir la participation au marché du travail. La première devra consister à améliorer l’insertion des jeunes sur le marché du travail.

Selon la BM, aujourd’hui, environ 30% des 15-24 ans ne sont pas en train de travailler ni d’investir dans leur avenir en se formant. Ces jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (les NEET) constituent une source d’inquiétude, comme l’ont souligné à maintes reprises les allocutions publiques du roi Mohammed VI.

Dans l’étude, une analyse détaillée désigne le niveau d’éducation, le sexe, le contexte familial et le lieu de résidence des jeunes comme les facteurs clés associés au statut de NEET. Mais les difficultés de l’emploi des jeunes ne se limitent pas au seul problème des NEET.

Les jeunes possédant un bon niveau d’éducation sont aussi mal lotis : frappés par un taux de chômage élevé, ils finissent par se démotiver et se voient condamnés à l’inactivité, ce qui nuit à leur sentiment d’accomplissement personnel et à leur contribution à l’économie, aujourd’hui comme demain. La seconde priorité identifée par la BM devra consister à élargir le champ de participation des femmes. En effet, moins de 30% des femmes font partie de la population active, et le Maroc est l’un des rares pays de la région MENA où le taux d’activité féminin recule. Des disparités importantes existent, de plus, entre zones urbaines et zones rurales. En effet, le taux d’inactivité des femmes est particulièrement élevé dans les villes (plus de 80 %). En milieu rural, elles sont un peu plus présentes, mais leur participation s’est plus nettement érodée. Et elles sont employées dans leur quasi-totalité de manière informelle, souvent au sein d’une exploitation agricole familiale et pour des activités connexes. Leurs options sont donc particulièrement restreintes.

Dans les zones urbaines, la participation des femmes est étroitement liée à l’éducation et au statut familial. Si les femmes qui travaillent en ville possèdent plutôt un bon niveau d’éducation, la majorité, c’est-à-dire 55%, sont employées dans le secteur informel.

Quatre priorités pour relancer l’emploi
Comme troisième priorité, la BM recommande de créer plus d’emplois de qualité. Selon ses experts, le Maroc a progressé dans la formalisation du marché du travail puisqu’en 2019, le secteur formel employait 600.000 salariés de plus qu’en 2010. Pourtant, près de trois salariés sur cinq travaillent encore aujourd’hui dans le secteur informel, et si l’on y ajoute les travailleurs indépendants et les travailleurs familiaux, le poids de l’informalité est bien plus lourd. Alors, comment faut-il faire pour pousser les travailleurs de l’informel vers le secteur formel ? La BM recommande de suivre la voie empruntée par les pays d’Amérique latine qui ont élargi l’accès au régime de couverture sociale, ce que le Maroc est également en train de faire suite aux instructions de son roi. Mais, apparemment, à elle seule, cette mesure ne sera pas suffisante ! (Voir article en page suivante). Enfin, la quatrième priorité pointée par les experts de la BM pour améliorer la situation de l’emploi au Maroc consiste à faire rimer hausse de la productivité et création d’emplois de qualité. En effet, le Maroc a réussi à promouvoir certaines industries à forte valeur ajoutée, notamment dans ses grands centres urbains. Ces efforts ont conduit à la création localisée d’un certain nombre d’emplois de qualité, mais ils n’ont eu que des retombées modestes sur d’autres secteurs et d’autres régions du pays. C’est le cas notamment de Casablanca où le secteur manufacturier a connu un essor rapide d’activités à forte intensité de capital et à forte valeur ajoutée, ou encore de Tanger, où divers secteurs ont émergé et contribuent à l’accroissement de la productivité.

Lutte contre l’informel : les recettes de la Banque mondiale

Le rapport de la Banque mondiale sur la première phase du Morocco’s Job Landscape apporte un éclairage intéressant sur comment faire pour pousser les travailleurs de l’informel vers le secteur formel. Selon les experts de l’institution de Bretton Woods, il faut d’abord s’inspirer de la voie suivie par les pays d’Amérique latine. Dans ces pays où des travailleurs et leurs familles souffrent d’un accès insuffisant aux services de santé, aux droits à la retraite et à l’assurance chômage, les autorités ont remédié à la situation en élargissant l’accès au régime de sécurité sociale et sanitaire, y compris aux personnes sans statut professionnel.

Ce que le Maroc a exactement décidé de faire sous la conduite de son souverain. Mais, apparemment, à elle seule, cette mesure ne sera pas suffisante ! En effet, les experts de la BM soulignent que la croissance de l’économie ne permettra pas de doper fortement les perspectives de travail dans le secteur formel.

La prépondérance du secteur informel au Maroc est liée, en partie, à la structure de l’économie et à la faible productivité de certains secteurs. C’est pourquoi si l’on veut obtenir des résultats en améliorant les incitations en faveur de la régularisation des activités économiques informelles, cette stratégie doit s’accompagner plus largement de mesures destinées à améliorer la productivité et les moyens de subsistance au sein même du secteur informel, ce qui constituerait la pierre angulaire d’un développement économique et social plus ouvert.

Aziz Diouf / Les Inspirations Éco

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