Maroc

Les jeunes migrants plus touchés que les personnes âgées

Politiquement stable et géographiquement très proche de l’Europe, un continent considéré jusqu’ici comme étant un eldorado, le Maroc en voie de modernisation économique et sociétale offre de nombreux avantages aux jeunes migrants. Seulement, ils font face à un taux de chômage plus élevé que la moyenne nationale.


Pour de nombreux jeunes migrants, le royaume est devenu une terre d’accueil.    Pour la première fois, en 2012, le gouvernement a qualifié le Maroc de pays d’immigration et non seulement un pays d’émigration ou de transit. Ce constat a donné naissance, une année plus tard, à un accord de partenariat entre le Maroc et l’Union européenne. Il s’agit concrètement de l’adoption d’une stratégie nationale des politiques d’intégration et d’asile. C’est ainsi qu’en 2014, la première opération de régularisation massive de migrants a été lancée. Celle-ci a permis à près de 18.000 personnes, essentiellement des jeunes en situation irrégulière d’obtenir un titre de séjour pour rester légalement sur le territoire marocain. Pour démocratiser le permis de séjour, les autorités marocaines ont lancé en 2016 la deuxième phase de l’opération, laquelle a connu le même engouement que la précédente avec une particularité. Pour cette dernière, 50% des demandeurs de cartes de séjour au Maroc étaient des hommes, avec une forte proportion de jeunes.

26,2% des migrants ont entre 30 et 44 ans
D’après une étude du Haut-commissariat au plan (HCP) sur l’emploi au Maroc en 2017, si 21,5% des migrants au Maroc sont âgés de 15 à 29 ans, 26,2% ont entre 30 et 44 ans. Une population jeune qui, en plus de la carte de séjour, cherche à intégrer le marché du travail marocain. Néanmoins, ils sont confrontés à un taux de chômage plus important que la moyenne nationale. Selon l’enquête du HCP, le taux de chômage des migrants est de l’ordre de 18,1% au niveau national. Celui-ci affecte particulièrement les jeunes âgés de 15 à 29 ans (34,6%). Ces derniers sont plus touchés que les personnes âgées (1,7%).

Très touchés par le chômage
À l’origine de cette souffrance ? Si la rigidité du marché du travail est pointée du doigt au Maroc, l’accès à l’emploi des étrangers est régi par une procédure dite de «préférence nationale». En plus de cela, les personnes ayant bénéficié de l’opération de régularisation exceptionnelle ne sont pas non plus concernées par l’octroi du permis de travail. En tout cas, pas de manière automatique. Or, 54,1% des immigrants ont un diplôme supérieur et 21,6% un diplôme de niveau moyen, tandis que 23,4% n’ont aucun diplôme, a précisé le HCP. Les conséquences de cet échec d’intégration sont visibles partout. En effet, nombreux sont les jeunes migrants qui vivent de la mendicité ou de jobs de nuit en gardant toujours l’espoir de tomber sur une offre intéressante.

La situation ne peut plus durer
Pour de nombreuses associations de défense des migrants, cette situation ne peut plus durer. Le Maroc doit repenser son modèle d’intégration. «La vision du roi est claire mais elle n’est pas appliquée sur le terrain par les personnes chargées de traduire cette volonté royale en actes concrets», a confié aux Inspirations ÉCO Isaac Lopema Lokoto, président de l’Association migrants power au Maroc. Selon le coordonnateur de la structure, il existe une incohérence «entre les paroles et les actes» dans la politique d’intégration des jeunes migrants au Maroc, ce qui fait que sur de nombreux plans, «les jeunes migrants sont marginalisés». Prenons par exemple le domaine du sport qui est presque inaccessible aux jeunes étrangers. «Au Maroc, il est interdit aux clubs de football d’avoir deux migrants en même temps dans leurs effectifs», ce qui est dommage pour le royaume parce que si des pays comme la France sont devenus champions du monde, c’est grâce notamment aux joueurs d’origines étrangères, a regretté Isaac Lopema. La souffrance des migrants, notamment subsahariens, est également perceptible dans le milieu scolaire.

Victimes de racisme
Si en 2013, une petite révolution a été constatée notamment avec la circulaire du ministère de l’Éducation nationale qui ouvre les portes de l’école marocaine à tous les enfants migrants, qu’ils soient régularisés ou non, ces derniers «sont souvent victimes de discrimination  dans les établissements scolaires», indique notre interlocuteur. Le Maroc est encore très loin d’offrir aux migrants qu’il reçoit ce qu’il souhaite pour ses MRE, semble-t-il car pour certains étrangers, il est difficile, voire impossible d’avoir un toit descend. Outre le manque de structures d’accueil et la cherté du prix du loyer, certains bailleurs refusent catégoriquement de louer leurs appartements à des étrangers, notamment subsahariens. L’autre paire de manches est la prise en charge sanitaires des migrants régularisés. L’accès de ces derniers au Régime d’assistance médicale (Ramed) n’est toujours pas une réalité. N’empêche que le Maroc fait encore rêver de nombreux jeunes migrants.

Une carte de séjour, c’est bien mais un crédit c’est encore mieux
Pour les défenseurs des jeunes étrangers, le gouvernement doit investir davantage dans les jeunes migrants. La plupart de cette catégorie de personnes, s’ils ne travaillent pas dans les services, font des petits commerces. Or, pour pouvoir gagner de l’argent dans ce secteur, il faut disposer d’un capital suffisant. Malheureusement, c’est ce qui manque aux jeunes migrants qui sont souvent bourrés de talents dans de nombreux domaines.

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