Maroc

«Le Sénégal n’est pas un pays saturé pour les investisseurs marocains»

Mountaga Sy : Directeur général de l’APIX (Agence nationale pour la promotion de l’investissement et des grands travaux du Sénégal)

En 2015, la Côte d’Ivoire a profité de sa reprise économique pour rafler une part importante des IDE marocains en Afrique. De son côté, le Sénégal, qui reste encore la destination la plus «naturelle» pour les investisseurs du royaume, n’entend pas perdre du terrain. Dans cette interview, Mountaga Sy, directeur général de l’APIX (Agence nationale pour la promotion de l’investissement et des grands travaux du Sénégal) parle de l’attractivité de l’économie sénégalaise et des premiers résultats du Plan Sénégal Émergent.

Les ÉCO : Aujourd’hui, les investisseurs marocains s’orientent en masse vers la Côte d’Ivoire. Est-ce que le Sénégal a encore des opportunités à leur offrir ?
Mountaga Sy : Nous comptons de nombreux investisseurs marocains au Sénégal. Ils sont actifs dans de nombreux domaines comme dans le secteur bancaire, l’immobilier, le BTP, etc. La dernière visite royale en mai 2015 s’est soldée par la signature de nombreux partenariats et par la mise en place d’un groupe d’impulsion économique (GIE) coordonné par l’APIX. Nous avons de nombreux projets en cours. Les 27 grands projets du PSE offrent d’importantes opportunités aux investisseurs étrangers. Le Sénégal n’est pas un pays saturé pour les investisseurs marocains. L’amélioration de l’environnement des affaires est en cours et les projets sont biens ficelés. Le Sénégal offre de très belles perspectives, d’autant plus que la réforme foncière va faciliter davantage les investissements.


Quels sont les atouts du Sénégal pour attirer les investisseurs étrangers ?
Le Sénégal défend largement trois atouts. Il y a d’abord la stabilité politique. Le pays a connu trois alternances démocratiques sans heurts. Il est le seul à l’échelle régionale à ne pas avoir connu de coups d’État ou d’instabilité institutionnelle depuis 1960. Le deuxième atout est lié à la position géographique. Le Sénégal est la porte d’entrée de l’Afrique de l’Ouest et se trouve à 5 et 6 heures des principales capitales européennes et américaines. Le Sénégal est membre de deux espaces économiques sous-régionaux, à savoir la CEDEAO et le l’UEMOA. Cela offre des opportunités pour un marché de 300 millions de consommateurs (Afrique de l’Ouest) pour tout investisseur qui s’implante dans le pays. Le Sénégal dispose d’accords commerciaux préférentiels permettant aux investisseurs d’avoir accès à 1,2 milliard de consommateurs à travers le monde. Enfin, le troisième atout du Sénégal est lié aux conditions climatiques. Le Sénégal est aussi un pays minier avec un sous-sol qui regorge de potentialités.

Quels sont les défis et les obstacles que rencontrent les investisseurs ?
Les défis concernent surtout la nécessité d’avoir une cohérence entre l’investisseur étranger et le secteur privé sénégalais. Notre véritable défi, c’est de voir comment embarquer le secteur privé national dans le Programme Sénégal Émergent (PSE). Nous avons revu notre cadre légal, fiscal et réglementaire qui permettra d’avoir une bonne cohérence globale. Nous voulons que le secteur privé national ne soit pas uniquement un sous-traitant, mais plutôt un cotraitant avec les partenaires investisseurs étrangers. Le PSE veut créer des champions nationaux avec des secteurs structurés, afin que le développement économique du Sénégal soit porté par les enfants du pays.

À ce jour, quelles sont les réalisations concrètes du Plan Sénégal Émergent ?
Le PSE est le cadre unique de référence de la politique économique et sociale du Sénégal. C’est une vision lancée par le président Macky Sall à son arrivée au pouvoir. Le PSE a dépassé aujourd’hui son vingtième mois de mise en œuvre. Il a été lancé en février 2014. L’un des ses objectifs phares est la transformation structurelle de l’économie sénégalaise, avec une société solidaire, et dans un État de droit. Le volet «transformation solidaire» a pour indicateur majeur le taux de croissance du PIB. Ce dernier a une progression significative par rapport aux années précédentes. Rappelons qu’en 2011-2012, le taux de croissance de l’économie sénégalaise était de l’ordre de 1,8%. En 2014, il a progressé à 4,7%. La première vague de projets du PSE, qui comprend 27 projets phares, a déjà vu le lancement de 14 projets dès mai 2014. Ils ont été lancés en fonction de leur contribution à l’économie sénégalaise. Le déploiement du PSE a permis au Sénégal d’avoir une cohérence de la croissance de son PIB. À fin 2015, nous devrions afficher une progression de l’ordre de 5,7%. Tout cela montre que la mise en œuvre du PSE commence à porter ses fruits.

En dehors de la croissance, quelles sont les autres réalisations ?
Le Sénégal a lancé le programme de couverture maladie universelle, qui bénéficie aux populations sénégalaises. Le programme d’urgence pour le développement communautaire (PUDC) permet d’absorber les déséquilibres entre le monde urbain et l’espace rural, en dotant le monde rural des infrastructures de base, notamment en électricité, de structures de santé et de connectivité.

Qu’en est-il de l’axe concernant la bonne gouvernance ?
Le Sénégal est très bien noté par les organismes de notation et de classement. Standard & Poor’s classifie le Sénégal à «B+» avec une perspective positive qui confère au pays une très bonne crédibilité en termes de planification de la politique économique. Moody’s donne au Sénégal la note de «B1» avec une perspective positive qui confère au pays une très bonne tenue de ses comptes publics. Dans l’indicateur de Davos, le Sénégal a enregistré, durant trois années consécutives des performances énormes en termes de gain de compétitivité. Dans l’Indice Mo Ibrahim, le Sénégal fait partie du top 10 africain, qui montre que notre pays est bien placé dans la gouvernance démocratique. Dans le Doing Business, le Sénégal a été classé parmi les 10 meilleurs réformateurs au monde. Enfin, l’Indice Transparency classifie le Sénégal dans un très bon positionnement, avec un gain de 41 places lors du dernier classement. En résumé, le PSE se porte bien. Les projets sortent de terre, les résultats à date sont encourageants et les perspectives sont encore meilleures.

Comment le PSE contribue-t-il à lutter contre le chômage au Sénégal ?
Les plateformes industrielles vont permettre la délocalisation, vers le Sénégal, d’entreprises étrangères. Cela contribuera à la création d’emplois. Le parc industriel permettra de créer 30.000 emplois. Dès juin 2016, les premières installations permettront la création de 1.000 emplois. Le pôle urbain de Diamniadio, qui est une nouvelle ville construite à proximité de Dakar, est assis sur une assiette foncière de 1.644 hectares. Le projet de «germe de ville» a déjà démarré sur une superficie de 655 hectares, avec des projets d’habitats et d’infrastructures majeures comme le Centre international de conférences Abdou Diouf (CICAD), qui a permis la création de 900 emplois. Le prolongement autoroutier entre Diamniadio et le nouvel aéroport en construction a aussi permis de créer 750 emplois, en plus du regroupement de 250 prestataires sénégalais autour de la zone. Le Programme de domaine agricole communautaire (PRODAC), qui consiste en des espaces fonciers de 1.000 hectares fonciers permettront de créer jusqu’à 500 emplois par zone. À ce niveau, trois zones PRODAC ont déjà démarré. Dans la vallée du fleuve Sénégal, 110.000 hectares sont en cours d’exploitation sur une superficie de 240.000 hectares. Ce sont là les six moteurs de croissance qui vont favoriser la création d’emplois dans le cadre du PSE.

Quelle politique de promotion des investissements est censée accompagner le PSE ?
Nous allons mener une politique ciblée de promotion des investissements, en fonction des zones géographiques et des opportunités que le Sénégal peut avoir avec les différents pays. Entre 2013 et 2014, les IDE ont fait un bond de 10%. Et il devrait atteindre 25,5%. Cela montre que la promotion des investissements donne des résultats, et l’attractivité du Sénégal est perceptible par les investisseurs. En 2015, nous avons eu plus de 900 contacts utiles d’investisseurs majeurs. Nous allons lancer un certain nombre de projets très bientôt.

Vous avez récemment pris part au Forum sino-africain des entrepreneurs à Marrakech. Quelles en sont les retombées ?
Nous étions venus présenter les projets sénégalais et rencontrer les investisseurs chinois, ainsi que leurs homologues africains et européens qui étaient présents à ce forum. Certains sujets, notamment ceux relatifs aux produits chinois «made in Africa», concernent directement les plateformes industrielles, les zones économiques spéciales. Le Sénégal a pour ambition de procéder à la transformation structurelle de son économie. Dans ce cadre, un volet important est accordé à la densification de la PME, en favorisant les investissements à fort impact social, qui permettent de créer des emplois et de pouvoir développer les exportations pour atteindre l’équilibre de la balance commerciale. Cela pose donc la problématique des zones économiques et spéciales. L’expérience sénégalaise en la matière est dans une phase de démarrage par la construction d’un parc industriel au Sénégal. Ce parc est en train d’être réalisé par des entrepreneurs chinois, mais il est ouvert à toutes les industries disposées à venir s’installer au Sénégal. La rencontre de Marrakech nous a permis de rencontrer une cinquantaine d’investisseurs de plusieurs pays qui sont intéressés par l’offre sénégalaise. 


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