Maroc

Etudiants médecins : 2.000 DH d’indemnités de mission… ce qu’ils en pensent

Le Conseil de gouvernement a adopté le projet de décret n°2.21.310 modifiant et complétant le décret n° 2.91.527 du 13 mai 1993 relatif à la situation des étudiants externes, internes et résidents des centres hospitaliers. Comment la décision est-elle accueillie par les principaux concernés ?

Les étudiants médecins acquiescent mais ne cachent pas leurs frustrations. Le Conseil de gouvernement du 27 mai vient de prendre une décision importante pour les médecins externes, les internes et les résidents des centres hospitaliers, en adoptant un projet de décret relatif à l’indemnité qui leur est allouée dans le cadre de leurs missions sur le terrain. Présenté par le ministre de la Santé, ce projet de décret vise à fixer à 2.000 DH la valeur des indemnités pour les missions confiées aux étudiants de la sixième année de médecine dentaire et à ceux de la sixième année de pharmacie, affectés dans les Centres hospitaliers universitaires (CHU) placés sous la tutelle du ministère de la Santé. Dans la foulée, le Conseil de gouvernement a adopté le projet de décret n°2.20.706 modifiant le décret royal n°747.67 du 27 février 1968 portant statut des internes des hôpitaux de la santé publique.


Ce projet de décret avait pour objectif d’augmenter la valeur des indemnités de mission perçues par les étudiants de la septième année, affectés dans les centres hospitaliers relevant du ministère de la Santé. Pour ces étudiants chargés des missions d’internes, les indemnités fixées par l’article 14 du décret royal n°747.67, vont aussi augmenter pour atteindre 2.000 DH.

Contacté par Les Inspirations ECO, Saâd Mazouni, coordinateur national de la Commission nationale des étudiants en médecine, médecine dentaire et pharmacie du Maroc (CNEM) réagit. «Nous réagissons positivement, même si cette décision est prise en retard. Selon les termes de l’accord signé avec les autorités, ces indemnités devaient être appliquées depuis janvier 2020», rappelle-t-il. «Tout compte fait, cette décision est meilleure que rien du tout.

Pour l’heure, cette décision n’est qu’une loi. Le gouvernement a adopté le projet de décret, nous attendons maintenant que les indemnités arrivent aux étudiants. La finalité est qu’ils reçoivent leur bourse, parce que tous ne sont pas logés à la même enseigne. Il y en a qui sont en situation financière difficile et qui l’attendent impatiemment», continue notre interlocuteur.

En tout, deux promotions d’étudiants auront subi ce retard. Cette année, ce sont cinq promotions de 7e année issus des facultés de médecine du Royaume, pour une moyenne de 350 étudiants par promotion, soit 1.750 étudiants médecins internes, qui l’attendent. En y ajoutant les étudiants en médecine dentaire et en pharmacie, l’on atteint les 2.400 médecins internes concernés par cette décision.

Pour ce qui est du montant de cette indemnité en deçà du SMIG, certains pourraient estimer qu’elle est relativement faible pour ces internes et résidents de centres hospitaliers qui remplissent parfois, sur le terrain, les fonctions de médecin après 6-7 ans d’études. Saâd Mazouni explique: «Ces indemnités de 2.000 DH ne sont pas suffisantes, mais après avoir revendiqué une augmentation de 1.000 DH, pour la voir passer de 1.500 DH à 2.500 DH, nous avons finalement coupé la poire en deux, à l’issue de négociations avec la tutelle». En ce qui concerne la durée des missions d’interne, celle-ci dure une année et se déroule dans un hôpital de périphérie. Au cours de cette mission, les médecins internes assurent des gardes, des consultations…

«Le ministère de l’Education nationale refuse toujours de nous recevoir»
L’indemnité de mission versée aux étudiants de médecine, affectés dans les Centres hospitaliers universitaires placés sous la tutelle du ministère de la Santé s’élevait à 110 DH il y a quelques années. Après moult mouvements et grèves d’étudiants en 2015, elle est passée à 1.500 DH pour les étudiants de 7e année. Aujourd’hui, avec l’adoption de ces projets de décret, elle passe à 2.000 DH.

En 2019, les étudiants de médecine avaient mené une grève combinée à des marches et boycotts. Après environ 6 mois de discussions et de négociations, le Procès verbal (PV) d’un accord a été signé le 28 août 2019 avec les autorités.

Pour le coordinateur national de la Commission nationale des étudiants en médecine, médecine dentaire et en pharmacie du Maroc, «la majorité des points de négociation à l’issue de la dernière grève n’ont pas été respectés, ni par rapport aux délais, ni par rapport aux points à concrétiser, ni encore concernant l’adoption des lois, ou la bourse «Minhati», qui est liée au ministère de l’Enseignement supérieur et que l’Etat verse aux étudiants de toutes les branches dans le cadre de leurs études doctorales. Même s’ils suivent tous le cycle doctoral, les étudiants en médecine ne bénéficient pas de cette bourse. En 2019, les autorités s’étaient engagées à ce que, dans un délai de 6 mois, les étudiants en médecine puissent en bénéficier. Deux ans après la signature du PV d’accord, hélas, ces bourses sont toujours absentes», déplore le représentant du CNEM. Plusieurs autres engagements «non respectés» sont évoqués, notamment l’organisation pédagogique de la 6e année de médecine dentaire, le nombre de fauteuils pour assurer une formation adéquate des étudiants, les conditions d’accès au concours d’internat et de résidanat «pour assurer l’équité entre le privé et le public», les réunions de suivi de l’accord… Les étudiants déplorent aussi le fait que le ministère de l’Education nationale refuse toujours de les recevoir, après «plus de cinq demandes d’audience sans réponse».

A l’inverse, le ministère de la Santé s’est montré ouvert à la discussion, ce qui a permis la tenue de deux réunions. «Elles ont eu pour effet de débloquer la situation», nous dit le coordinateur. «Les deux projets de décret adoptés en Conseil de gouvernement sont les fruits de ces dernières réunions. En revanche, le ministère de l’Education nationale refuse toujours de nous recevoir, alors que la majorité des points qui bloquent aujourd’hui sont en rapport avec ce département ministériel», conclut Mazouni. 

Modeste Kouamé / Les Inspirations Éco

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