Maroc

DOSSIER. Agriculture, forêt et élevage : un concept économique en évolution

Ce sont les filières végétales qui contribuent à près de 69% de l’emploi additionnel créé par le secteur agricole entre 2008-2018 au Maroc. Le reste des emplois est généré par les filières animales, notamment le secteur de l’élevage avec près de 31% des emplois agricoles nationaux.

Le constat est sans appel: les sources de subsistance des populations rurales sont toujours liées à l’agriculture, l’élevage et les produits forestiers. Bien que cette dépendance des espaces ruraux à l’agriculture et à la forêt représente un inconvénient, d’où la nécessité de disposer d’une économie rurale diversifiée et génératrice d’emplois, elle offre aussi un avantage de réaffirmation de son rôle central pour de larges couches de populations rurales. En témoignent les réalisations du Plan Maroc Vert (PMV) depuis son lancement en 2008 avec ces deux piliers orientés vers le développement d’une agriculture moderne et l’accompagnement solidaire de la petite agriculture, à travers l’amélioration des revenus des agriculteurs les plus précaires et la génération d’emplois en attendant le développement d’autres activités non agricoles. Sur le plan économique, le PMV a permis une meilleure contribution à la croissance économique et la modernisation de l’agriculture.


À cet égard, le PIB agricole, indicateur clé et synthétique des résultats, a enregistré selon, le ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, une augmentation de près de 93% passant de 65 MMDH en 2007 à 125,4 MMDH en 2018, avec un taux de croissance annuel moyen de l’ordre de 5,25%.

Cette évolution a été 2,5 fois plus rapide comparativement à la décennie antérieure au PMV (1997-2007) qui n’était que de 2,5% en moyenne annuelle. Avec une valeur ajoutée agricole additionnelle moyenne de 47 MMDH, le Plan Maroc Vert a ainsi contribué avec 17,3% à la croissance économique nationale contre 7% durant la période 1998-2008. Une situation qui a permis aussi le renforcement de l’intégration de l’agriculture marocaine au marché mondial et une amélioration de sa compétitivité à travers une amélioration de la valeur des exportations agricoles qui a augmenté de 139% entre 2008 et 2018, pour atteindre 36 MMDH en 2018. Ceci a contribué d’une part à l’amélioration du taux de couverture des importations par les exportations agricoles et à la réduction du déficit commercial agricole de près de 31%, passant de -25,2 MMDH en 2008 à -17.4 MMDH en 2018.

50 millions de journées de travail additionnelles
Sur le plan social, notamment en termes d’emploi, cette stratégie a contribué à la création de 50 millions de journées de travail additionnelles, soit 250.000 à 300.000 emplois équivalents. Grâce essentiellement aux performances des filières animales et végétales notamment à travers l’extension des plantations à hauteur de 450.000 hectares, l’amélioration de la productivité en plus de l’augmentation de l’offre exportable et l’émergence de nouvelles filières intensives en main d’œuvre (fruits rouges). À cela s’ajoutent l’amélioration génétique et l’augmentation de la production laitière et de viandes, qui sont autant de facteurs qui ont contribué à la génération de ces emplois. De surcroit, la structure d’emploi en milieu rural a connu un changement. En effet, les aides familiales qui représentaient 48% de l’emploi agricole en 2007 ne représentaient plus que 33% en 2018. Cette baisse s’est faite au profit des emplois rémunérés, notamment les salariés dont la part est passée de 23% en 2007 à 28% en 2018. S’agissant du revenu des agriculteurs, il s’est amélioré de plus de 66%, passant en moyenne de 5.700 DH/habitant rural en 2008 à 9.500 DH en 2018 grâce aux différents chantiers menés dans le cadre du PMV, essentiellement les projets relevant du pilier II et l’agrégation ainsi que le programme de développement des filières. A cela s’ajoutent l’investissement public et le soutien à l’investissement privé en plus d’une panoplie de programmes, notamment d’irrigation, d’extension et de réhabilitation du palmier dattier et de l’arganier, le programme de développement des produits de terroir et de labellisation ainsi que le programme de sécurité sanitaire des animaux. Couplée à une hausse du SMAG de 33% entre 2008 et 2018, cette amélioration du revenu a affecté positivement le pouvoir d’achat des ruraux, leur permettant l’accès à de nouveaux services.

Amélioration de la sécurité alimentaire
Ces efforts ont contribué aussi, selon le ministère de tutelle, à fournir une première réponse à la précarité agricole, visible par une baisse de 5 points de la pauvreté extrême, qui est passée de 14,4% en 2007 à 9,5% en 2014. Une situation qui a permis également l’amélioration de la sécurité alimentaire grâce aux efforts en matière de promotion des investissements dans le secteur agricole, d’amélioration de la productivité et de l’offre agricole et la consolidation des revenus des agriculteurs et ce, à travers une amélioration de la disponibilité alimentaire moyenne par habitant entre 2008 et 2018 pour les principaux produits alimentaires. Il s’agit d’une évolution de 16% pour les céréales, 18% pour les fruits et légumes, 31% pour les viandes rouges, 43% pour les viandes blanches et 23% pour le lait. En ce qui concerne le taux de couverture des besoins nationaux pour les principaux produits alimentaires entre 2008 et 2018, cet indice est fixé à 65% pour les céréales, 47% pour le sucre, 99% pour le lait, les viandes rouges et les viandes blanches 100% pour les fruits et légumes. A cela s’ajoute une stabilité relative des prix des denrées alimentaires au Maroc et ce, malgré l’augmentation des prix sur le marché mondial. En plus de ces impacts positifs sur le monde rural, la dynamique d’inclusion du PMV a été importante. En effet, le bilan des réalisations montre que 63% du budget des dépenses publiques agricoles a été alloué au soutien de la petite agriculture qui dispose de moins de 10 ha. En effet, près de 350.000 hectares de superficies plantées sont au niveau des petites exploitations et la grande part de la production de viandes rouges et du lait proviennent des petites exploitations familiales. La dynamique d’inclusion de la petite et moyenne agriculture a permis de couvrir près de 2,7 millions de bénéficiaires à travers tous les programmes et les projets mis en place dans le cadre du Plan Maroc Vert, notamment les aménagements hydro-agricoles. Quant au programme de vaccination et campagnes prophylactiques, ils ont bénéficié également aux petits agriculteurs et 57% des incitations du Fonds de développement agricole (FDA) ont concerné les exploitations de taille inférieure à 10 ha. 

Yassine Saber / Les Inspirations Éco Docs

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