Maroc

Cash, transactions bancaires, faux billets…la Banque centrale fait le bilan

Même si la Banque centrale a eu plus les coudées franches, grâce notamment aux nouvelles prérogatives que lui confère la loi 40-17 entrée en vigueur en juillet 2019, la crise induite par la pandémie Covid a quand même touché de plein fouet le système financier et le secteur bancaire marocains. C’est ainsi que certains défis, auxquels BAM faisait déjà face pour maintenir la résilience des IMF’s et la sécurité des moyens de paiement, se sont amplifiés. Zoom ! 

La surveillance des infrastructures des marchés financiers (IMF’s), des moyens de paiement et de l’inclusion financière n’était pas de tout repos, l’année dernière. C’est, du moins, ce qui transparait du rapport que Bank Al-Maghrib (BAM) vient de publier sur ce pan de ses missions au titre de l’année écoulée. En effet, même si la Banque centrale a eu plus de coudées franches, grâce notamment aux nouvelles prérogatives que lui confère la loi 40-17, entrée en vigueur en juillet 2019, la crise induite par la pandémie de Covid-19 a quand même touché de plein fouet le système financier et le secteur bancaire marocains. C’est ainsi que certains défis, auxquels BAM faisait déjà face pour maintenir la résilience des IMF’s et la sécurité des moyens de paiement, se sont amplifiés.

Explosion de la demande de cash
C’est le cas de la demande de cash qui a connu une accélération exceptionnelle en 2020. En effet, après une hausse annuelle de près de 7% en 2019, la circulation fiduciaire a atteint 319 milliards de dirhams (MMDH), en croissance de près de 20%, soit le rythme le plus élevé observé sur les trente dernières années. En volume, elle s’est située à 2,1 milliards de billets et 2,9 milliards de pièces de monnaie, soit des progressions respectives de 17% et 2% (Voir graphique sur la structure des sorties de billets par région). Plus précisément, l’analyse de BAM au cours de l’année écoulée indique, qu’après s’être inscrites dans une tendance normale sur les deux premiers mois de l’année, les sorties nettes de billets de banque (BBM) ont fortement augmenté entre les mois de mars et mai. Leur cumul sur cette période a totalisé un peu plus de 38 MMDH alors qu’il s’est limité, sur la même période des trois dernières années, à 6,6 milliards en moyenne. Un pic historique a été observé pour le mois de mars dont le flux est passé de 2 MMDH habituellement à 16 milliards.

Cette hausse, observée au niveau de plusieurs pays, est expliquée par le recours massif des ménages au cash pour régler les achats de produits de base ayant connu une forte demande au début de la crise sanitaire ainsi que pour constituer des réserves en cash, au regard des incertitudes qui ont plané sur l’étendue et la durée de la pandémie. Sur le reste de l’année, et en dépit de la distribution des aides du gouvernement en cash, le recul de l’activité économique, sous les effets de la pandémie, s’est reflété dans la circulation fiduciaire, qui a évolué à un rythme inférieur à sa cadence normale, mais sans pour autant compenser les sorties massives observées auparavant. Les flux nets se sont ainsi limités à un peu plus de 10 MMDH, tandis qu’ils avaient évolué entre 2017 et 2019 aux voisinages de 14 MMDH. A signaler que, parallèlement à cette explosion de la demande de cash, deux autres défis se sont également exacerbés.

Hausse des transactions par cartes bancaires
Le premier, c’est que les transactions par cartes bancaires, transitant par HPSS, ont, elles aussi, poursuivi leur tendance haussière en 2020, affichant 113,9 millions d’opérations contre 109 millions en 2019, soit un taux de croissance de 4,5%. Dans ce sillage, le montant total des transactions effectuées par cartes bancaires s’est élevé à 57,5 MMDH au cours de l’année dernière, soit une hausse annuelle de 2%. L’activité de paiement domestique, qui désigne les opérations de paiement effectuées par les porteurs de cartes domestiques, sur TPE, e-commerce et GAB, a connu, en 2020, une progression de 8,5% en nombre avec plus de 80,7 millions de paiements et de 4,1% en montant avec 32,2 MMDH.

Selon BAM, cette progression est due principalement à la forte croissance des paiements sur internet et du paiement sans contact, appelé NFC, expliquée par les précautions et la vigilance contre la manipulation du cash, adoptées devant le risque de contamination par la Covid-19. De plus, l’augmentation soutenue du taux d’équipement en cartes NFC par les banques et en terminaux compatibles, a permis d’accélérer l’adoption de ce mode de paiement par les porteurs de cartes. Ainsi, durant les derniers mois de l’année 2020, 20% des transactions étaient réalisées en mode sans contact.

L’urgence d’améliorer l’inclusion financière  du monde rural
L’autre défi mis à nu par l’explosion de la demande de cash, c’est l’urgence de travailler à l’amélioration de l’inclusion financière. En effet, le monde rural est encore très mal desservi par le système bancaire et ses habitants en ont fortement souffert l’année dernière. En 2020, le nombre de points d’accès aux services financiers a enregistré une hausse de 22%, passant ainsi à 19.307, contre 15.860 une année auparavant. Selon BAM, cette évolution est due principalement à l’expansion du réseau des établissements de paiement qui a quasiment doublé, en passant de 6.241 en 2019 à 11.935 une année plus tard, connaissant ainsi une variation de 91% entre 2019 et 2020. La densité bancaire au niveau national a également connu une nette amélioration, passant d’un point d’accès pour 1.654 adultes en 2019 à un point d’accès pour 1.379 adultes en 2020. Malgré l’évolution constatée au niveau national, la densité bancaire en milieu rural n’est que d’un seul point d’accès pour 7.384 adultes, contre un point d’accès pour 856 en milieu urbain. Pour changer la donne, BAM recommande de modifier le modèle économique de l’agence bancaire classique qui ne semble pas adapté à la faible densité des zones rurales et au faible niveau de revenus dans certaines de ces zones, étant donné que ce dernier requiert un nombre minimal de clients pour amortir ses charges fixes. Autant dire que ce n’est pas gagné !

Faire face à la montée en puissance des cybermenaces
Un autre défi, et non des moindres, auquel BAM devait également faire face, c’était la montée en puissance des cybermenaces, lesquelles, favorisées, entre autres, par le télétravail et l’affaiblissement des réseaux informatiques qui en découle, sont un vrai danger pour le système financier en général et pour les infrastructures de marché en particulier. BAM n’a pas fourni de données sur le nombre d’attaques subies par le système bancaire marocain en 2020. Par contre, elle a détaillé les mesures qu’elle a mises en œuvre pour les prévenir et les contenir. Ses travaux de renforcement de la cyber résilience ont ainsi porté sur deux axes. D’un côté, sur un changement de paradigme lié, d’une part, aux moyens de plus en plus importants dont disposent les organisations malveillantes, et d’autre part, à la complexité croissante des systèmes d’information ainsi qu’à l’augmentation du nombre de canaux utilisés pour y accéder.

Par conséquent, la sécurisation des systèmes d’information est complexe, dans un contexte d’augmentation du cyber risque, qui rend nécessaire la capacité à réagir de façon optimale en cas d’incident avéré. Et de l’autre, sur la prise en compte de l’interdépendance opérationnelle croissante entre les différents acteurs financiers et du recours à des fournisseurs tiers qui sont, pour certains d’entre eux, devenus critiques à l’égard du secteur financier dans son ensemble et plus particulièrement des infrastructures de marché. Plus concrètement, BAM a mené plusieurs travaux préparatoires à l’occasion desquels les infrastructures de marchés financiers (IMF’s) impliquées, ont pris conscience que la défaillance du maillon le plus faible peut avoir des impacts sur l’ensemble du secteur financier, et ont jeté les premières bases de protection.

D’ailleurs, la première auto-évaluation de la maturité de la cyber-résilience des IMF’s, au niveau national, a été effectué par l’ensemble des infrastructures en 2020. Un plan d’action a été mis en place pour combler les gaps relevés lors de ce premier exercice. De même, un audit externe de la cyber-résilience des IMF’s sera opéré, prochainement, pour s’assurer de la bonne mise en place des exigences du framework CROE (Cyber Resilience Oversight Expectations for Financial Market infrastructures). Parallèlement aux mesures déployées pour faire face à ces quelques menaces, BAM a également résolument lutté pour faire baisser le nombre de faux billets en circulation, pour diminuer les incidents de paiement et pour booster l’innovation dans le système financier national (Voir encadrés).

Pour l’innovation, BAM mise sur les Fintechs

En matière de développement de l’écosystème des Fintechs au Maroc, Bank Al-Maghrib a renforcé, en 2020, son positionnement en tant que catalyseur d’innovation à travers l’opérationnalisation de son guichet unique au niveau de la banque, le «One Stop Shop Fintechs». C’est ainsi qu’une quarantaine de fintechs ont approché le guichet, au cours de l’année 2020, en exposant leur business model, leurs services et leurs valeurs ajoutées au marché. Malgré les circonstances de la pandémie, un suivi virtuel a été donc assuré. Sur les 34 fintechs reçues en 2020, 63% sont des fintechs marocaines fondées par des Marocains et basées au Maroc, plus de 33% présentent des solutions de paiement avec une proposition d’application mobile et plus de 27% souhaitent rejoindre l’écosystème des établissements de paiement.

Baisse du nombre de faux billets

Les faux billets détectés par Bank Al-Maghrib ont baissé de 34% en 2020 pour atteindre 6.335 billets, contre une hausse de 6% une année auparavant. La valeur de ces faux billets s’est établie à 1 million de dirhams contre 1,5 million en 2019. Rapporté au million de billets en circulation, seulement 2,9 billets sont contrefaits, en baisse par rapport à l’année passée (5,2 billets contrefaits par million de billets en circulation). Ce taux a observé une baisse particulière cette année, qui pourrait être expliquée par la période de confinement, et fait suite à des baisses continues depuis plusieurs années, montrant que le risque de contrefaçon au Maroc est globalement maîtrisé et se situe à un niveau faible, comparativement à l’échelle internationale. Cette baisse a concerné toutes les coupures, avec notamment des reculs de 34% pour le billet de 200 DH et de 38% pour celui de 100 DH. Sur les faux billets décelés, la coupure de 200 DH prédomine, avec une part de 69%, alors que celle de 100 DH n’y contribue qu’à hauteur de 11%, soit quasiment les mêmes proportions enregistrées un an auparavant. Quant aux petites coupures, celle de 50 DH a vu sa part augmenter de 4 points à 15% tandis que celle de 20 DH est passée de 7% à 5%.

Aziz Diouf / Les Inspirations ÉCO

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