Maroc

Amal Idrissi : “La parité dans les organes de gouvernance, pas encore de mise”

Amal Idrissi
Directrice Exécutive de l’Observatoire marocain de la TPME

L’approche genre est de mieux en mieux intégrée dans les stratégies des entreprises marocaines. D’ailleurs, l’OMTPME a conduit une étude innovante sur l’entrepreneuriat féminin et les femmes dirigeantes au Maroc. Sa Directrice exécutive nous parle de cette étude, mais retrace aussi son parcours en tant que dirigeante.

La diversité et l’inclusion occupent une place croissante dans l’actualité nationale et internationale, comment jugez-vous l’engagement des entreprises marocaines dans ce sens ?

Il est vrai qu’on assiste à une meilleure intégration de l’approche «genre» dans les stratégies des entreprises de toutes tailles, eu égard à diverses avancées légales et réglementaires. Cela étant, nous sommes encore loin d’atteindre la parité souhaitée. Selon les chiffres de la CNSS, les femmes ne représentent que 33% des emplois déclarés. L’engagement des entreprises marocaines dans ce sens devrait donc avoir davantage d’impact sur le terrain.

A votre avis que reste-t-il à faire, et quelles lacunes faudrait-il combler par rapport à la situation de la Femme dans les organes de gouvernance ?

Sur ce sujet-là, je suis ravie d’annoncer que l’Observatoire Marocain de la TPME a conduit une étude innovante sur l’entrepreneuriat féminin et les femmes dirigeantes au Maroc, dont nous avons partagé quelques résultats préliminaires ce 8 Mars à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes.
Les premiers chiffres sont plutôt mitigés, car ils révèlent qu’en 2019, la part des femmes chefs d’entreprises (Personnes Morales, Personnes Physiques et auto-entrepreneurs actifs) est limitée à 16,2%. Ce chiffre est encore plus bas si l’on exclut les auto-entrepreneurs, à 15,4%. Je vous invite à consulter cette étude qui montre qu’il y a lieu d’œuvrer encore plus pour surmonter l’ensemble des barrières économiques et sociales empêchant les femmes à accéder à des organes de gouvernance d’entreprises, et donc à atteindre une véritable parité sur cet aspect-là.

Parlez-nous de votre  parcours ?

Avant d’être nommée Directrice Exécutive de l’Observatoire, j’étais Responsable du Département des Statistiques à Bank Al-Maghrib, chargé de la production des statistiques et des outils d’aide à la décision. Et avant de rejoindre la Banque Centrale, j’ai occupé le poste de Responsable du Département Intelligence Economique et Data Mining à IBM France. J’ai également été consultante et ingénieure de recherche au European Center of Applied Mathematics d’IBM Europe, dédié à la recherche en data science. Dans ce sens, j’ai publié des travaux de recherche dans plusieurs revues spécialisées, regroupant des méthodes et des algorithmes qui ont été intégrés aux logiciels de data mining d’IBM. J’ai parallèlement enseigné les mathématiques, les statistiques et les probabilités dans des universités et grandes écoles d’ingénieurs parisiennes. Je suis titulaire d’un doctorat en mathématiques/statistiques de l’Université Paris VI, d’un DEA de probabilité et statistique de Paris VI, et d’un diplôme d’ingénieur en mathématiques appliquées et modélisation de Polytech Lyon.

Comment jugez-vous la présence des femmes dans les métiers liés à la data science et l’ingénierie au Maroc ?
Il est vrai qu’il y a quelques années, la présence des femmes dans des métiers scientifiques comme la data science ou l’ingénierie était limitée. Aujourd’hui, la donne a relativement changé : selon l’UNESCO, le Maroc enregistre un des taux de femmes ingénieures les plus élevés au monde, avec 42,2% de femmes ingénieures contre 26,1% en France et 20,4% aux États-Unis. Ce taux est toutefois à nuancer en analysant d’autres indicateurs comme l’accès des femmes à l’éducation supérieure, l’intégration des femmes dans le monde du travail et surtout leur évolution dans les postes de management. Au niveau de l’Observatoire, la moitié de nos data scientists sont des femmes issues d’écoles d’ingénieurs.

Aujourd’hui vous gérez une institution ayant un poids important dans le système économique nationale, quels sont les enjeux que vous gérez au quotidien ?

Un des principaux enjeux pour l’Observatoire est l’accès aux données, car celles-ci représentent la matière première de nos productions. Pour cette raison, nous oeuvrons avec nos partenaires fournisseurs de données (DGI, CNSS, OMPIC, Bank Al-Maghrib, Ministère de l’Industrie) en faveur d’un cadre juridique permettant plus de fluidité dans les échanges de données entre les administrations publiques, le cadre juridique en vigueur étant bien antérieur à la révolution numérique actuelle. Par ailleurs, chaque production de l’Observatoire représente un défi technique. Nous travaillons en mode laboratoire, pour trouver les méthodes de data science les plus adéquates aux spécificités marocaines.

Depuis sa mise en place, l’OMTPME a installé une vraie stratégie au service  de l’analyse de la TPME marocaine, quelle a été votre contribution ?

L’Observatoire s’est attelé à la réalisation de l’ensemble des actions identifiées par ses organes de gouvernance, achevant ainsi son premier plan stratégique 2017-2020 sur de multiples réalisations, notamment la collecte et le traitement des données afin de constituer le premier répertoire des entreprises formelles et actives au Maroc, ainsi que la production de rapports et leur diffusion pour apporter un renouveau en termes de statistiques sur le tissu productif marocain. Le nouveau plan stratégique à l’horizon 2023, pour sa part, inscrit l’OMTPME dans une nouvelle phase de développement dont la finalité est d’améliorer ses productions tout en intégrant les différentes mutations apportées par diverses politiques publiques, telles que le Nouveau Modèle de Développement ou encore la Stratégie Nationale d’Inclusion Financière. Les principales orientations de ce plan portent sur l’industrialisation de la production en mettant en place une «data factory», la diffusion d’informations à forte valeur ajoutée pour alimenter les politiques publiques, les TPME et les investisseurs, le renforcement de la structure de l’Observatoire sur le plan organisationnel et avec de nouveaux outils technologiques, ainsi que l’ouverture à l’international.

Sanae Raqui / Les Inspirations ÉCO

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