Maroc

Aïd al-Fitr : entre spiritualité, élégance et gourmandise

Célébré avec ferveur à travers le Royaume, Aïd al-Fitr est bien plus qu’une simple fête religieuse. Il est le reflet d’un héritage culturel façonné par des siècles d’histoire et de traditions transmises de génération en génération. De l’orthodoxie des Almoravides au raffinement des Saadiens, chaque dynastie a laissé son empreinte sur cette célébration, aujourd’hui ancrée dans les foyers marocains. Des tenues soigneusement choisies aux mets savoureux qui ornent les tables, cette journée est une ode au renouveau et au partage.

Depuis l’avènement des Idrissides, le Maroc a vu se succéder plusieurs dynasties qui ont chacune contribué à façonner l’identité religieuse et culturelle du pays. Les Idrissides, en fondant Fès et en établissant l’islam comme socle spirituel, ont posé les bases des grandes célébrations religieuses.

Les Almoravides, avec leur orthodoxie rigoureuse, ont renforcé la dimension spirituelle des festivités, insistant sur la purification et l’aumône. Les Almohades, dans leur volonté de centralisation, ont organisé des rassemblements grandioses autour des mosquées et des places publiques.

Sous les Mérinides, les traditions festives se sont enrichies d’apports artistiques et culinaires, tandis que les Saadiens ont magnifié ces célébrations avec un faste digne de leurs ambitions royales. Enfin, les Alaouites ont consolidé ces pratiques, en ancrant dans les foyers marocains des rituels empreints de symbolisme et de convivialité.

Pourquoi revêt-on des habits neufs pour l’Aïd ?
Si l’histoire des dynasties apporte un éclairage sur l’évolution des pratiques islamiques, certaines traditions de Aïd al-Fitr restent entourées de mystère. Pourquoi est-il coutume de revêtir de nouveaux vêtements pour ce jour béni ? Bien plus qu’un simple choix vestimentaire, cette habitude puise ses racines dans la symbolique de la pureté et du renouveau qui accompagne la fin du mois sacré de ramadan.

D’un point de vue religieux, cette pratique est encouragée par la Sunna, qui recommande aux fidèles de se présenter sous leur meilleur jour lors des grandes fêtes islamiques. Il s’agit donc d’un choix vestimentaire qui témoigne d’un attachement aux traditions, d’une fierté culturelle et d’une volonté de célébrer ce jour avec élégance et dignité.

Les tenues traditionnelles de l’Aïd au Maroc
Porter des vêtements neufs et revêtir ses plus belles tenues est donc un rituel profondément ancré dans la culture marocaine lors de la fête de Aïd al-Fitr. Le choix des vêtements de l’Aïd témoigne d’un attachement aux traditions, d’une fierté culturelle et d’une volonté de célébrer ce jour béni dans la joie et le respect des coutumes.

Entre modernité et héritage, chaque génération perpétue ces gestes, contribuant à faire de l’Aïd une fête de raffinement et de générosité. Il ne s’agit pas seulement de porter de nouveaux habits, mais surtout de refléter une certaine dignité et de témoigner de la gratitude pour les bienfaits reçus.

Ainsi, hommes, femmes et enfants rivalisent d’élégance, revêtant des tenues traditionnelles qui varient selon les régions et les préférences familiales. Parmi les vêtements emblématiques de l’Aïd au Maroc, la djellaba reste un incontournable, aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

Cette longue robe à capuche, confectionnée en laine ou en coton, peut être sobre ou richement brodée, selon l’occasion et le style recherché. Le jabador, composé d’une tunique et d’un pantalon assorti, est également très prisé, notamment pour la prière matinale à la mosquée. Les femmes optent souvent pour des tenues raffinées, à l’image du kaftan, dont les motifs et les broderies reflètent un savoir-faire ancestral. Ces habits sont généralement accompagnés de babouches, ces chaussures en cuir souple qui ajoutent une touche d’élégance traditionnelle à l’ensemble.

Aïd al-Fitr est aussi une fête où la générosité et le partage sont à l’honneur. Il est d’usage d’offrir aux enfants de nouveaux vêtements ainsi que de l’argent, un geste symbolique appelé «tawssiâa», «tadwira» ou encore «el aidia». Ce présent, attendu avec impatience, permet aux plus jeunes d’acheter des friandises ou des jouets, prolongeant ainsi la magie de l’Aïd.

La prière de l’Aïd, un rituel solennel
Une fois vêtus de leurs plus beaux habits, les fidèles se préparent pour un autre temps important de cette fête, celui de la prière de l’Aïd. Cette prière, appelée Salat al-Aïd, marque officiellement la fin du mois de ramadan et le début des festivités.

Traditionnellement, elle se déroule en plein air, dans de vastes esplanades appelées moussalas, ou dans les grandes mosquées du pays lorsque les conditions climatiques ne permettent pas une célébration en extérieur. Cet espace ouvert permet d’accueillir un grand nombre de fidèles, renforçant ainsi le caractère collectif et solennel de cette prière. Hommes, femmes et enfants s’y rendent vêtus de leurs plus beaux habits, symbolisant la pureté et le renouveau spirituel après un mois de jeûne et de dévotion.

La prière de l’Aïd se distingue des prières quotidiennes par sa structure spécifique. Elle est composée de deux unités de prière (rak’ât) et comprend plusieurs takbir (formules de glorification de Dieu), récités en chœur par l’imam et les fidèles.

Après la prière, une khutba (sermon) est prononcée, rappelant l’importance de la gratitude, du pardon et de la solidarité, valeurs centrales de Aïd al-Fitr. Bien que la prière en communauté soit fortement recommandée, certaines personnes, notamment celles qui ne peuvent se déplacer, l’effectuent à la maison. En quittant la mosquée ou la moussala, les fidèles s’échangent des vœux chaleureux, «Aïd Moubarak Saïd !», avant de regagner leurs foyers pour entamer les festivités autour de mets traditionnels et de retrouvailles familiales.

Un petit-déjeuner festif pour marquer la fin du jeûne
Après un mois de privation diurne, l’Aïd marque le retour aux repas habituels, et cette transition se fait en douceur avec un petit-déjeuner particulier. Ce repas est souvent dominé par des mets sucrés, illustrant la symbolique de la douceur après l’effort du jeûne. Sur les tables marocaines, on retrouve des pâtisseries emblématiques telles que les chebakia, les baghrir et le traditionnel thé à la menthe.

Latifa Mehdi, doctorante à l’Université Mohammed Premier d’Oujda et auteure de Analogie culinaire entre les patrimoines musulman et juif au Maroc, décrit cette diversité selon les classes sociales : «Le petit déjeuner (Ftour ou Ftor) est marqué par la consommation de la pâtisserie marocaine qui varie selon les classes sociales. On remarque que les milieux aisés servent sur leur tables de l’Aïd des gâteaux à base d’amandes et de noix, tels que ka’ab l’ghzal (cornes de gazelle), gouriba bl’louz (petits fours aux amandes), gouriba bl’gargaa (petits fours aux noix), Fekkas (sorte de croquants aux amandes), briouates et cigares à la pâte d’amandes et mhancha aux amandes, un dessert en forme de serpent feuilleté et fourré d’amandes parfumées à la cannelle et à la fleur d’oranger. Quant aux familles aux revenus plus modestes, ils préparent plutôt des gâteaux à base de farine, sucre, noix de coco, et graines de sésame tels que gouriba bl’kouk (petits fours à la noix de coco)», ou autres gouriba bssmida. Pour les plus démunis, on cuit du riz au lait sucré en guise de friandise pour se sentir dans l’ambiance de l’Aïd.»

Ce petit-déjeuner diffère donc selon les moyens de chacun, mais l’intention reste la même, partager un moment chaleureux et festif en famille, autour de l’incontournable thé à la menthe.

Le déjeuner de l’Aïd, un festin aux saveurs traditionnelles
Parmi les plats les plus emblématiques, le poulet à la daghmira occupe une place de choix. Ce tajine, caractérisé par sa sauce onctueuse à base d’oignons caramélisés, d’épices et parfois d’amandes, incarne la richesse culinaire du Maroc.

La «daghmira», cette sauce nappante et parfumée, est le fruit d’une cuisson lente où les saveurs se développent harmonieusement. Ce mets, servi lors des grandes occasions, est un symbole d’hospitalité et de festivité. Autre incontournable des tables marocaines, la seffa medfouna impressionne autant par son goût que par sa présentation.

Ce plat raffiné associe du poulet au safran délicatement enfoui sous un dôme de vermicelles cuits à la vapeur, agrémentés de cannelle, de raisins secs caramélisés, de sucre glace et d’amandes moulues. Plat de célébration par excellence, il est synonyme d’abondance et de douceur, rappelant l’importance du partage dans la culture marocaine.

Enfin, le tajine de viande aux pruneaux, mariage subtil du sucré et du salé, est lui aussi très prisé lors de l’Aïd. L’agneau ou le bœuf mijote lentement avec des pruneaux, des amandes et des épices telles que la cannelle et le safran, donnant naissance à un plat où l’équilibre des saveurs évoque l’harmonie et la convivialité. Ce mets, servi lors des repas festifs, reflète l’art culinaire marocain, où chaque ingrédient est choisi avec soin pour créer une expérience gustative mémorable.

Un retour progressif à la vie quotidienne
Si Aïd al-Fitr est un moment de fête et de retrouvailles, il annonce aussi la fin d’un cycle et le retour progressif à la vie quotidienne. Dès le lendemain, le mois de Chawwal débute, offrant aux fidèles l’opportunité d’accomplir six jours de jeûne surérogatoire, recommandés par la tradition prophétique.

Ce prolongement spirituel permet de faire durer les bienfaits de ramadan, tout en amorçant une transition en douceur vers le rythme habituel. Ainsi, entre spiritualité, élégance et plaisirs culinaires, Aïd al-Fitr demeure une célébration où se mêlent ferveur religieuse et héritage culturel, illustrant avec éclat la richesse des traditions marocaines.

Faiza Rhoul / Les Inspirations ÉCO



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