Politique

Intégration maghrébine. Ce qu’en pensent les Marocains

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Un sondage a permis de comprendre les attentes des citoyens par rapport à un blocage qui coûte cher. 95% des sondés estiment que le renforcement des relations économiques entre les pays du Maghreb est susceptible d’accélérer leur intégration.

Chimère ou projet réalisable? L’intégration maghrébine a fait couler beaucoup d’encre et nourri tellement d’espoirs que le sujet sonne comme une vieille rengaine. Dans un temps où les blocs économiques et/ou politiques tracent leurs contours, comme la CEDEAO en Afrique de l’Ouest, les pays du Maghreb sont toujours pris dans l’étau des micmacs politiques. L’approche purement politicienne est aujourd’hui tellement consommée qu’un changement de paradigme s’impose.


C’est ce qu’a tenté de faire le Moroccan Institute for Policy Analysis (MIPA). Au-delà des considérations et conflits politiques, l’Institut a pris le pouls de la population à travers un sondage mené auprès de 1.200 Marocains représentatifs des catégories sociétales et régionales. Mené entre octobre et décembre 2019, ce sondage a révélé une forte disposition à jeter les ponts entre les acteurs économiques et sociétaux des pays du Maghreb ( Maroc, Algérie, Tunisie, Mauritanie et Libye).

À plus forte raison que les marges de manœuvres sont énormes : selon un rapport du FMI, les échanges commerciaux dans la région maghrébine représentent à peine 5% des échanges extérieurs de chaque pays maghrébin. C’est le taux le plus bas parmi les blocs commerciaux régionaux dans le monde. C’est la raison pour laquelle, 95% des sondés estiment que le renforcement des relations économiques entre les pays du Maghreb est susceptible d’accélérer leur intégration.

Dans ce sens, 83% des personnes interrogées pensent que le conflit entre le Maroc et l’Algérie est le premier facteur qui retarde l’intégration et 89% ont estimé que l’ouverture des frontières entre les deux pays voisins est une nécessité. Ils sont aussi nombreux à être optimistes (58%) pour une intégration qui pourrait se faire jour dans les 5 à 10 prochaines années. C’est d’autant plus réalisable que 91% des questionnés ressentent un rapprochement culturel fort entre les pays du Maghreb. Justement, il n’y a pas de freins linguistique, religieux ou coutumier qui seraient susceptible de compromettre le rapprochement tellement souhaité.

Ceci dit, les raisons de l’échec du grand Maghreb arabe sont à trouver dans les conflits politiques selon 48,3% des interrogés et dans la volonté de certains pays de la région à avoir l’ascendant sur les autres (22,7%). Ils sont tous conscients que le coût du non-Maghreb coûte entre 2,5 % et 3% du PIB. En d’autres termes, l’intégration entre les 5 pays de la région peut être un réel accélérateur de croissance alors que chaque pays doit redoubler d’effort pour grignoter un ou deux points de croissance dans un environnement économique mondial pas toujours avantageux.

Pour Rachid Aourraz, économiste, chercheur au MIPA, cette approche par le bas visant à décomposer les raisons du blocage, s’est avérée révélatrice d’une ambition citoyenne pour une intégration porteuse d’opportunités. Pour lui, les possibilités sont énormes si l’on dépasse les considérations purement politiques.

Parmi les recommandations qu’un rapport final dudit sondage va contenir, figure la priorité qui devra être accordée aux partenariats économiques surtout les complémentarités à mettre en place à travers une chaîne de valeurs régionale. Secundo, l’ouverture des frontières entre l’Algérie et le Maroc que ce dernier n’a eu de cesse d’y appeler malgré le silence radio de la première. Tertio, la promotion des partenariats culturels pour défricher le terrain aux rapports qui peuvent être tissés dans le futur entre les peuples maghrébins. Quattro, promouvoir le maillage entre les sociétés civiles de pays du Maghreb à travers des séminaires et des rencontres régulières d’échange d’expériences. Tels sont les principaux points prioritaires afin d’installer les jalons d’un marché commun qui peut jouer le rôle d’interlocuteur fort et valable vis-à-vis de l’UE et des autres groupements économiques régionaux.


UMA : le manque à gagner en PIB

Cela fait plus de 28 ans que l’UMA existe sans que les prémices d’un rapprochement économique ne pointent à l’horizon. Selon un rapport de la Banque mondiale, une intégration complète à travers la libéralisation des services et les investissements, pourrait se traduire par une hausse du PIB par habitant de 34% pour l’Algérie, 27% pour le Maroc et 24% pour la Tunisie. Toutefois, depuis la fermeture des frontières entre le Maroc et l’Algérie en 1994, les échanges commerciaux entre les deux voisins transitent par le port de Marseille. Un rapport du World economic forum, en 2017, exhortait les pays de l’UMA à mettre en place des infrastructures d’échanges comme les chemins de fer et les autoroutes tout en levant les barrières douanières et tarifaires.

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