Culture

Mostra de Venise : l’édition du courage et de la solidarité

Pour sa 77e édition, le Festival international du film de Venise propose une ouverture solidaire avec l’ensemble des directeurs de festivals de cinéma sur le tapis rouge, sans public. Le 2 septembre, ­­ directeur de la Mostra, a tenu à ouvrir le bal main dans la main avec ses collègues pour soutenir le cinéma et ses artisans face à la Covid-19.

Thierry Frémaux (Festival de Cannes), Lili Hinstin (Festival de Locarno), Vanja Kaludjeric (Rotterdam Film Festival), Karel Och (Karlovy Vary,) et José Luis Rebordinos (Festival international du film de San Sebastian) se sont retrouvés autour de leur hôte, Alberto Barbera, directeur de la Mostra de Venise, pour soutenir une édition inédite. Malgré l’évolution de la pandémie, le plus vieux festival du monde a maintenu sa 77e édition, qui se tient du 2 au 12 septembre, tout en respectant les règles les plus strictes. «Très tôt, après le confinement, nous avons commencé à parler entre nous pour voir comment affronter une situation sans précédent, avec des risques énormes, dont personne ne connaissait les conséquences», commence Alberto Barbera, qui ajoute que son amitié avec Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, ne date pas d’hier, d’où cette facilité à communiquer et à échanger sur l’avenir des festivals. Le festival français, qui devait avoir lieu en mai dernier, a été annulé, laissant place à un label Cannes 2020 pour soutenir les films. «Il y a eu un dialogue constant et continu. Nous avons présenté différentes solutions. Nous voulions travailler ensemble», continue le directeur de la Mostra, qui a dû faire face à des décisions prises au jour le jour, en constante évolution. «Nous étions sûrs d’une chose: nous voulions que cette édition se fasse coûte que coûte, nous avions l’intention de faire et de réaliser quelque chose», indique-t-il, plaçant son festival sous le signe de la solidarité avec une présence symbolique des responsables des évènements phares du cinéma de par le monde. «Ceci est un geste de profond soutien à l’égard de tous, de toutes les personnes qui travaillent pour le cinéma. Réaliser un film est un métier extraordinaire».

Soutenir le métier
Après les annulations en série des évènements et tournages, l’heure, selon les directeurs de festivals, est à la résistance afin de montrer la voie, de donner de l’espoir. «Ce n’est pas pour nous que nous faisons tout cela, mais pour les oeuvres et les artistes. Nous avons senti la solitude des artistes. L’idée que les festivals continuent faisait du bien aux cinéastes. Après que les tournages se soient arrêtés, que les salles de cinéma aient été fermées, il y a eu un sentiment d’abandon, de peur. Faire ce festival était une manière de rappeler que nous étions tous ensemble», rappelle Thierry Frémaux, qui souligne que les festivals ont toute leur place, dans l’actualité comme dans l’histoire du cinéma. Un clin d’oeil aux politiques est fait puisque, même s’il revient sur la situation idéale de la France, où est assuré un soutien effectif à la création, des pays comme le Brésil souffrent de l’absence de politiques. «Nous avons la chance d’avoir un système d’aide public favorable, nous sommes soutenus par les politiques même s’il faut toujours les solliciter, les rappeler. Ce n’est pas le cas de la Cinémathèque brésilienne, mise en danger par l’attitude du pouvoir». Tel est le rôle d’un festival: permettre au cinéma d’exister à travers ce maillage géographique mondial. «Merci de nous avoir donné une plateforme pour créer, pour nous exprimer. L’importance du festival ne se limite pas à montrer des films. Il permet de découvrir et de faire découvrir autre chose à un autre pays», ajoute Vanja Kaludjeric, du Rotterdam Film Festival. «Je pense qu’on vit un moment de transformation majeur où il faut affirmer des valeurs, prendre position. Veut-on veut perdre la notion de la découverte et opérer un repli sur soi, sur un petit écran et dans un cercle familial ? Notre réunion est un engagement par rapport à cela», continue Lili Hinstin, du Festival de Locarno, qui rappelle que les temps ont changé et que le fait de voir une femme à la tête d’un grand festival est encore nouveau. José Luis Rebordinos, dont le festival de San Sebastian se tiendra aussi physiquement, se félicite de cette initiative de solidarité et de ce soutien entre festivals, convaincu que seul ce modèle peut marcher et aider le cinéma à se relever. «On devait continuer à aider les films, attirer les gens et les pousser à aller au cinéma, pour qu’ils ne perdent pas l’habitude d’y aller. Il ne fallait pas perdre le lien avec le cinéma».

Le monde d’après, le monde «pendant»
Selon le délégué général du festival cannois, on ne pas parler de «monde d’après» puisque nous sommes encore dans le «pendant». Personne n’a d’élément de réponses. «Je ne suis pas prophète», affirme-t-il. «J’essaie de réfléchir. Avant de penser l’avenir des festivals, il faut penser à l’avenir du monde. Un économiste disait qu’il fallait 3 ans pour revenir à la «normale». Nous ne sommes pas encore dans le monde d’après, nous sommes dans le monde «pendant». Il sera important de compter sur les artistes. Le désir du public, des festivals, des critiques vient de la création artistique et des propositions des cinéastes», précise Thierry Frémaux, qui propose une réflexion sur la société de manière générale. Selon lui, il s’agit de demander aux politiques que le cinéma soit opportunément soutenu pendant les périodes de crise comme celle-ci. «Il faudrait arrêter d’annoncer la mort du cinéma. Depuis une semaine, les spectateurs reviennent, quelque chose se passe. Il est intéressant de voir comment le cinéma va une nouvelle fois renaître de ses cendres», confie celui qui demeure confiant quant à l’avenir des festivals et du cinéma, rappelant à juste titre que «la culture est ce qui coûte le moins cher et ce qui rapporte le plus». À méditer. 

L’édition masquée !

La 77e édition du Festival international du film de Venise se prépare à sa levée de rideaux ce mercredi 2 septembre, dans des conditions particulières. Premier festival de catégorie A à organiser sa fête du cinéma en version physique, alors que Cannes avait décidé d’annuler la sienne et que Toronto (10-19 septembre) opte pour une version virtuelle, le plus vieux festival de cinéma au monde tente de prouver que l’on peut vivre avec son temps. Après le Festival du film francophone d’Angoulême, qui a tenté une édition ce 26 août, c’est au tour du festival vénitien de montrer le chemin. Le festival n’a pas reporté cette édition, considérée comme risquée en raison de la forte propagation du virus que connaît le monde. L’organisation a pourtant prévenu d’un éventuel passage à une organisation online et virtuelle si la situation s’aggravait. «Jusqu’à la dernière minute, nous avions deux versions que l’on allait mettre en place». Une armée se trouve derrière un festival qui a scrupuleusement respecté les mesures de sécurité du début à à la fin. Tous les accrédités à la Mostra sont priés de présenter un test PCR négatif 48h avant leur arrivée avec les détails de leur vol. Une fois arrivés, leur est communiqué un rendez-vous à l’hôpital de Mestre pour passer un autre test. En 10 jours de festival, les accrédités sont testés trois fois, une fois tous les les 5 jours. En plus des tests, la distanciation est de mise, le port du masque obligatoire -même dans les salles- et les réservations des places de cinéma ou de conférences de presse se font en ligne à l’avance. «L’organisation est incroyable pour l’instant. Cela devrait se passer ainsi en temps normal : c’est plus fluide, il n’y a pas de temps d’attente», confie un journaliste italien, habitué du festival. Un mur blanc de deux mètres cache le tapis rouge, symbole du glamour de la Mostra. Cette année est avant tout placée sous le signe de la sécurité et du courage. Pour éviter les attroupements devant les stars, le public ne pourra pas voir ses idoles. Mais elles seront là, c’est le principal. Le plus vieux festival du monde est le premier à se faire en présence du public.

Jihane Bougrine, NES à Venise / Les Inspirations Éco

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