Culture

Exposition : Le catalogue déraisonné de Faouzi Laatiris

À partir du 4 octobre, le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain de Rabat présente l’exposition de Faouzi Laatiris. «Faouzi Laatiris. Catalogue déraisonné» est le second volet de l’ambitieux projet baptisé «Volumes fugitifs: Faouzi Laatiris et l’Institut national des Beaux-arts de Tétouan».


Dans sa démarche depuis les années 90, Faouzi Laatiris développe une pratique expérimentale où se croisent la sculpture, l’installation, la performance et l’espace public, avec une remarquable liberté esthétique et une constance dans l’engagement personnel. Son travail s’ancre résolument dans le contexte et les conditions de production du Maroc, plus particulièrement la région Nord de Tétouan et Martil, au contact portuaire et historique avec l’Espagne et Gibraltar. Son exposition «solo», intitulée «Faouzi Laatiris. Catalogue déraisonné» sera le second volet de l’ambitieux projet initié par le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain, baptisé «Volumes fugitifs: Faouzi Laatiris et l’Institut national des Beaux-arts de Tétouan. Lors du premier volet, Faouzi Laatiris avait installé 7 «Portes», présentant chacune une installation thématique, un micro-univers guidé par la musique, l’herboristerie, le commerce, la mythologie, etc. Rejoint par une dizaine d’ex-étudiants désormais artistes confirmés, les portes de Laatiris devenaient comme des points de passage vers les œuvres de ces autres artistes (Mohamed Larbi Rahhali, Safaa Erruas, Younès Rahmoun, Batoul S’Himi, Mohssin Harraki, Mohamed Arejdal, Mustapha Akrim, Etayeb Nadif, Khalid el-Bastrioui).

À présent, le second volet vient donner à voir toute l’étendue de l’œuvre entreprise par Faouzi Laatiris, en ajoutant aux «Portes» du premier volet différentes œuvres qui «remontent le temps», jusqu’aux années 1990, moment clé pour envisager le Maroc dans la mondialisation et l’émergence de nouvelles pratiques. Partagé entre son intérêt pour l’art moderne occidental et son rapport intime à la terre marocaine, ses traditions et savoirs vernaculaires, Laatiris construit des installations au bord de la «schizophrénie culturelle». Des sortes de bombes à retardement tiraillées entre leur forme et leur fonction; mais aussi très souvent, entre monde artisanal et monde industriel. Des bombes qui affichent un goût prononcé pour l’inachevé, dans une poétique des ruines. La rue, le commerce, le chantier, la marchandise et la pop culture font partie de son vocabulaire primordial. Toujours à la limite entre le raffinement insoupçonné et le kitsch assumé, Laatiris se pose en architecte du chaos, adepte de l’ironie et des jeux de langage, profanateur de symboles collectifs. Après sa double formation à l’Institut des Beaux-arts de Tétouan et à l’Ecole des Beaux-arts de Bourges entre les années 1980 et 1990, il retourne à Tétouan pour y fonder l’atelier «Volume et installation», à l’école qui est devenue l’Institut national des Beaux-arts de Tétouan, en 1992. Une date clé pour comprendre la production de l’artiste qui devient alors indissociable de son engagement pédagogique.

Depuis, on doit à Faouzi Laatiris d’avoir contribué au développement d’artistes les plus remarquables de leur génération: Safaa Erruas, Batoul S’himi, Younes Rahmoun, Mohssin Harraki, Mustapha Akrim… la «génération Tétouan», comme l’a montré le premier volet de l’exposition. À cheval entre le 20e et le 21e siècle, ses œuvres délicates et complexes ont souvent rencontré les impasses liées à la conservation et au stockage, pour un artiste hors-circuit se tenant à l’écart du marché de l’art. En un sens, cette tendance à l’entropie fait partie de sa pratique: le goût de la flânerie, du rhizome, du bricolage et de la bifurcation ne le laisseront jamais abandonner la rue au profit d’un atelier fixe et central. Son atelier est partout et nulle part à la fois, lieu nomade et imaginaire pour ce collectionneur de formes à la fois fugitives et mythiques. Laatiris n’est donc pas le bon artiste pour une rétrospective mais il est sans doute l’artiste idéal pour une «anti-rétrospective», plus exactement un Catalogue déraisonné. La plupart des œuvres de l’exposition sont de nouvelles productions qui réinterprètent des œuvres passées. Le concept et la forme s’entremêlent d’autant plus allègrement, entre anachronismes et flashbacks à travers un parcours exceptionnel dans la mondialisation artistique.

Par ailleurs, les œuvres matérialisées côtoient les œuvres «en devenir», les dessins et les plans pour des œuvres passées ou futures. Tout en imprégnant ses œuvres de culture marocaine, Laatiris parvient à questionner les grandes transformations (économiques, politiques, esthétiques, etc.) en jeu dans les rapports Nord-Sud… et dans le miroir déformant de la société du spectacle globalisé. «À travers cette exposition, le MMVI continue de jouer son rôle fondamental en consacrant des artistes modernes et contemporains dont le talent et la création racontent une partie de l’histoire artistique du Maroc et au-delà. Consacrer, c’est également redonner vie à un travail accompli mais parfois tombé aux oubliettes. C’est dans cette perspective que nous avons soutenu la création, par Faouzi Laatiris, d’œuvres passées qui n’avaient été ni présentées, ni reconstruites depuis des années, permettant ainsi au public de les redécouvrir», confie Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées.

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