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Union africaine : le jeu d’équilibriste des ministres des finances

Les grands argentiers africains se retrouvent depuis lundi, à Rabat, dans un contexte toujours dégradé où les regards sont braqués sur l’inflation qui entame chaque mois le pouvoir d’achat. La succession des chocs pourraient engendrer un recul considérable des progrès accomplis en matière de réduction de la pauvreté et des inégalités. Par ailleurs, la conjoncture impose, entre autres, de renforcer les institutions africaines. Or, le financement de l’Union africaine par exemple reste un véritable défi. Les États sont appelés à plus de discipline et à un engagement plus marqué.

Pas de répit pour les ministres des Finances africains ! La réunion du comité F15 se tient (13-14 juin à Rabat) une nouvelle fois dans un environnement toujours dégradé. Après la pandémie du coronavirus dont les séquelles perdurent, les regards sont braqués sur l’inflation, elle-même exacerbée par la guerre en Ukraine. Ce nouveau choc compromet la reprise de l’économie africaine amorcée en 2021 après une contraction de 1,6% du PIB en 2020.


«Le coût de cette situation pourrait, si nous n’agissons pas rapidement et collectivement, provoquer un recul considérable des progrès accomplis à l’échelle continentale en matière de réduction de la pauvreté et des inégalités et rendre nos économies encore plus vulnérables aux chocs extérieurs dans un environnement mondial instable», prévient Nadia Fettah Alaoui, ministre de l’Économie et des finances, hôte de cette réunion des grands argentiers africains.

Les politiques budgétaires expansionnistes pour contrer les effets de la pandémie du coronavirus et aujourd’hui la pression sur le pouvoir d’achat ont significativement réduit les marges de manœuvre. Par ailleurs, avec la normalisation de la politique monétaire de la FED et de la BCE, le risque lié à la dette s’est accru pour plusieurs États. En moyenne, la dette se stabiliserait à 66,1% du PIB en 2022 contre 42,3% en 2014. Sa composante extérieure représente 41,4% du PIB en hausse de pratiquement 16 points sur la période, selon les indicateurs projetés par Vera Songwe, Secrétaire générale adjointe des Nations Unies et Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique. L’argent moins cher a permis à de nombreux États de financer les programmes de développement et les plans de relance post-covid. La remontée des taux d’intérêt va rendre plus difficile le financement des déficits publics et accroître le service de la dette.

Le financement de l’Union africaine reste un challenge
La réunion du Comité F15 vise aussi à rappeler aux États leurs obligations, notamment, en matière de financement de l’Union africaine. «La crise actuelle pourrait remettre en cause la viabilité financière de l’Union africaine, soit en incitant les partenaires internationaux à réduire leurs financements, soit en réduisant les capacités contributives des États membres, confrontés à une pression accrue sur les finances publiques», rappelle Nadia Fettah Alaoui. Le budget global de l’Union est passé de 797 millions de dollars en 2018 à 651 millions de dollars en 2022.

La contribution des États membres se limite à 31% (sachant que l’effort repose sur une poignée de pays), très loin des objectifs fixés en 2015 à Johannesburg. A l’époque, les dirigeants s’étaient engagés à financer, à l’horizon 2020, la totalité du budget opérationnel, 75% du budget programme et 25% du budget des opérations de soutien à la paix.

Si l’échéance a été repoussée à 2025, les résultats pourraient là encore ne pas être au rendez-vous. Les projections laissent entrevoir une baisse de 18% du budget global en raison de la forte contraction des ressources dédiées aux opérations de soutien de la paix.

«Nous avons besoin de consolider les progrès et de mettre l’accent sur le Fonds de la paix», exhorte Donald Kaberuka, Haut représentant de l’Union africaine pour le financement de l’Union et du Fonds pour la paix, ex-président de la BAD.

L’application de la taxe de 0,2% sur les importations décidée il y a quelques années pourrait contribuer à augmenter et assurer des ressources stables à l’Union africaine. Elle permettrait aussi de réduire la dépendance des financements extérieurs. Sauf que seulement 17 États ont mis en place cette taxe, rappelle Monique Nsanzabaganwa, vice-présidente de la Commission de l’Union Africaine. Au-delà de la sensibilisation des pays membres, il faudra réformer le dispositif de sanctions pour le rendre plus dissuasif, estiment Monique Nsanzabaganwa et Donald Kaberuka.

Nadia Fettah Alaoui
Ministre de l’Économie et des finances

 

«Les contraintes de financement, qui pèsent aujourd’hui sur le budget de l’Union, devraient nous inciter, non seulement à rechercher des sources de financement additionnelles, mais surtout à optimiser l’utilisation des ressources disponibles. Je soumets l’idée de la mise en place d’un groupe de travail rattaché au comité F15, qui servirait de plateforme de réflexion et de proposition sur les moyens de renforcer la performance du budget de l’Union africaine et d’améliorer l’efficacité de ses dépenses».

Donald Kaberuka
Haut représentant de l’Union africaine pour le financement de l’Union et du Fonds pour la paix, ex-président de la BAD

«L’Afrique se retrouve généralement isolée dans les crises majeures. Il est important de fortifier nos institutions politiques. L’intégration et la complémentarité économique nécessitent beaucoup d’attention et l’accélération  des réformes».

Vera Songwe
Secrétaire générale adjointe des Nations Unies et Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique

«Si les ministres des finances ne s’impliquent pas suffisamment dans le financement de l’Union africaine, ce sera compliqué».

Franck Fagnon / Les Inspirations ÉCO


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