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Une première, l’eau au cœur des négociations !

La COP de Marrakech a tenu sa promesse en accordant un intérêt particulier à la problématique de l’eau, première victime des changements climatiques. 


Pour la première fois, l’eau est placée au cœur des négociations climatiques. Pourtant, ce secteur est une grande victime des changements climatiques. La journée entière du mercredi a été dédiée à l’action dans le domaine de l’eau dans le programme de la COP22. La championne de haut niveau du Maroc pour le climat, Hakima El Haité, s’engage à porter la voix des alliances et coalitions dans les négociations, à condition d’avoir des solutions concrètes. Une nécessité, car la résolution de cette problématique permettra de régler d’autres problèmes comme l’accès à l’école pour les enfants, l’amélioration des soins, la lutte contre l’immigration à cause de la sécheresse… «Ce n’est pas un problème d’adaptation, mais plutôt de développement sur lequel il faut se pencher en créant une nouvelle dynamique et en réfléchissant à de nouveaux mécanismes de gestion de la problématique», précise El Haité. L’heure est à l’innovation en matière de systèmes de planification de l’eau et à la démultiplication des initiatives.

Le partenariat public-privé pourrait s’avérer une solution idoine, comme l’a précisé à plusieurs reprises la ministre de l’Eau Charafat Afilal, qui se réjouit de la consécration par la présidence marocaine de la COP d’un grand intérêt vis-à-vis du secteur. Un livre bleu intitulé élaboré par le ministère de l’Eau et le Conseil mondial de l’eau a été élaboré pour que les solutions proposées soient au cœur des négociations. Ce document traite de la vulnérabilité de l’eau au changement climatique, de la gestion de l’eau et la réalisation des objectifs de développement durable dans un contexte de changement climatique et de l’importance des financements et de la coopération. Beaucoup de recommandations sont émises dont la nécessité de reconnaître l’eau comme première victime du changement climatique et la nécessité de placer l’eau au cœur des négociations climatiques. Le gouvernement et la communauté internationale sont appelés à œuvrer pour la mobilisation des financements et la mise en œuvre d’actions urgentes en faveur de l’eau. La CCNUCC est invitée à considérer l’eau comme une priorité dans les discussions aussi bien sur l’atténuation que l’adaptation.

Il est aussi recommandé que le sommet de Marrakech positionne au même niveau les politiques d’atténuation et d’adaptation. Les agendas de l’eau et du climat sont à intégrer pour améliorer la rentabilité et soutenir les engagements financiers pour la création de sociétés résilientes et d’écosystèmes protégés aussi bien pour répondre aux besoins de l’adaptation au changement climatique que pour atteindre les objectifs de développement durable. Le Conseil mondial de l’eau et le ministère marocain de l’Eau recommandent aussi d’engager un agenda d’action pour l’eau en vue de donner un signal clair à l’ensemble des acteurs. À ce titre, il est nécessaire de mettre au point un mécanisme de suivi des engagements, d’adopter un plan d’action prioritaire pour l’eau, de créer un momentum politique et un appel à l’action en faveur de l’eau. L’agenda de l’eau doit prendre en considération les initiatives lancées à l’occasion de la COP21 et celles qui seront initiées lors de la journée d’action de l’eau pendant la COP22.

À cela s’ajoute l’impératif de l’amélioration et de la simplification de l’accès aux financements en faveur des pays en développement. Les capacités des maîtres d’ouvrage doivent être renforcées en vue de pouvoir élaborer des projets répondant aux critères des fonds climat. Ces projets doivent découler des contributions nationales des pays. La priorité devra être traduite dans les faits à travers les fonds climat (Fonds d’adaptation et fonds vert) qui doivent être ouverts à des projets visant une meilleure gestion des ressources en eau et faciliter une adaptation des activités dépendantes de ressources en eau abondantes et de bonne qualité. Il faut également un accompagnement des pays en voie de développement, notamment les pays africains pour développer des projets bancables auprès des fonds climat. Il est nécessaire d’accorder un intérêt à l’adaptation dans les financements.

Le soutien financier ne devra pas uniquement se focaliser sur les projets d’infrastructures mais aussi l’amélioration des connaissances de la ressource et des impacts du changement climatique, le renforcement des capacités, la gouvernance, le suivi et l’évaluation des politiques et des pratiques. Par ailleurs, des mécanismes de suivi des engagements pris dans le domaine de l’eau et du changement climatique sont à mettre en place afin de relever l’ambition en matière d’atténuation et d’adaptation. À ce titre, il est recommandé de mettre en place un tableau de bord pour suivre l’état d’avancement et le pilotage des actions engagées. Pour atteindre les objectifs escomptés, un intérêt particulier est à accorder à l’Afrique à travers un agenda spécifique pour l’eau et le changement climatique dans le continent qui a besoin de financements et de savoir-faire pour proposer des contributions efficaces en faveur de l’adaptation. Il est, en outre, on ne peut plus urgent de mettre en œuvre les principes de bonne gouvernance et de gestion intégrée de l’eau. Les usagers doivent être sensibilisés aux risques encourus et de les impliquer dans les prises de décisions concernant la gestion des ressources en eau. 


L’eau et le climat en Afrique
L’Afrique est le deuxième continent le plus sec au monde avec 3.931 milliards de m3, soit près de 9% des ressources mondiales en eau douce. La répartition géographique de l’eau reste très contrastée. Certes le continent dispose globalement de ressources en eau importantes, mais d’énormes disparités existent entre les différentes régions de l’Afrique. Le Nord du continent, le Sahel et certaines parties de l’Afrique australe et de l’Est sont moins arrosées et leurs ressources en eau sont très limitées. Par contre, les régions tropicales et équatoriales disposent de ressources hydriques importantes. Les six pays les plus riches en eau, situés en Afrique Centrale et de l’Ouest détiennent 54% des ressources totales du continent et les vingt pays les plus secs n’en détiennent que 7%. Le déficit en infrastructures et en équipements fait que même si l’Afrique ne manque pas d’eau, une partie de sa population n’y a pas accès. Les chiffres sont alarmants. Un tiers de la population africaine soit 330 millions d’habitants n’a pas accès à l’eau potable et presque la moitié des Africains souffrent de problèmes de santé dus au manque d’eau potable.

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