Éco-Business

Sociétés de financement. L’activité bat de l’aile

L’impact impitoyable de la crise sanitaire sur le secteur touristique a eu un effet direct sur les sociétés de financement, principaux partenaires des sociétés de transport touristique et des voitures de location.

L’impact de la crise de la Covid-19 sur la situation financière des ménages et entreprises s’est rapidement répercuté sur le secteur bancaire, en particulier au niveau des sociétés de financement. Les derniers chiffres publiés par l’Association professionnelle des sociétés de financement (APSF) témoignent clairement de l’effet de la crise sanitaire sur le secteur. Le marché du crédit-bail a enregistré une nette baisse d’activité durant les neuf premiers mois de l’année 2020, avec un recul de 3,6 MMDH (32,7%) par rapport à la même période de 2019.


La production, quant à elle, s’est limitée à 11,1 MMDH à fin septembre 2020, contre 16,7 MMDH un an plus tôt. Du côté du marché du crédit à la consommation, celui-ci s’est également inscrit dans une tendance baissière, avec un retrait de 24,7%, soit 3,4 MMDH de financements en moins par rapport à la même période de 2019. La production de la période s’est établie à 10,3 MMDH, contre 13,7 MMDH un an plus tôt. Les effets de la crise sur l’activité ont pu être constatés dès le premier semestre où les résultats financiers des sociétés de financements se sont nettement détériorés, accompagnées d’une nette augmentation du coût du risque.

L’activité des sociétés de crédit-bail a été la plus affectée, avec un montant des loyers facturés en baisse de 9,5%, un produit net bancaire (PNB) en recul de 9,3% et un résultat net qui s’établit à 39 MDH seulement, contre 208,4 MDH à fin juin 2019. De son côté, le niveau du risque s’est nettement aggravé au cours du premier semestre 2020 marquant une hausse de 98,3%. Il en ressort un coût du risque de 0,59% au lieu de 0,35%, enregistré un an auparavant. Dans le même trend, le marché du crédit à la consommation enregistre également un chiffre d’affaires du premier semestre 2020 de 5,1 MMDH en retrait de 1,5%, un PNB en recul de 4,5% et un résultat net limité à 2,5 MDH, au lieu des 517 MDH de 2019.

Le niveau de risque a explosé en glissement annuel de 193%. Le coût du risque qui en découle s’élève à 1,10%, contre 0,57% un an auparavant. Si le Comité de veille économique (CVE) a apporté son soutien aux ménages et aux entreprises, à travers plusieurs mesures liées aux emprunts et modalités de remboursement, les sociétés de leasing se sont retrouvées piégées face à un afflux de demandes. Ces sociétés se sont au final elles-mêmes retrouvées en situation de difficulté par contamination. À noter que le moratoire accordé par les sociétés de leasing, à fin juin 2020, a concerné un encours de 13,5 MMDH sur un encours global de 50,1 MMDH que portent ces sociétés. Ce qui porte le moratoire à 1,3 MMDH. C’est dans ce sens que les membres de l’APSF ont estimé qu’il est temps que l’association soit au moins observateur, sinon partie prenante du CVE.

L’objectif étant de remonter les spécificités du métier et d’exposer les enjeux pour la profession en cas de non renouvellement du moratoire et évaluer l’effet des impayés. La rapide mise en place des moratoires de crédits par le CVE, sans consultation des professionnels, a en effet mis les professionnels face à plusieurs obstacles, au vu de l’ampleur des sollicitations et en l’absence d’une définition de la notion de «difficulté». En effet, la réponse à toutes les demandes a eu un impact sur les besoins de financement des sociétés de leasing qui ont doublé, ou même tripler selon certains cas. La suspension de la facturation durant 3 ou 6 mois rimait avec l’abandon de 50% à 75% du PNB et l’enregistrement des pertes conséquentes. Même en cas de rejet des demandes jugées non justifiées, l’augmentation des impayés, pendant cette période, a eu un impact direct sur le provisionnement net et par conséquent sur le résultat. Cela, sans compter sur les risques opérationnels liés au volume des demandes et des délais nécessaires pour leur traitement et leur mise en œuvre (actualisation des contrats et des garanties).

Pour l’heure, la crainte de la profession reste le secteur touristique qu’elle surveille de très près. Pour cause, ces clients, constituant une grande partie du portefeuille de ces sociétés de financement, ont été les premiers à subir de plein fouet la crise sanitaire, en particulier les sociétés de transport touristique et la location de voitures. L’APSF avance dans ce sens, qu’en l’absence d’un accompagnement spécifique du secteur, les impacts de cette crise continueront à se faire sentir au moins jusqu’à la fin de l’année 2023.

Aïda Lô / Les Inspirations Éco

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