Éco-Business

Secteur bancaire participatif au Maroc: quel bilan ?

Said Amaghdir Directeur associé, Finance Value Consulting Capital Market, Bank & Insurance

Finéopolis Institute vient de publier son briefing sur les résultats du secteur bancaire participatif marocain à fin juin 2020. Quelle lecture en faites-vous ?
Ce rapport est une analyse factuelle qui revient sur les réalisations du secteur après quatre ans d’existence. Il relève, entre autres, qu’en termes de dépôts, le Maroc est loin des objectifs fixés avec des dépôts très faibles. Le ratio de transformation était également très élevé avec un taux de 376%. Nous étions d’ailleurs dans l’obligation de demander aux banques conventionnelles d’alimenter les banques participatives. Or, ceci ne figurait pas dans les objectifs fixés initialement. L’idéal était d’avoir des encours participatifs et la possibilité de transformer les dépôts en financements. L’autre constat fait par ce rapport concerne l’assurance participative Takaful qui n’est toujours pas lancée, ce qui met d’ailleurs en danger les 11 MMDH financés jusqu’ici.

Comment se porte le secteur bancaire participatif au Maroc, surtout en cette période de crise ?
On ne peut pas dire que ce soit l’euphorie. Aujourd’hui, les gens ont d’autres soucis comme conserver leurs emplois. En termes d’activité, de dynamisme et de financement, le rythme n’est plus le même, à l’exception de certaines banques qui ont carrément changé de secteur en s’adressant aux TPE et PME. Par ailleurs, on constate que l’épargne au Maroc commence à baisser de manière importante. Cela s’explique par deux choses : soit les Marocains consomment plus, soit ils préfèrent la thésaurisation, c’est-à-dire garder le cash chez eux, ce qui est défavorable à l’économie marocaine.

Quel bilan faites-vous du secteur depuis son lancement ?
Nous avons démarré il y a quatre ans, et les gens ne sont toujours pas assurés, ce qui est une erreur stratégique. Il ne fallait pas démarrer la banque sans le volet assurance, et ce déséquilibre n’est pas en faveur des banques participatives, et encore moins des particuliers. On se retrouve donc avec un marché des capitaux en décalage par rapport aux secteurs de la banque et de l’assurance. Cela risque de poser encore plus de difficultés dans les années à venir. Cependant, il ne faut pas nier que le résultat est honorable, mais nous aurions pu faire mieux si tous les intervenants avaient lancé leurs compléments au moment opportun.

Quelles solutions préconisez-vous pour une gestion bilancielle plus équilibrée ?
En termes d’offres de produits, la banque participative marocaine est très limitée. Des gens ont eu confiance en cette finance et ont ouvert des comptes, mais ce n’est pas suffisant parce qu’il faut que l’offre produits soit diversifiée et touche tous les segments (particuliers, professionnels, TPE, PME et grandes entreprises). Si on veut réussir notre expérience de finance participative en général, et de banque participative en particulier, il faut que les différents intervenants, banques, marchés des capitaux et assurance soient sur la même longueur d’ondes pour créer une synergie dynamique. La vraie valeur ajoutée des banques participatives se trouve plus dans les TPE et PME. La plupart sont orientées vers le financement de l’immobilier et, pour moi, ce secteur n’est ni générateur d’emplois ni de richesse. L’idéal est de revoir les stratégies et d’accompagner les TPE-PME, mais surtout d’avoir une stratégie diversifiée et de ne pas rester sur le segment particulier. 

Mariama Ndoye / Les Inspirations Éco

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