Éco-Business

Mehdi Lebiad : “L’auditeur doit bien comprendre le processus de fonctionnement des activités énergivores de son client”

Mehdi Lebiad
General manager d’Assidoo

L’audit énergétique est réglementé au Maroc depuis décembre 2019 par le décret °2-17-746 relatif à l’audit énergétique obligatoire et aux organismes d’audit. Dans le but de savoir comment cette prestation d’optimisation des postes énergivores de l’entreprise est déployée et fonctionne, nous avons invité Mehdi Lebiad, expert et General manager d’Assidoo, pour éclairer notre lanterne. Entretien.

Le décret N°2-17-746 relatif à l’audit énergétique obligatoire et aux organismes d’audit énergétique, qui a été publié au Bulletin officiel du 2 mai 2019, est entré en vigueur en décembre 2019. Que pensez-vous de cette réglementation ?


La nouvelle réglementation sur l’audit énergétique obligatoire a apporté un cadre juridique et accompagne la vision stratégique du Royaume en termes d’optimisation et d’indépendance énergétiques. Elle a non seulement répondu au besoin d’optimisation qui commençait à se faire sentir depuis plusieurs années dans le pays, mais sa publication a également permis à plusieurs acteurs économiques de prendre conscience de l’intérêt de rationnaliser leur consommation énergétique.

Ces derniers se sont rendu compte que ce faisant, ils activaient aussi un levier de compétitivité et de responsabilité environnementale et sociale. Autre chose, je pense que c’est un bon choix de départ d’imposer cette réglementation à certains secteurs économiques et à partir d’un certain niveau de consommation. Toutefois, je pense que même les entreprises les moins énergivores seront gagnantes par la connaissance et la maîtrise de leurs profils de consommation énergétique.

Depuis la publication de ce décret, les entreprises assujetties sont invitées à entamer l’audit sur l’ensemble de leurs activités, procédés industriels, bâtiments et véhicules exploités. Est-ce que vos opérations d’audit couvrent tout ce spectre ?


À travers nos opérations d’audit énergétique, nous couvrons plusieurs métiers dans le bâtiment, notamment : l’électricité, la climatisation, le chauffage, la ventilation et le thermique. Nous proposons à notre clientèle l’ingénierie des projets neufs et l’investigation suite à des incidents ou manques de performances majeures.

L’audit énergétique a un intérêt particulier chez Assidoo puisque les différentes entités de notre structure travaillent sur la mission, à savoir l’équipe d’investigation qui se charge de la collecte des données et des performances des installations existantes, puis l’équipe d’ingénierie qui identifie les axes d’optimisation et élabore des solutions d’optimisation.

Nous avons aussi commencé à intervenir dans la mobilité, notamment sur les flottes de véhicules en exploitation. Grâce à une collaboration externe et des projets pilotes, nous montons progressivement en compétence.

Quels sont les secteurs les plus demandeurs ?


Bien avant la publication du décret, nous avions souvent été sollicités par des entreprises de différents secteurs afin de les accompagner dans des initiatives d’optimisation énergétique, à travers des opérations d’audit énergétique.

Indépendamment des secteurs, les entreprises qui nous avaient contactés étaient soit des leaders dans leurs domaines d’activité, qui souhaitaient garder une différentiation ou améliorer leur compétitivité, soit des acteurs économiques ayant une importante responsabilité sociale et énergétique dans leur stratégie.

C’était également intéressant de voir des particuliers, qui ont pris conscience de l’impact carbone de leurs résidences, franchir le pas en nous sollicitant pour un accompagnement destiné à la réduction de leurs factures énergétiques.

Bref, ce qui est intéressant, c’est le fait que ce besoin de maîtriser et d’optimiser sa consommation est en dynamique croissante et c’est très positif pour l’exploitant et pour le pays qui aspire à réduire sa facture en la matière, à travers l’efficacité énergétique, de 20% à l’horizon 2030.

Avez-vous déjà réalisé des opérations d’audit sur le parc automobile d’entreprises ?
Comme je l’ai déjà expliqué avant, chez Assidoo, nous montons progressivement en puissance dans la mobilité durable, qui est encore un marché balbutiant dans le Royaume.

Nous avons déjà réalisé une opération très structurante pour nos équipes, dans le cadre d’un projet pilote, notamment pour répondre aux besoins d’un transporteur de matériaux de construction. L’entreprise avait constaté une hausse de ses coûts de carburants qui n’était ni justifiée par les hausses des prix à la pompe ni par la croissance de son activité.

Au terme de la mission, nous avons établi le profil de consommation, ce qui nous a permis de déterminer les causes de ces augmentations, et de proposer des mesures correctives et d’optimisation.

Au fait, est-ce que le mode opératoire est le même lorsqu’il s’agit d’auditer un procédé industriel, un bâtiment ou un parc de véhicules industriels, utilitaires ou individuels ?


Si le processus d’audit est pratiquement le même, les actions -et surtout les solutions- ne sont pas des recettes de tiroir. Les actions, les réflexions et les solutions doivent être personnalisées par entreprise, en fonction de plusieurs critères qui lui sont propres.

Par exemple, l’auditeur doit bien comprendre le processus de fonctionnement des activités énergivores de son client. Sans cette bonne compréhension, il peut facilement passer à côté des axes d’optimisation qui seraient les plus intéressants en termes de délai de retour sur investissement et de durée de déploiement.

Une fois les causes de surconsommation d’énergie de l’entreprise identifiées, quelles sont généralement les actions concrètes que vous proposez pour faire baisser sa facture énergétique ?


Une fois que les axes d’optimisation sont identifiés, notre équipe technique entame la phase d’ingénierie dont l’objectif est d’abord d’émettre des propositions visant à réduire le gaspillage. Puis pour les axes d’optimisation, cela passe par la conception et la mise en œuvre de nouvelles installations qui apporteront un confort et une consommation énergétique mieux maitrisée et plus adéquate.

Plus concrètement, si on détecte, par exemple, que le système électrique fonctionne hors des heures ou des moments voulus, ce qui arrive parfois, on propose alors de déployer des dispositifs simples pour limiter le fonctionnement électrique aux heures choisies.

Autre exemple, si on détecte qu’une installation technique est énergivore à cause d’une conception non conforme aux besoins d’exploitation ou à cause de l’utilisation d’équipements non performants, on réalise alors une étude technico-économique complète de l’installation en question, ce qui nous permet de proposer un système plus performant et moins énergivore.

Bref, il faut chaque fois garder le focus sur l’identification de solutions d’optimisation qui ne nécessitent pas un gros budget pour s’assurer de la réussite de la mission. Bien entendu, nos études de faisabilité technico-économique recommandent souvent l’utilisation d’énergies renouvelables pour la production d’électricité ou d’eau chaude.

Est-ce que vous confirmez que ces actions permettent de faire baisser la facture énergétique de l’entreprise d’une moyenne de 40% ?


En tout cas, à travers nos expériences, il nous arrive d’identifier et de proposer des solutions permettant de réaliser des baisses de consommation allant au-delà de 40%.

En effet, lors de nos missions, nous constatons généralement qu’il y a un important gisement de réduction de la consommation énergétique chez nos clients. Et la plupart du temps, nous privilégions de nous attaquer aux postes qui nécessitent des budgets modestes et qui peuvent être rapidement déployés.

D’ailleurs, on recommande souvent à nos clients de commencer par ces postes peu budgétivores avant d’aller vers les autres qui nécessitent de plus gros financements et des délais de retour sur investissement plus longs.

Au Maroc, l’audit énergétique est actuellement en effervescence. Mais cela pourrait encore se renforcer davantage. À votre avis, qu’est-ce qu’il faut faire pour impliquer les entreprises qui ne sont pas concernées par le décret N°2-17-746 ?


Il y a, en effet, une dynamique positive alimentée par la mise en application du nouveau décret sur l’audit énergétique obligatoire et un besoin croissant des entreprises de réduire leurs coûts d’exploitation en se décarbonant.

À court terme, cette dynamique va s’accélérer, puisque le besoin d’optimisation énergétique est devenu un important pilier dans les stratégies des entreprises et aussi des ménages.

Si j’ai des propositions à faire, ça serait de standardiser le processus et les livrables de l’audit énergétique obligatoire, de prioriser les solutions et les initiatives d’optimisation à faible coût et faciles à déployer, et d’encourager les entreprises qui se lancent à travers une subvention.

Aziz Diouf / Les Inspirations ÉCO

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