Éco-Business

Grand dossier E-commerce : le virage forcé de la digitalisation

La crise sanitaire, qui touche le pays depuis plusieurs mois, a poussé vers un changement inédit de l’échiquier économique national. Les opérateurs économiques, déjà lancés dans la digitalisation de leurs services, ont pu tirer leur épingle du jeu. Les autres ont dû mettre les bouchées doubles pour rattraper leur retard. Décryptage.

par Sanae Raqui


La crise sanitaire du coronavirus a redistribué toutes les cartes. Pendant le confinement, les opérateurs économiques nationaux ont tous revu leurs modes de distribution, de communication et de paiement aussi. L’activité monétique a battu son plein pendant cette période, celle de l’e-commerce aussi, en lien avec un changement dans les habitudes de consommation. Les banques, les opérateurs télécoms et les acteurs de la grande distribution, eux aussi, se sont adaptés à la crise, en assurant un meilleur service à distance pour leur clientèle. En fait, les opérateurs économiques, déjà lancés dans la digitalisation de leurs services, ont pu tirer leur épingle du jeu. Par contre, les autres ont dû mettre les bouchées doubles pour rattraper leur retard en la matière. L’enjeu est de taille, Les habitudes et le comportement des citoyens ont été chamboulés. Pour assurer leurs besognes ces derniers se sont rués vers le digital ! Désormais tout se fait en ligne, paiement des factures, achats de produits de première nécessité, services financiers, shopping… En fait, les mesures sanitaires, dictées par l’État, obligent les gens à s’approvisionner au plus près de chez eux. Les supermarchés ont donc été les premières victimes de ce durcissement. Une fois terminés les moments de panique de l’approvisionnement en produits et du stockage massif de produits de première nécessité, la consommation des ménages s’est orientée vers les produits essentiels laissant tout le superflu de côté.

Changement d’habitudes
Pendant que la Covid-19, le confinement et le durcissement des mesures sanitaires, modifient de jour en jour les comportements d’achat des consommateurs marocains, les entreprises elles aussi doivent suivre cette nouvelle tendance et s’adapter, voire carrément changer leurs modes de communication. C’est un effet inévitable mais surtout imprévu, qui se manifeste de plus en plus tant que la pandémie n’est pas éradiquée. Tout le monde doit s’adapter et surtout se confirmer à la nouvelle donne : tous les comportements usuels se modifient, ils ne seront plus jamais comme avant ! Le Haut-commissariat au Plan (HCP) a réalisé une enquête auprès des ménages pour suivre l’adaptation du mode de vie des ménages sous la contrainte du confinement, couvrant la période du 14 au 23 avril 2020. D’après cette enquête, 82% des personnes qui sortent du domicile pendant le confinement sont les chefs de ménage, 15% les personnes âgées de 25 à 59 ans, 2% les enfants de moins de 18 ans et 1% les personnes âgées de 60 ans et plus. Les principales raisons de sortie du domicile sont : Pour 94% des ménages, l’approvisionnement domestique. Aussi, selon le HCP, pour 24% des ménages, les prix des produits alimentaires de base ont augmenté au cours du confinement, «alors que pour 75%, ces prix n’ont connu aucun changement aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural, et quelque soit le niveau de vie des ménages», explique-t-on au niveau de l’étude du HCP. Dans ce sens, il est sûr que les habitudes alimentaires et la nature des achats se sont modifiées. Les ménages préparent à l’avance leurs achats, font de plus en plus attention aux horaires d’ouvertures et de fermeture des magasins. Les offres et promotions deviennent de plus en plus prisées par ces derniers.

Car qui dit crise sanitaire, dit baisse d’activité économique et donc réduction des salaires, voire même arrêt d’emploi. En effet, l’inquiétude sur le pouvoir d’achat est manifeste dans ce genre de situation. Justement l’étude du HCP révèle que 34% des ménages affirment n’avoir aucune source de revenus en raison de l’arrêt de leurs activités au temps de confinement. Il est expliqué que, par rapport à leur situation financière actuelle, pour 38% des ménages, le revenu couvre juste les dépenses. la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) à, de son côté, souligné, dans sa note du mois de septembre, que les mesures prises par les pouvoirs publics auraient permis d’absorber partiellement les implications néfastes de la crise sanitaire sur la consommation des ménages et les entreprises en difficulté ainsi que leurs employés. Elle précise que «la consommation des ménages, impactés par la baisse de leurs revenus, le changement de leur mode de consommation dans le contexte de crise et la succession de deux mauvaises années agricoles, aurait affiché une contreperformance en 2020, atténuée, toutefois, par l’évolution toujours maîtrisée des prix à la consommation (+0,5% à fin juillet 2020)». L’Indice des prix à la consommation (IPC) a accusé une baisse, en glissement mensuel, de 0,3% en juillet 2020. Ce recul recouvre le retrait de l’IPC alimentaire de 1,6%, atténué par l’augmentation de l’IPC non-alimentaire de 0,5%. La baisse observée au niveau des produits alimentaires est à lier au reflux des prix des légumes (-8,6%), des poissons et fruits de mer (-3,5%), du lait, fromage et œufs (-0,9%), des viandes (-0,7%) et des huiles et graisses (-0,5%). Pour les produits non-alimentaires, la hausse a concerné principalement les prix des carburants (+6,9%).

Le commerce en ligne gagne du terrain
En tout cas, cette crise sanitaire a révélé de nouvelles tendances. L’e-commerce a bien pris de l’ampleur durant cette conjoncture de crise, à même de devenir un comportement habituel pour le consommateur marocain. Acheter en ligne ses produits est devenu un comportement normal pendant cette période. Ce changement d’habitude a en effet, été constaté quasiment dans l’ensemble des secteurs. Cette révélation du consommateur en ligne a même poussé les commerçants, opérateurs de la grande distribution… à revoir leurs stratégies de communication et de vente pour assurer leur présence en ligne et donc apporter des réponses concrètes à la nouvelle réalité. Mais surtout rester visible et proche vis-à-vis de leur clientèle. De ce fait, un franc succès a été enregistré chez les sites marchands en matière de ventes durant cette période.

Se transformer ou mourir ?
La transformation digitale est devenue, plus que jamais, un facteur indispensable au développement des entreprises. En fait, la crise sanitaire mondiale a confirmé cette tendance. Le numérique est omniprésent, tant dans les process internes de l’entreprise que dans l’environnement de travail des collaborateurs ou encore dans l’environnement économique externe. Avec cette crise sanitaire, la transformation digitale devient donc un enjeu majeur pour l’entreprise.

Le digital s’impose et offre aux entreprises de créer de nouveaux produits et services ou de raccourcir les délais de commercialisation. Il permet aussi de réinventer les interactions de l’entreprise avec ses clients et de renforcer sa présence dans son environnement local, national et international. «L’entreprise doit être en transformation continue. Elle doit toujours être à la recherche de compétitivité, en utilisant justement les moyens technologiques et la data», avait assuré Salwa Karkari-Belkeziz, présidente de GFI Maroc, lors d’un webinaire intitulé : «L’entreprise de demain sera digitale», organisé par l’institut CDG. Les nouvelles technologies rendent-elles les entreprises plus compétitives ? Oui, dans la mesure où la crise sanitaire a démontré que l’utilisation des nouvelles technologies s’impose comme étant un facteur important pour l’amélioration de la compétitivité de l’entreprise. Les entreprises ont pu assurer la continuité de leur activité grâce à la technologie, allant des plateformes collaboratives à celles de l’e-commerce. En fait, la crise sanitaire a également démontré les lacunes des PME-PMI. Ces dernières ont eu du mal à assurer leur activité, puisqu’elles ne disposaient pas de stratégie claire en termes de présence digitale. Il est également à noter que la crise a révélé un retard dans le déploiement de la stratégie Maroc Digital. Toutefois il y a une prise de conscience qui s’établit. Dans ce sens, les TPE et PME sont les plus concernées par l’urgence de l’opérationnalisation de cette stratégie. L’État et les opérateurs sectoriels sont amenés à mieux collaborer afin d’assurer la réussite de cette transformation devenue primordiale pour la survie des entreprises. Car on le sait : il est probable que plusieurs des comportements des consommateurs marocains, constatés au début de cette crise sanitaire, risquent de perdurer. La prise de conscience actuelle s’inscrit dans la durée. L’important donc est de la rendre concrète, prendre les choses en main devient un axe primordial. La stratégie de digitalisation des entreprises de demain doit s’écrire dès à présent. 

 


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