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Économie nationale : Au-delà de toutes turbulences…

L’argentier du royaume affiche son optimisme de la résilience de l’économie nationale en dépit des aléas de la conjoncture tant nationale qu’internationale. En dépit des efforts déployés, quelques indicateurs sont au rouge: aggravation du déficit commercial de 30 MMDH et de celui du compte courant (3,9% du PIB), faible niveau de croissance, régression des recettes des IDE de 17,5%, faible impact des investissements publics sur l’emploi et la croissance…

Le ministre de l’Économie et des finances dresse un tableau plutôt positif de l’économie nationale en 2016. Il estime qu’en dépit d’un environnement globalement défavorable et d’une sécheresse sans précédent, l’économie marocaine confirme sa résilience et continue à s’inscrire dans une trajectoire d’amélioration de ses fondamentaux. Néanmoins, certains indicateurs ne sont pas à la hauteur des aspirations, à commencer par le taux de croissance en 2016 qui ne dépasse pas 1,6 % alors que le gouvernement prévoyait 3% dans le cadre de la loi de Finances. Cette contre-performance est due au modèle économique marocain qui demeure dépendant des conditions climatiques.


En effet, la décélération de la croissance économique est principalement due à la baisse de la valeur ajoutée agricole de 8%. Certes, le Maroc continue à enregistrer une orientation positive de la croissance de l’activité non agricole, mais pas au niveau escompté, comme le souligne le responsable gouvernemental. Cette croissance reste impactée par la faiblesse de la demande extérieure. L’objectif aujourd’hui est de donner un coup de fouet aux activités non agricoles et d’augmenter la résilience des différentes filières agricoles en poursuivant les efforts déjà entrepris dans le cadre du Plan Maroc vert. Mohamed Boussaid tient à préciser que malgré la baisse de 70% de la récolte céréalière, les autres filières agricoles se développent, ce qui a diminué l’impact du recul de la valeur ajoutée agricole. Ainsi, à titre d’exemple, la production oléicole a connu une augmentation de 24% en atteignant le record de 1,42 million de tonnes, sous l’effet de l’extension des superficies plantées. La production agrumicole, quant à elle, a enregistré une hausse de 7% grâce à l’augmentation des superficies, au rajeunissement des vergers et à l’amélioration des modes d’irrigation. L’élevage s’est développé de 4 à 5% en raison de l’amélioration des disponibilités fourragères en lien avec la conversion d’une partie des superficies céréalières. Les culture industrielles ont connu une hausse de 5%. L’idée est de pouvoir progressivement autonomiser la valeur ajoutée agricole par rapport à la production céréalière tout en continuant de promouvoir les stratégies sectorielles. Jusque-là, les indicateurs sectoriels montrent un comportement relativement bon des secteurs économiques.

À titre d’exemple, la pêche côtière et artisanale a enregistré une augmentation de 11,7% en volume de débarquement. Après une régression de 5,4% en 2015, le secteur minier a progressé de 2,8% en 2016. Les crédits bancaires alloués à l’immobilier ont progressé de 2,5%. Pour le secteur industriel, le taux d’utilisation des capacités de production se maintient à 66%. Cela est dû à l’impact important du recul de l’industrie de raffinage. Le secteur touristique passe au vert avec une hausse de 2% des nuitées dans les établissements classés. Pour ce qui est des crédits bancaires, ils passent au vert après une contre-performance en 2015. Les crédits à l’équipement se sont sensiblement améliorés (+7,6 MMDH contre -3,3 MMDH) ainsi que les crédits immobiliers (+6,1 MM.DH contre +4,8 MMDH) et les crédits à la consommation (+2,6 MMDH contre +2,3 MM.DH). La poursuite de la tendance baissière des taux débiteurs (5,08 %), avec un nouveau recul de 17 points de base au troisième trimestre de 2016, est expliquée par Boussaid par le résultat de la politique monétaire.

Performance du marché boursier
Par ailleurs, le ministre de l’Économie et des finances se félicite de la performance du marché boursier (30%) qui «n’est pas le fruit du hasard». C’est le résultat de la mise en place d’une batterie de mesures: l’adoption de la nouvelle loi sur la Bourse qui permet la création d’un marché dédié aux PME et d’un compartiment aux fonds, l’ouverture du capital de la Bourse qui a permis l’entrée au capital des principaux intervenants sur la marché boursier, le renforcement de l’indépendance et des pouvoirs de l’AMMC, la réforme du régime d’appel public à l’épargne pour une meilleure transparence du marché. À cela s’ajoute l’introduction réussie de Marsa Maroc.

Échanges extérieurs
Le Maroc maintient un niveau confortable des réserves de change couvrant près de 7 mois d’importations de biens et services et ce, malgré le recours limité du Trésor à l’emprunt extérieur et l’augmentation substantielle des importations (9,3%). Le compte courant de la balance des paiements est à un niveau soutenable, malgré l’aggravation de la balance commerciale liée à l’accélération des importations des biens d’équipement et des produits alimentaires. Les exportations des métiers mondiaux du Maroc sont au vert (+9,2%): l’automobile (+11,5%, avec plus de 300.000 véhicules exportés), le textile et cuir (+6,7%), l’industrie alimentaire (+5,2%), l’électronique (+10,2 %), l’aéronautique (+14, 6%). De grands espoirs sont nourris dans le secteur de l’automobile pour atteindre 100 MMDH d’exportations à l’horizon 2021. En parallèle, il faut augmenter le taux d’intégration pour augmenter la valeur ajoutée du secteur.

Le taux d’intégration de Renault-Tanger est passé de 30% en 2012 à 40% en 2016. Cette évolution devra se renforcer davantage avec la mise en œuvre de près de 50 écosystèmes dans le cadre du Plan d’accélération industrielle. Outre les métiers mondiaux, les recettes de voyage s’avèrent aussi de la plus haute importance. Elles ont évolué de 3,5% et les transferts de MRE de 3,4% «malgré la conjoncture internationale toujours incertaine». En dépit de ces réalisations, le déficit commercial a augmenté de 30 MMDH. Il faut dire que les importations ont évolué de 9,3% alors que les exportations n’ont augmenté que de 2,1%.

Rappelons, à cet égard, la contre-performance du chiffre d’affaires de l’OCP (-12,1%, liée à la baisse des prix à l’international). L’aggravation du déficit commercial provient principalement de l’augmentation de l’importation des produits alimentaires de 8,9 MMDH en raison de la sécheresse et des biens d’équipements de 25,7 MMDH par rapport à 2015. Ce dernier point est positif, selon le chef de département de l’Économie et des finances, car l’importation des biens d’équipement correspondent aux efforts d’investissement de projets de grande envergure (TGV, station thermique de Safi, industrie automobile…). En raison de l’accélération des importations et de l’accentuation de la baisse des prix du phosphate et dérivés, le déficit du compte courant en 2016 est estimé à 3,9% du PIB contre 2,2% du PIB en 2015.

Régression des IDE
Les flux nets des investissements directs étrangers ont baissé de 28,5%. Cette régression est attribuable à la diminution des recettes de 17,5% et à l’augmentation des dépenses de 25,7%. Les recettes des investissements directs étrangers ont régressé de 17 %. Pour Boussaid, cette situation est due à deux facteurs: les années précédentes ont été exceptionnelles et 2016 s’est caractérisée par une baisse des IDE des pays émergents. Les recettes des IDE ont porté notamment sur les secteurs de l’immobilier et construction ainsi que de l’industrie automobile en provenance de France, des Émirats arabes unis et d’Arabie saoudite.

Déficit budgétaire en baisse
«Malgré un contexte international défavorable, un faible niveau de croissance, le coût de certaines mesures fiscales et la non réalisation des prévisions au titre des dons CCG (7,2 MMDH réalisés contre 13 MMDH programmés)», le déficit budgétaire a poursuivi sa trajectoire baissière pour se situer autour de 3,9% du PIB contre 4,2% du PIB un an auparavant. Un résultat satisfaisant car il a permis de maintenir l’effort d’investissement au profit des infrastructures et des secteurs sociaux. «Dans un contexte de faible croissance, il faut continuer à améliorer les dépenses utiles, notamment celles d’investissements», souligne Boussaid. Cependant, l’impact des investissements demeure faible tant sur la croissance que sur l’emploi. Comment peut-on remédier à cela? «C’est l’un des chantiers sur lesquels nous travaillons. L’idée est de classer les investissements et les prioriser en fonction de leur impact sur l’emploi», précise le responsable gouvernemental. C’est dans ce cadre que s’inscrit un projet avec la Banque mondiale sur le management de l’investissement public. Actuellement, les investissements sont capitalistiques et ont peu d’impact sur l’emploi. «Le relais doit être pris par le secteur privé pour investir dans des projets favorisant l’emploi et la croissance», ajoute Boussaid.

L’épineux dossier de l’emploi
L’épineux problème de l’emploi nécessite une nouvelle approche pour réduire le taux de chômage qui demeure élevé. Il a baissé de 10,1% à 9,6%, mais cette baisse «apparente» est sous l’effet d’un recul plus important de la population active (-1,1%). Le Maroc a enregistré une perte nette de 73.000 emplois en 2016, résultat de la création de 30.000 postes d’emploi rémunérés, exclusivement en milieu rural, et la destruction de 103.000 postes non rémunérés.

Deux records en 2016
Le ministre de l’Économie et des finances jubile: «2016 a été marquée par deux records». Le premier est le taux d’émission au titre des investissements qui a atteint le niveau exceptionnel de 75%, taux jamais atteint par le passé. Le deuxième porte sur le remboursement du crédit de la TVA, qui a atteint 10,7 MMDH, alors que le budget prévu initialement est de 6,5 MMDH. Ce chiffre pourrait être porté à 11,5 MMDH en additionnant le butoir de l’ONEE et l’ONCF.

Dette du Trésor. Recul à partir de 2017
Critiqué sur le taux d’endettement, Boussaid rassure. À partir de 2017, on s’attend à un recul de la dette du Trésor. En 2016, le rythme de progression du taux d’endettement s’est stabilisé à 0,6 point du PIB malgré le ralentissement de la croissance économique. Hors effet PIB, le ratio d’endettement aurait baissé de 0,7 point du PIB pour s’établir à 63,4%. Pour le ministre de l’Économie et des finances, le recours à l’endettement est une nécessité car les recettes de l’État sont limitées, provenant essentiellement des recettes fiscales, des dons et du monopole des établissements publics. Le gouvernement devra gérer: 130 MMDH de la masse salariale et des cotisations sociales, 30 MMDH des dépenses de gestion, 36 MMDH des transferts des établissements publics, 27 MMDH des taux d’intérêt des crédits et 65 MMDH d’investissements. La somme engendre un déficit d’environ 40 MMDH qu’il faut emprunter.

Dossier «SAMIR»
«L’État suit de près le dossier de la SAMIR en tant que créancier», tient à souligner Boussaid. Une équipe est dédiée à cette affaire qui est entre les mains de la justice. «C’est une histoire extrêmement malheureuse. Nous avons été bernés», indique le ministre en estimant qu’il faut dorénavant être vigilant dans le choix des investisseurs.  


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