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Crise sanitaire. L’augmentation du financement de la Santé s’impose

Il est temps de booster le financement du secteur de la santé au Maroc et de corriger les dysfonctionnements qui émaillent sa gestion. C’est le principal enseignement tiré de la conjoncture actuelle, selon les parlementaires de la chambre haute qui ont interpellé, en séance plénière des questions orales, le ministre de la Santé sur la gestion de la crise sanitaire.

Le Maroc va-t-il, après la crise, se conformer aux recommandations de l’OMS en matière de financement du secteur de la santé? Une question qui revient avec insistance en ces temps de crise. Le sujet a été évoqué, cette semaine, au sein de l’hémicycle, tant par les députés que les conseillers. Le financement est en effet un élément clé dans la promotion du secteur de la santé. L’Organisation mondiale de la santé recommande de consacrer 12% du Budget général de l’État au secteur de la santé, alors que le Maroc, loin de cet objectif, affiche un taux de moins de 6%. Certes, le budget consacré au secteur a connu une augmentation considérable au cours des dernières années, en passant de 11,88 MMDH en 2012 à 18,5 MMDH en 2020. Mais ces efforts restent encore insuffisants pour pouvoir réduire le décalage entre les ambitions gouvernementales et la situation du système de santé, émaillé par plusieurs dysfonctionnements, comme le reconnaissent les responsables gouvernementaux.
Les parlementaires appellent à tirer dès à présent les enseignements de la crise actuelle pour mettre en place une nouvelle stratégie visant à combler les lacunes du secteur. «Le secteur de la santé avant Covid-19 ne sera pas le même après la crise, non seulement au Maroc mais aussi au niveau mondial», pour reprendre l’expression du ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb, qui a été interpellé mardi dernier par les parlementaires de la chambre haute. Le secteur vient d’être appuyé par une enveloppe supplémentaire de 2 MMDH pour faire face à la crise sanitaire. Est-ce suffisant? Rien n’est moins sûr car personne ne sait comment évoluera la propagation de la pandémie. Aussi faut-il rester aux aguets, comme tient à le souligner le responsable gouvernemental, qui laisse entendre que le prolongement du confinement sanitaire est une nécessité pour contenir la maladie. Jusque-là, le Maroc «a pu éviter le pire. Selon les études, le Maroc a pu éviter quelque 6.000 décès grâce aux mesures préventives qu’il a prises».


1.826 lits de réanimation
La situation épidémiologique reste maîtrisée pour le moment. Le Maroc dispose de quelque 1.826 lits de réanimation. Au secteur privé, on compte quelque 504 lits de réanimation. Les cas atteints du Covid-19 actuellement en réanimation ne représente que 5% de la capacité d’accueil de la réanimation au Maroc. Mais si la contagion se propage à grande échelle, il sera difficile de gérer la situation. Jusque-là, le nombre de cas graves représente 14% du total des personnes atteintes par le virus au Maroc. Le problème, selon le chef du département de la Santé, ne réside pas dans le nombre de lits de réanimation, mais dans les ressources humaines. Le royaume dispose uniquement de 987 médecins spécialisés en réanimation et anesthésie. C’est très insuffisant. Il faut dire que la problématique du manque de ressources humaines a toujours été pointée du doigt, tant bien les professionnels que les parlementaires. Cette question a encore une fois été évoquée au sein de l’institution législative. Des craintes sont en effet émises quant à la capacité de nos ressources humaines à faire face à la pandémie en cas de propagation massive du virus. Il est ainsi proposé de recourir d’urgence au recrutement par contrat à l’instar de ce qui a été fait au niveau du secteur de l’enseignement. Sauf que cette option risque d’attiser les tensions sociales alors que l’heure est à l’unification des forces pour vaincre la pandémie. L’option du recours au recrutement régional dans le secteur de la santé ne date pas d’hier, mais elle s’avère difficile à mettre en place. Ce qui est prôné, c’est de se pencher, après la crise, sur l’amélioration de la situation sociale du personnel de la santé ainsi que des conditions de travail au sein des centres de santé publics en améliorant les infrastructures et en recrutant des ressources humaines suffisantes. On s’attend à ce que le gouvernement mette en place une nouvelle stratégie de promotion de la santé publique. La privatisation du secteur a été critiquée par les parlementaires pour lesquels l’expérience actuelle démontre qu’il faut plutôt se concentrer sur la promotion de l’offre de soins publique.

Recherche scientifique
À cela s’ajoute la nécessité de donner un coup de fouet à la recherche scientifique dans le secteur de la santé. Le Maroc accuse un retard abyssal en la matière. Le ministre de la Santé estime que la recherche scientifique au Maroc doit être renforcée pour qu’il puisse avoir des solutions contre les épidémies. Dans les pays développés, la course contre la montre est enclenchée pour trouver un traitement ou un vaccin au Covid-19 alors que le Maroc manque cruellement de moyens pour lancer ses propres investigations. Rappelons à cet égard que le ministère de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique vient de mettre en place un programme de soutien à la recherche multidisciplinaire dans les domaines en relation avec la pandémie actuelle. Doté d’une enveloppe budgétaire de 10 MDH, ce programme vise à mobiliser les acteurs de la communauté scientifique marocaine autour de projets de recherche relatifs à cette pandémie. Sur le volet de l’industrie pharmaceutique, il est temps de revoir la stratégie du Maroc. Ait Taleb souligne que le Maroc encourage la production locale, encouragement désormais érigé en priorité. Le secteur devra connaître quelques transformations au cours des mois et années à venir. L’objectif est d’assurer un approvisionnement optimal en produits pharmaceutiques, d’éviter les pertes de médicaments et de mieux répondre aux exigences en la matière. Le développement de la recherche scientifique dans ce secteur s’impose.

Par ailleurs, les parlementaires des deux chambres plaident pour l’élargissement du dépistage afin de contenir la propagation du virus. À ce titre, le responsable gouvernemental a souligné que le Maroc respecte les recommandations de l’OMS, d’autant plus qu’il en est encore à la phase numéro 2. Le royaume craint que l’élargissement du dépistage cause l’épuisement du stock des tests dont il dispose alors qu’aucune visibilité ne point à l’horizon quant à la fin de la pandémie. Le Maroc se prépare actuellement à élargir le cercle du dépistage. Soulignons que le dépistage est un outil majeur de lutte contre l’épidémie. L’Organisation mondiale de la santé recommande les tests massifs afin de contenir la pandémie. Les pays les plus touchés en Europe et les États-Unis effectuent des dizaines de milliers de tests par jour.


Financement du secteur de la santé

50% des dépenses de la santé au Maroc sont assurées par les ménages alors que les recommandations de l’OMS stipulent une charge inférieure à 30% voire 25%. L’assurance maladie finance uniquement 22% des dépenses. L’amélioration de la gouvernance est un élément clé. C’est l’un des piliers fondamentaux de la stratégie de réforme du secteur qui mise sur la rigueur et la bonne gouvernance pour pallier les contraintes budgétaires et s’adapter aux carences et insuffisances à travers l’instauration de plusieurs mesures de contrôle de gestion, l’efficacité budgétaire, l’amélioration du rendement des ressources humaines… La généralisation de la couverture médicale permettra d’assurer une base solide pour la solvabilité du système ainsi qu’une meilleure accessibilité et une qualité de soins optimale. Le secteur public se doit d’être attractif pour attirer davantage de patients solvables. Actuellement, c’est le secteur privé qui bénéficie de 90% du financement mobilisé par l’assurance maladie obligatoire car il est plus attractif que le secteur public.

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