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Comment sauver les “moul hanout”

Le Forum marocain du commerce s’est ouvert ce mardi à Marrakech et le sera jusqu’au 25 avril. Durant ces deux jours, il est essentiellement question d’aborder les principales problématiques et pistes de réformes à même de permettre au commerce national d’atteindre son plein potentiel. La survie des petits commerces face à l’expansion de la grande distribution est aussi une préoccupation majeure.


Le rôle moteur du commerçant marocain, acteur central du développement, n’est pas à démontrer. Il contribue à hauteur de 11% du PIB et emploie environ 1,2 million de personnes, soit 12,8% de la population active marocaine. Mais le secteur qui a connu, durant cette dernière décennie, l’émergence de nouveaux modes de commerce et plus particulièrement les réseaux de franchise et de grande distribution, peine encore à atteindre son potentiel.

Ainsi, pour faire du Maroc une plateforme de shopping par excellence présentant une offre répondant aux besoins de tous les consommateurs, le ministère de l’Industrie, de l’investissement, du commerce et de l’économie numérique organise le Forum marocain du commerce les 24 et 25 avril à Marrakech. Durant ces deux jours, il est essentiellement question d’aborder les principales problématiques et pistes de réformes à même de permettre au commerce national d’atteindre son plein potentiel en plaçant au coeur de cette dynamique le rôle moteur du commerçant marocain, acteur central du développement. Cet événement se veut un espace de débat, d’échange participatif et inclusif dans lequel les différentes parties prenantes mutualiseront leurs connaissances du terrain pour délivrer des recommandations claires et réalisables. Il s’agit concrètement d’adopter une approche qui permette de fédérer et d’organiser le commerce marocain tout en rassemblant les initiatives et en réformant la gouvernance sectorielle, indiquent leurs organisateurs.

En abordant toutes les questions centrales du commerce national, cet événement se donne également pour ambition de constituer un tournant historique pour le secteur en dessinant les contours d’une nouvelle orientation stratégique, d’une nouvelle vision du commerce qui accélère la vocation du Maroc à s’ériger définitivement en «hub» panafricain à vocation globale. Aussi, près de 1.000 participants et une trentaine de plateformes de discussions et d’échanges ont été mises en place pour l’occasion, lesquelles visent à «libérer le potentiel commercial du Maroc et lui permettre de relever les défis posés par l’ouverture des marchés, les défis sociaux, économiques et de reconstruction » parmi lesquels la modernisation du commerce de proximité, à savoir la labellisation, les centrales d’achats, le réseautage des commerçants ; la contribution à l’émergence de champions nationaux, c’est-à-dire l’assistance et l’accompagnement des opérateurs nationaux dans la création et le développement de réseaux commerciaux. Mais la priorité du moment de Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, de l’investissement, du commerce et de l’économie numérique selon qui «les suggestions et recommandations faites par les organisations professionnelles, les syndicats et tous les acteurs impliqués au nombre de 1.325 recommandations constitueront sans aucun doute un pilier très important dans le développement d’une vision globale visant à promouvoir ce secteur vital pour l’économie nationale», c’est la protection des petits commerciaux, sous la menace de la grande distribution.

«À chaque fois qu’une grande distribution s’installe au Maroc, 200 petits commerçants disparaissent», alerte Moulay Hafi d Elalamy qui ajoute : «notre objectif ultime est de faire en sorte que le pouvoir d’achat du consommateur marocain et la protection de ses droits soient améliorés et que le secteur soit un secteur d’excellence dans lequel le petit commerçant est le pilier». Mais il y a une autre menace, le E-commerce. Aujourd’hui, alors que 12,5% des Marocains achètent à travers Internet, le secteur du E-commerce connaît chaque année une hausse de 50%, et 24 millions de personnes sont connectées à Internet, rappelle Saloua Karkri-Belkeziz, la présidente de la Fédération marocaine des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring (Apebi). Or, selon le ministre, si les petits commerçants ne s’adaptent pas très vite à l’Internet, ils courent un grand risque. «Aujourd’hui, le consommateur n’a plus besoin d’acheter un yaourt tous les jours», explique- t-il.

Le commerce de détail pour sauver sa peau et supplanter les géants de la grande distribution a besoin d’une vision claire basée sur le long terme, a estimé Moulay Hafi d Elalamy qui veut mettre de l’ordre dans le secteur. «En 12 ans de stratégie commerciale, nous sommes toujours en train de rencontrer les mêmes problèmes. Ce qu’il faut, c’est une stratégie nationale viable pour le secteur», a regretté de son côté Salaheddine Mezouar. «Pour qu’une stratégie puisse réussir, il faut qu’elle prenne en compte les aspirations des couches les plus vulnérables», a ajouté le président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). Pour sa part, Nabil Nouri, président de la Fédération des chambres marocaines de commerce, d’industrie et de services (Fcmcis), qui considère le commerce traditionnel comme un patrimoine national, se veut très clair. «Les petits commerçants n’acceptent plus de vivre dans la précarité». Il ajoute : «Les petits commerçants n’ont ni sécurité sociale, ni des financements adaptés à leurs besoins. L’État doit mettre en place une structure sociale pour rétablir la dignité du petit commerçant».


Vision 2020
En relation avec le commerce moderne, le plan d’actions RAWAJ vision 2020 vise à atteindre les objectifs chiffrés suivants, à savoir une implantation de 600 grandes et moyennes surfaces à l’horizon 2020, dont plus de 50 hypermarchés générant près de 80.000 emplois, la création de 15 malls pouvant abriter près de 3.000 magasins de franchises et de commerces modernes et générant près de 21.000 emplois, 15 outlets, solderies et magasins d’usine générant 5.000 emplois. Il est également prévu de porter le PIB actuel du commerce à 98 MMDH ainsi que la contribution du commerce au PIB national à 12,5% et la croissance du secteur à 8% annuellement.

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