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BTP. Le secteur attend des mesures de sauvetage

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L’immobilier est le poumon de l’économie: l’adage est toujours d’actualité malgré les changements profonds que l’architecture économique du pays a connus durant les 20 dernières années. Sous d’autres cieux, l’importance du secteur s’est fait jour dès le déclenchement de la pandémie à travers les appels des professionnels à maintenir l’activité dans certaines proportions. Le secteur du BTP au Maroc ne déroge pas à la règle. Certes, il a profité pendant de longues années d’exonérations exceptionnelles et de subventions qui ont permis la floraison d’un urbanisme moderne répondant aux différents besoins et catégories sociales. Mais aujourd’hui, comme d’autres pans de l’économie, il se retrouve au creux de la vague. La baisse d’activité, telle qu’estimée par la Fédération nationale du BTP (FNBTP) s’est traduite par une chute du chiffre d’affaires aussi bien pour le bâtiment que pour les travaux publics de, respectivement, 75% et 60%.


Dans une lettre adressée au chef de gouvernement, la fédération explique ces réductions par quatre facteurs principaux. Premièrement, l’absence de main-d’œuvre qui, selon la fédération, a quitté volontairement les chantiers dès l’annonce de l’état d’urgence. La reprise s’avère donc laborieuse au regard des restrictions de circulation entre les villes imposées par les autorités. Deuxièmement, une baisse de productivité due au fait que le personnel restant ne peut réaliser certaines tâches à des postes clés. Troisièmement, un problème de fourniture sur les chantiers. Plusieurs usines de matières premières sont soit fermées, soit elles refusent de livrer leurs marchandises et exigent un paiement d’avance, ce que la trésorerie des entreprises ne permet pas. Quatrièmement, les banques ne se sont pas précipitées à la rescousse du secteur, exigeant des garanties souvent impossibles à satisfaire pour profiter du crédit Oxygène.

Les banques considèrent le secteur comme trop risqué. Elles se servent, lit-on dans la lettre, en premier lieu des décomptes encaissés, quoi que ces décomptes ne représentent que 35% du chiffre d’affaires en temps normal, ne laissant ainsi aux entreprises que très peu de marge pour faire face aux autres dépenses (salaires, fournisseurs etc.). Résultat, la trésorerie des entreprises, même les plus grandes, rétrécit à vue d’œil. Cela menace leur continuité et incite aujourd’hui la fédération à solliciter l’intervention du chef de gouvernement. Elle estime urgent de rectifier certains agissements et incompréhensions de la part de certains maîtres d’ouvrage et des banques, mais aussi d’anticiper la suite dans le but de préserver l’outil de production pour une bonne relance. Les professionnels placent beaucoup d’espoir dans la dynamique post-crise qui devrait se traduire par une hausse importante de la commande publique. Mais avant cela, la fédération a formulé des propositions pour mieux gérer la crise. D’abord, elle demande que soit déclaré, par le gouvernement, la continuité d’activité du secteur ainsi que la reprise des chantiers à l’arrêt.

Par ailleurs, la CNSS doit clarifier, est-il indiqué, sa position par écrit concernant les employés éligibles à l’indemnité forfaitaire de 2.000 DH. La fédération demande aussi à Saâd Dine El Otmani de reconnaître la situation actuelle comme cas de force majeure pour tous les marchés publics et d’accorder aux entreprises qui le demandent la suspension des délais et des pénalités de retards. Il s’agit aussi de rappeler aux divers maîtres d’ouvrage de fluidifier les circuits de paiement pour permettre aux entreprises de faire face au manque de trésorerie, et d’envisager de donner des avances sur facture pour les décomptes en cours de validation, ainsi que la libération des cautions. Enfin, côté banques, d’assurer le report sans intérêts des échéances de remboursement des crédits en respect des dispositions du Comité de veille économique, mais aussi de bien préciser qu’il s’agit de tous les crédits en tenant compte de la baisse des chiffres d’affaires, notamment pour les attestations des droits constatés. En effet, explique la fédération, toutes les banques ont tendance à différer les petits montants mais refusent de différer les échéances de crédits accordés dans le cadre des nantissements des marchés. Cela est susceptible d’absorber les chiffres d’affaires réalisés en cette période de baisse de rendement. 


L’après-crise et la règle du moins-disant

Les professionnels du BTP veulent aborder les solutions post-Covid-19 dès maintenant. Leurs propositions ciblent essentiellement la relance de la commande publique mais avec des critères d’attribution qui diffèrent de la règle du moins-disant actuelle qui, selon la fédération, est à l’origine de la casse des prix ayant causé des dégâts néfastes à la fois aux entreprises (pertes cumulées car prix des marchés souvent inférieurs aux prix de revient) et aux ouvrages (retards, résiliations etc.). Autre proposition, instaurer systématiquement une avance de 10 à 20% pour tous les marchés publics ainsi que la préférence nationale de 15%.

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