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Traité transatlantique, quels enjeux pour le Maroc ?

Jerrold Mallory : Conseiller économique de l’ambassade des États-Unis au Maroc

Les Inspirations ÉCO : L’UE étant le premier partenaire économique et commercial du Maroc, quel impact aurait le Traité transatlantique, s’il venait à être concrétisé ?
Jerrold Mallory : Je pense que les synergies entre le trio Maroc/États-Unis/Europe ne seront pas si aisément altérées par un tel accord. Vous n’êtes pas sans savoir que l’accord de libre-échange entre les États-Unis et le Maroc fête son dixième anniversaire. Cet accord a été bénéfique pour nos deux pays. Les flux commerciaux marocains ont presque doublé depuis sa signature et ceux des États-Unis ont triplé. Les chiffres peuvent en témoigner puisque le chiffre d’affaires réalisé dépasse le milliard de dollars annuel. Cela dit, jusqu’ici, nous ne nous sommes concentrés que sur une logique bipartite qui promeut des configurations économiques et commerciales classiques, si j’ose dire, entre deux États partenaires. Cette configuration ne suffit plus aujourd’hui à satisfaire les besoins de nos deux pays et impose une redirection des intérêts de manière plus optimale et surtout plus efficace pour booster les échanges commerciaux, toujours dans une logique win-win où les deux parties trouveront leurs comptes. Il ne s’agit donc pas d’abandonner le marché marocain pour celui européen, mais plutôt de développer l’importance des flux commerciaux sur les deux marchés simultanément. C’est également la raison pour laquelle je parle de synergies puisque l’idée de ce Traité est justement de créer de nouveaux champs de partenariats qui mettraient à profit les atouts du Maroc, telle la zone franche de Tanger ainsi que la capacité portuaire du royaume, comme la plateforme Tanger Med par exemple. Ces atouts font du Maroc une plaque tournante du commerce transnational. Et c’est sur ce segment que les États-Unis souhaitent désormais se positionner afin d’approcher le marché européen dans les meilleures conditions. Nous citerons également l’accord de libre-échange signé avec le Maroc, le seul dont les États-Unis disposent sur le continent africain, un marché qui nous intéresse particulièrement.

Pour exporter aux États-Unis, les exigences sont très contraignantes et risquent de l’être encore plus avec le Traité transatlantique. Pensez-vous que le Maroc pourra relever ce défi ?
Je ne suis pas un expert en standards européens. Je ne dispose à ce jour d’aucuns détails sur les changements qui pourront être opérés à ce niveau. En revanche, il existe des standards internationaux auxquels toutes les nations à économies ouvertes souscrivent. C’est sur ce créneau là que les États-Unis se positionnent généralement. La raison est que nos objectifs versent dans la facilitation des échanges et la maximisation des performances des accords de libre-échange. Pour le cas du Maroc, je pense que votre pays se rapproche beaucoup plus de ces standards internationaux et n’a rien à envier aux autres pays du monde. Il est certainement le mieux placé pour s’aligner sur les exigences des standards à venir. Le Maroc pourrait être l’intermédiaire commercial idéal pour faire du Traité transatlantique une réussite.


Les flux commerciaux ne sont souvent pas ou peu accompagnés d’investissements directs étrangers. Quelle stratégie mettriez-vous en place pour équilibrer la donne ?
À mon sens, il y a matière à agir sur plusieurs niveaux. Vous pouvez envisager des conférences dédiées au business développement et à la promotion de l’attractivité des secteurs afin de vendre la marque «Maroc» à des investisseurs potentiels. Le but recherché doit être concentré sur la présentation du pays en tant que particularité régionale, ce qu’il est en termes de stabilité politique et sociale. À plus grande échelle, des actions peuvent être entreprises par votre gouvernement pour améliorer la gouvernance et la transparence dans la gestion des affaires et réduire les entraves liées au rapatriement des bénéfices des groupes présents sur le territoire marocain. Ces deux éléments revêtent une extrême importance pour les investisseurs américains qui souhaitent opérer en Afrique. Il s’agit de montrer à ces groupes que la législation marocaine n’est pas comparable à celles de certains pays africains labélisés «risqués» en matière d’investissements. De plus, l’amélioration du climat des affaires à travers l’accélération des réformes entamées en termes de facilitation des échanges pourrait bénéficier grandement à la promotion des chantiers porteurs de croissance et d’intérêts pour les IDE américains. Par exemple, il a fallu aux autorités marocaines plus d’un an et demi pour considérer que les véhicules américains étaient commercialisables sur leur marché. C’est le genre d’obstacles qui ralentissent l’attractivité du Maroc. Plusieurs entreprises sont intéressées par votre potentiel économique. Croyez-moi, il n’en faut pas beaucoup pour les aider à sauter le pas.

Justement, à quel point le Maroc vous est-il attractif ?
Le Maroc est très attractif. Ce pays a beaucoup investi ces derniers temps dans des secteurs porteurs tels que les énergies renouvelables, auxquelles les entreprises américaines accordent de plus en plus d’importance, mais également les industries aéronautique et automobile qui intéressent fortement les investisseurs. La valeur ajoutée dans ces secteurs-là est incalculable. Le Maroc gagnerait à attirer davantage les PME américaines en misant sur le nombre, ainsi que sur le type d’investisseurs. Si une approche efficace est adoptée, les sous-traitants pour les secteurs que je viens d’évoquer ne manqueront pas de se manifester. Je peux vous affirmer que plus de 80 sous-traitants dans le domaine du photovoltaïque sont intéressés par le marché marocain.

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