Sports

Une fédération en zone de turbulence

Le ministère de la Jeunesse et des sports (MJS) audite la gestion financière de 25 fédérations sportives. Parmi les instances concernées par ce contrôle se trouve la Fédération royale marocaine de l’aviation légère et sportive (FRMALS). Cette fédération vit au rythme d’accusations de fraudes et de procès entre les membres de cette discipline.


Àpremière vue, nous sommes face à une fédération sans histoire. Un groupement de 17 clubs, une centaine de pratiquants et un budget dérisoire d’à peine 350.000 DH. Les pratiquants sont a priori l’élite de la société pratiquant un sport coûteux pouvant gérer les affaires de leur discipline en bonne intelligence. Dans les faits, la FRMALS est tourmentée par une crise interne depuis 2014. Les rapports financiers des trois derniers exercices sont contestés par l’opposition de l’actuel président Mohamed El Hachami. Dans ce bras de fer se mêlent procès devant la justice administrative, enjeux partisans et de temps à autres des challenges sportifs.

Décision de justice
Le 10 janvier 2018, les membres fédéraux démissionnaires remportent une bataille judiciaire qui dure depuis trois ans avec l’actuel président. La Cour d’appel de Rabat décide d’invalider une assemblée générale contestée par quatre clubs membres de la FRMALS. Cette décision en appel permet à ces membres fédéraux d’invalider aussi trois rapports financiers adoptés par cette fédération. Flash Back. Nous sommes le 27 décembre 2014, la FRMALS tient son assemblée générale ordinaire (AGO) qui devait valider le rapport moral et le rapport financier concernant un exercice qui s’était étalé du 12 mai 2013 au 15 décembre 2014, soit au total 19 mois. Surprise, «le rapport financier présenté à l’assemblée ne couvrait que la période allant du 1er juin au 15 décembre 2014 soit les 5 derniers mois et demi sur un total de 19 mois», dénonce Abdelmajid Belaich, ex-membre fédéral. Réponse du président Hachami : «Cette première version a été modifiée par une deuxième copie qui a d’ailleurs été remise au ministère de la Jeunesse et des sports». Il demeure que l’AGO a voté un rapport de 5 mois et fait l’impasse sur une période de 14 mois (12 mai 2013 au 1er juin 2014). Les opposants à l’actuel président avancent des faits embarrassants. Nous sommes en 2014, c’est Mohamed Ouzzine qui est à la tête du MJS. Il continue la politique généreuse de subvention des fédérations sportives. «Une stratégie qui a aussi des visées politiques», avance une source au sein de la fédération. Quoi qu’il en soit. Le FRMALS reçoit une subvention de 3,2 MDH en 2014, dix fois plus que la subvention ordinaire. Durant cet exercice, la fédération organise le 5e Championnat arabe et le 1er Championnat africain de cette discipline. «Les frais de participation des sportifs étrangers ont permis de récolter entre 500.000 à 700.000 DH», estime Belaich. Dans ce fameux rapport, 1,76 MDH issu de la subvention du MJS n’est pas mentionné dans le rapport financier, comme nous avons pu le constater en consultant ce document. Les autres griefs des membres contestataires sont nombreux. «Pour être sûr de faire passer ce rapport, le président El Hachami refuse l’accès à l’assemblée à 4 clubs (Aéroclub Royal de Tanger, Aéroclub Royal de Casablanca, Aéroclub Royal d’Agadir Al Massira et Le club Ibis du vol libre et de la protection de l’environnement). Le prétexte donné par le président était que ces 4 clubs n’avaient pas payés leurs cotisations», affirme Belaich. Depuis cette exclusion de l’AGO, des membres fédéraux démissionnent et entament une bataille judiciaire. Entre-temps, la fédération continuera ses activités, les rapports financiers de 2015 et 2016 sont votés et passent comme une lettre à la poste. «Le rapport financier de 2015 était très vague et notamment au niveau des dépenses où les frais généraux représentaient 50% des dépenses totales soit près de 710.000 DH», note Belaich. Ce n’est pas l’avis de Hachimi qui défend son bilan financier : «Nos rapports sont conformes aux standards comptables et remis au MJS», déclare-t-il aux Inspirations ÉCO. Qui croire dans ce bras de fer ? Si la justice a dit son dernier mot. L’exécution de cette décision n’est pas pour bientôt. «Nous n’avons rien reçu pour le moment», nous affirme une source au sein de la direction des sports au MJS. En attendant l’application de cette décision de justice, Belaich et les autres membres composant ce front d’opposition déplorent avec amertume l’ampleur du gâchis : «La fédération fonctionnait parfaitement avec une subvention de 350.000 par an. Dès 2014, cette subvention va être multipliée par dix. Ce budget sera consacré à toute chose sauf au développement de ce sport».


Où en est l’audit de Talbi ?

Le MJS a entrepris un audit de 25 fédérations sportives. Comme l’explique Rachid Talbi Alami, cette opération «permet de définir les périmètres, les responsabilités, les objectifs» de chacun. À cet effet, l’audit en cours est réalisé par un cabinet privé sélectionné par appel d’offres. «Il ne s’agit pas d’une inspection car je n’ai pas le droit d’inspecter. C’est plutôt le rôle de la Cour des comptes», précise le ministre. Cet audit concerne la gouvernance des fédérations, les objectifs arrêtés par le ministère et les fédérations ainsi que les modalités du financement. «Si l’audit révèle des anomalies, le ministère fera appel à la Cour des comptes. Tout dépend des résultats de l’audit», prévient Talbi Alami. Sur les 25 fédérations, tout le monde n’est pas au même niveau de coopération. «Des fédérations sont sérieuses et collaborent sans problèmes tandis que d’autres ne le sont pas».

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