Sports

Interview. Aziza Nait Sibaha : “Le football marocain se conjugue désormais au féminin !”

Aziza Nait Sibaha
Fondatrice du Magazine Taja Sport

Les Lionnes de l’Atlas ont brillé de mille feux durant la CAN 2022, mais ont malheureusement manqué de très peu de gagner la finale face aux Banyana Banyana d’Afrique du Sud. Ceci dit, la prestation des protégées de Reynald Pedros a pavé le chemin à toute une génération de jeunes filles rêvant de faire carrière dans le Sport. Aziza Nait Sibaha, fondatrice de Taja Sport, premier magazine dédié à 100 % au sport féminin dans la région MENA, partage ses ambitions pour la pratique de cette discipline au Maroc.


Comment avez-vous vécu cet exploit des Lionnes de l’Atlas ?
Ce fut un vrai plaisir pour moi de couvrir cette CAN féminine. Je leur ai dit après le match de la finale qu’elles viennent d’écrire une nouvelle page dans l’histoire du football féminin marocain. Certes elles n’ont pas gagné la Coupe, mais elles ont gagné le cœur de millions de Marocains et ont pu, à travers leur détermination et leur talent, casser cette image stéréotypée du football, perçu par certains comme étant un sport masculin.

Peut-on croire au début du développement de la discipline féminine ?
Au Maroc, le développement du football féminin n’a pas commencé avec cette CAN féminine. L’organisation de ce grand événement sportif africain au Maroc va aider à atteindre les objectifs de la convention signée par la FRMF il y a exactement deux ans (6 août 2020), pour le développement du football féminin au Maroc. À travers ce Plan Marshall, doté d’un budget de 60 millions de dirhams, la fédération ambitionne de porter à 90.000 le nombre de pratiquantes en 2024. Quoi de mieux que cet exploit des Lionnes de l’Atlas pour convaincre les familles d’inscrire leurs filles par exemple. Beaucoup de jeunes filles qui s’intéressaient au football avant, sans oser le choisir comme sport, rêvent aujourd’hui de devenir des «Ghizlane Chebbak», des «Fatima Tagnaout» ou des «Rosella Ayane». Cet événement va donner un coup d’accélérateur au développement du football féminin au Maroc, car nous avons aujourd’hui des modèles inspirants qui n’ont pas fini de faire rêver le public marocain. Le football marocain se conjugue désormais au féminin.

Que peut-on faire pour son développement auprès de la FRMF, du ministère de la Jeunesse et des sports, des écoles, des académies, etc. ?
La FRMF devrait désormais capitaliser sur l’exploit des Lionnes de l’Atlas pour prêcher la bonne parole ailleurs qu’à Casablanca et Rabat (lieux de la CAN féminine). La fédération peut aussi travailler avec tous les clubs pour encourager la création de sections féminines, et ce, pour toutes les catégories d’âge. Le ministre de l’Éducation nationale, du préscolaire et des sports, Chakib Benmoussa, a présenté, fin juin, à la Chambre des représentants, les grandes lignes de la stratégie de développement du sport et du sport scolaire. Ce dernier est très important pour assurer une égalité d’accès aux filles et aux garçons au sport et aux infrastructures sportives. Il y a aussi le parcours «sport-étude» qui permet aujourd’hui aux familles d’être rassurées et de soutenir les ambitions sportives de leurs enfants, sans se dire qu’ils doivent choisir entre études et carrière sportive. Mais la question des infrastructures se pose dans certaines régions. Et quand il n’y a pas d’infrastructures, ce sont souvent les filles qui sont pénalisées en premier lieu.

Quel rôle peuvent jouer la FRMF et le ministère de tutelle dans la promotion du football féminin auprès des entreprises (notamment pour ce qui est du sponsoring et la création d’équipes comme ce qui se fait à l’étranger) ?
Économiquement parlant, le marché du sport féminin est en plein essor. Les Lionnes de l’Atlas ont rempli les stades avec un nouveau public, un public plus familial. L’équipe féminine de football a prouvé qu’elle peut remplir un stade de plus de 45.000 spectateurs. Les sponsors n’ont plus d’excuses et ne peuvent plus dire que ça n’intéresse personne. Si les médias couvrent les événements sportifs, cela va attirer le public. Et si le public est là, cela va intéresser les sponsors. Nous avons aussi besoin que les sponsors aident à financer les associations sportives qui défendent le football féminin. C’est maintenant que tout le monde doit se mobiliser.

Comment peut-on tirer un profit financier de la discipline, sachant que les chiffres n’ont rien à voir avec les équipes masculines ?
Les choses doivent changer désormais. Nos joueuses nous ont offert un spectacle de haut niveau pendant cette CAN féminine. Les Lionnes de l’Atlas ont battu les tenantes du titre, les Super Falcons du Nigéria, imbattables depuis dix ans. Il est donc grand temps de construire une vraie stratégie économique autour de nos talents. Le public peut être au rendez-vous si on travaille la stratégie de communication sur le football féminin. Nos joueuses sont passionnées. Elles n’ont pas choisi le football pour gagner des millions, car le football féminin ne paye pas encore avec de gros chèques. Donc tous les ingrédients sont là pour développer ce football féminin avec une vision win-win pour tout le monde.

Quel rôle a joué «Taja» dans la promotion de cette équipe, et quel impact avez-vous sur le reste des pratiques ?
Taja Sport suit l’équipe nationale depuis la création de notre plateforme en mars 2021. En avril dernier, nous avons produit un documentaire, que j’ai réalisé, sur les Lionnes de l’Atlas. Celui-ci a permis à beaucoup de gens de découvrir ces joueuses humainement. Le but était de créer une connexion émotionnelle avec ces joueuses qui ont tout donné pour leur pays, fières de porter le maillot national. Nous, les médias, avons aussi un grand rôle à jouer pour aider à casser les stéréotypes et à faire évoluer les mentalités vis-à-vis du football et du sport au féminin plus généralement. Et la seule manière de le faire passe par le fait de donner plus de visibilité aux sportives et à leurs exploits sportifs.

Abdellah Ouardirhi / Les Inspirations ÉCO


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