Boxe olympique : World Boxing envoie l’IBA au tapis
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Après des années de suspense sur l’avenir de la boxe aux JO, le CIO a accordé mercredi sa reconnaissance “provisoire” à la jeune fédération internationale World Boxing, envoyant l’IBA sous influence russe aux oubliettes de l’olympisme.
Réunie à distance, la commission exécutive du Comité international olympique (CIO) a fait de World Boxing l’instance «régissant la boxe au niveau mondial au sein du mouvement olympique», indique un communiqué.
Du même coup, l’organisation ferme la porte à toute réintégration de l’Association internationale de boxe (IBA), qui organisait les tournois olympiques de boxe depuis la Seconde guerre mondiale. L’IBA avait été mise au ban depuis 2019 en raison d’une cascade de problèmes de gouvernance.
Le noble art entre des mains novices
Créée en 2023, World Boxing n’affiche pour l’heure que 78 fédérations membres, très loin des autres instances reconnues, mais «a apporté la preuve que 62% des boxeurs et boxeuses et 58% des médaillés des JO des Paris» étaient affiliés à ces fédérations, énumère le CIO.
Elle montre par ailleurs «des progrès» sur la gouvernance, a posé les bases d’un futur code d’éthique, «fourni des garanties quant à son modèle de production des revenus sur la base de partenariats commerciaux» pour 2025-2028, et s’est rapprochée des autorités antidopages.
Il lui faudra néanmoins convaincre de nouveaux membres et se développer, surtout face au rouleau compresseur commercial de l’IBA qui, présidée par le Russe Umar Kremlev et financée par le géant gazier Gazprom, multiplie les compétitions, généreuses dotations à la clé. Lancée sur initiative américaine, largement soutenue en Europe mais quasi absente en Afrique, World Boxing devrait donc récupérer l’organisation du tournoi olympique de boxe aux JO-2028 de Los Angeles, quand le CIO aura confirmé sa bonne tenue.
Espoir
«Conserver sa place aux Jeux olympiques est absolument crucial pour l’avenir de notre sport à tous les niveaux, de la pratique amateure aux plus hauts échelons de la boxe professionnelle», a souligné dans un communiqué le Néerlandais Boris van dern Vorst, président de World Boxing.
«C’est un soulagement pour nous et les boxeurs», se réjouit de son côté Dominique Nato, patron de la Fédération française de boxe qui a quitté l’IBA en novembre dernier.
«Je pense que les gens qui vont vouloir participer aux Jeux vont adhérer au projet et à cette fédération», a-t-il estimé auprès de l’AFP, prédisant un ralliement bien plus massif à World Boxing.
Le maintien au programme des JO de ce sport hérité du pancrace antique, présent depuis les premiers Jeux modernes en 1896, était en effet conditionné par le CIO à la reconnaissance d’un «partenaire fiable» apte à le superviser.
Turbulences
Le CIO a dû par deux fois se charger de l’organisation directe du tournoi olympique aux JO-2020 de Tokyo, après la suspension de l’IBA, puis aux JO-2024 de Paris, après son exclusion définitive du mouvement olympique.
Or, non seulement l’organisation de Lausanne ne compte pas se substituer dans la durée au rôle d’une fédération internationale, mais le tournoi de boxe de Paris a de surcroît été au coeur d’une polémique déclenchée par l’IBA sur le genre de deux concurrentes, l’Algérienne Imane Khelif et la Taïwanaise Lin Yu-ting.
L’instance de la boxe a même lancé la semaine dernière une offensive judiciaire contre le CIO, auprès des parquets suisse, français et américain, au motif que «la sécurité» des concurrentes engagées dans le tournoi parisien aurait été compromise par la participation de Khelif et Lin.
L’ascension de World Boxing est indissociable de la disgrâce de l’IBA, d’abord écartée en 2019 en raison de sa dette abyssale, de scandales d’arbitrage à répétition, et d’un ancien dirigeant considéré par les États-Unis comme «l’un des leaders du crime organisé» ouzbek.
L’IBA a eu beau clamer sa volonté de réformes et sa capacité à se renflouer en se dotant en décembre 2020 d’un nouveau président réputé proche du Kremlin, le Russe Umar Kremlev, ni ses liens financiers avec Gazprom ni sa gouvernance n’ont rassuré le CIO.
Les relations entre l’organisation de la boxe et le CIO ont progressivement atteint un point de non-retour, jusqu’au retrait de la reconnaissance de l’IBA votée en juin 2023 par une session spécialement convoquée pour l’occasion.
Sami Nemli avec agences / Les Inspirations ÉCO