Opinions

Organisations patronales : pour une gestion rationnelle du contexte socio-économique

Par Mounir Ferram
Docteur et chercheur universitaire

De prime abord, une précision terminologique relative au titre de ma contribution est fortement utile. Surtout dans un contexte de productions textuelles, caractérisé par des confusions sémantiques et des imprécisions de perception, souvent source d’incompréhension. La gestion rationnelle du latin «ratio», calcul, raison, raisonnement, dénote tant de la rigueur que la justesse dans la gestion des tâches et des fonctions.


Toutefois, cette rationalité s’adresse à des femmes et des hommes qui ne sont pas, toujours, rationnels ou qui agissent dans des situations complexes, parfois imprévisibles, dépendant de nombreuses variables. Ce qui cantonne cette rationalité dans une dimension relative. «Une rationalité limitée», nous confirme Richard Thaler, qu’il faut corréler à une condition d’agilité, pour plus d’efficience. Au sujet de l’approche «socio-économique» ou «sociale et économique», développée par Henri Savall, en 1973, elle a pour objectif la définition des conditions de compatibilité entre performance sociale et économique. Elle se situe aux antipodes d’une approche classique qui fait abstraction de l’interdépendance avec le social et l’environnemental. Cette économie, qui agit pour des intérêts propres, est fondée sur une logique essentiellement financière, dont les implications humaines sont négligées ou sous-estimées, voire exclues. Il s’agit d’une démarche désocialisée et dénaturalisée, au point que le social, l’humain et l’environnemental n’existent que pour servir des objectifs financiers ! Avec leurs lots de conséquences, tels que concentration et mauvaise répartition des richesses, fragilité des infrastructures et des environnements, dégradation du développement humain et écologique, instabilité sociale…

En outre, pour qu’une société parvienne à une stabilité pérenne, il est primordial que les strates sociales la composant sentent y détenir une place et un rôle prépondérants, tant présentement, que dans le cadre d’une projection d’un projet de société. L’économie, comme levier de développement, est appelée à soutenir cette stabilité, en militant pour un développement intégré, durable et inclusif. Quant à la rationalité, elle s’instaure en bonne gouvernance, capacité de faire parvenir l’acte économique, la prise d’initiative et l’investissement, à une conscience collective, à l’intérêt général aspirant au bien-être des citoyens, ainsi qu’à un lien social réunificateur.

Toutefois, les approches, qui relèvent de la socio-économie de l’environnement et du développement durable, ne sont pas, elles-mêmes, exemptes de limites. Elles sont à considérer, le cas échéant, comme des paradigmes nouveaux de réflexion dans un monde, en évolution permanente et fait d’incertitudes, comme l’exprime bien Edgar Morin. Au Maroc, le nouveau règne a posé les fondements d’une société moderne et résolument tournée vers l’avenir. Les discours royaux en font «une parfaite déclinaison rationnelle et intégrée», mettant l’Homme au centre du processus de développement. Cette approche n’envisage point d’essor social sans celui du citoyen. L’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) reflète cet esprit. De surcroît, il n’est d’avenir serein sans consolidation d’un État de droit, sans affermissement des libertés et des droits humains. À cet effet, le royaume a procédé à la refonte du Conseil consultatif des droits de l’Homme (CCDH), a dynamisé le champ associatif pour renforcer les droits et les acquis, et entamé la réhabilitation et la réforme de la justice.

Pour une meilleure gouvernance
Les réformes se succèdent donc, l’ouverture politique s’approfondit, et les énergies se libèrent. Le Maroc s’est lancé, en effet, dans une génération de réformes et d’appropriation de libertés sans précédent. Il tient à clore la parenthèse de la conflictualité politique, et aborde, paisiblement, l’avenir en crédibilisant, une fois pour toutes, les processus électoraux. Les bases d’une société moderne s’établissent et se consolident. Elles requièrent des garanties et des conditions multidimensionnelles, dont l’exigence de la transparence et la moralisation de la vie publique. Le Maroc réhabilite les valeurs d’éthique et de bonne conduite, tout en plaidant pour une meilleure gouvernance. Il affermit sa cohésion sociale, et se préoccupe de l’avènement d’un vivre ensemble autour de la consolidation d’un dessein démocratique qui se renforce, malgré les contraintes et les difficultés. Une dynamique multidimensionnelle est, certes, vitale pour accompagner l’avènement d’une telle société. Des décisions et réformes audacieuses y ont solidement contribué, telles celles relatives au code de la famille, au champ religieux et à la justice. Le Maroc envisage aussi, dans son projet de société moderne, une régionalisation adaptée à son contexte, et à la particularité de ses territoires. L’enjeu régional constitue le défi du royaume car la centralisation désavantage, et hypothèque son avenir. Ceci suppose la mise en place d’un modèle régional fondé sur une conception décentrée et démocratique du pouvoir.

Dans cette perspective, une régionalisation participative et dynamique est seule à même de faire évoluer les potentialités et les énergies de chaque territoire dont le Sahara. Et ce, dans le cadre d’une autonomie, sous souveraineté marocaine, renforçant ainsi le parachèvement de l’intégrité territoriale. Le royaume vise, tout autant, la performance économique, comme en attestent les efforts consentis et les dynamiques déployées, convergeant vers plus de stabilité macroéconomique. L’attrait pour l’investissement extérieur, l’accroissement de l’investissement public, la maîtrise de l’inflation ainsi que d’autres indicateurs augurent d’une croissance prometteuse. Le Nouveau modèle de développement économique, suscité pour repenser, collectivement, le développement, et le mettre en phase avec les évolutions, tant endogènes qu’exogènes, cristallise la volonté de propulser le pays dans plusieurs domaines. Une fois cette rationalité, dans l’élaboration d’un projet de société, dite et explicitée, quelles dynamiques devraient enclencher les représentations professionnelles et patronales pour contribuer à un développement socio-économique durable et inclusif ? Serait-ce une représentation comme fin en soi ou restreinte à des groupements sectoriels ou d’intérêts ? Bien d’autres questions restent en suspens, invitant ainsi à un débat crucial sur l’efficience et les attendus de ces représentations. Il va de soi que se restreindre à un rôle primaire de fédération d’opérateurs économiques ou de caisse d’enregistrement est désuet ! Faire émerger et consolider la culture d’entreprise citoyenne, responsable et créative, en serait la juste et nécessaire expression. Face aux multiples défis à relever, ces représentations sont appelées à devenir de véritables vecteurs du changement, des forces de renouveau et de régénération.

La formation, pilier de l’essor économique
Dans un monde en constante évolution, plaider pour la performance du capital humain est une nécessité. La formation devient de plus en plus décisive pour l’essor des économies. Faire face à la compétition, toujours plus rude, implique l’acquisition de nouvelles conceptions du travail et de nouveaux procédés techniques, afin de relever le défi de la compétitivité. L’essence même de la performance réside dans l’alliance des savoirs et des compétences pour la pérennisation de l’activité économique, tout en agissant pour la refondation de la culture d’entreprise, des modes de travail par l’innovation et la génération de valeurs. Il est indispensable de développer des mécanismes de veille afin d’accompagner l’évolution du marché, les attentes du client et les maîtriser, voire les anticiper. Le rapprochement avec les universités, afin de décloisonner les savoirs, décomplexer l’esprit d’entreprendre, encourager la recherche et développement, ainsi que l’incubation de startup, deviennent des procédés incontournables. Générer et affermir des leviers de croissance, par la transformation des secteurs, leur modernisation, industrialisation et digitalisation, tout en oeuvrant à leur internationalisation dans le cadre de plans industriels régionaux, de création, de complémentarités et groupements homogènes, corrélés à des dispositifs d’exportations collaboratifs, sont autant de champs d’investigation, en tant que relais de croissance. La gestion rationnelle socio-économique sollicite des représentations professionnelles, tant l’adhésion au projet d’un développement socio-économique équilibré et inclusif, que l’engagement citoyen et innovant, nécessaire au renouvellement et à la performance économique dont notre pays a besoin. 

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