Maroc

Vous avez dit « enseignement à distance » ?

Le ministère de tutelle ne tarit pas d’éloges sur la digitalisation forcée de l’enseignement et de la formation au Maroc. En réalité, cette nouvelle pratique pédagogique basée sur l’e-laerning mise en place dans l’urgence avec les moyens du bord, a généralement davantage constitué un substitut des enseignements présentiels classiques plutôt qu’une véritable adaptation au besoin en matière de l’innovation pédagogique, regrette le spécialiste Khalid Karbaoui.

Pertes d’emploi, fermetures d’entreprises et d’universités, hausse du chômage… La crise économique et sanitaire qui s’est déclenchée en 2020 a, bien sûr, des conséquences très négatives. Mais les crises, et celle-ci ne fait pas exception, sont connues pour être inspirantes. En dépit de leur caractère dévastateur et brutal, les crises nous questionnent, nous apprennent des pratiques nouvelles et nous permettent ainsi de nous projeter et de s’améliorer. La crise de la Covid-19, par exemple, qui aura été une expérience terrible et dévastatrice a mis à nu les fissures de notre société et nombre de nos fragilités. Les pertes d’emploi et les défis sanitaires auxquels le monde fait face aujourd’hui nous questionnent sur le rôle central de l’emploi, de la protection sociale.


Par ailleurs, la Covid-19, qui n’a pas épargné le secteur de l’éducation, de la formation et de l’enseignement, a mis en avant la réflexion sur les modèles de la pédagogie notamment avec le virage forcé vers le numérique. En effet, d’après le constat de l’Unesco, la pandémie de la Covid-19 qui a entraîné, à l’échelle mondiale, une perturbation de l’apprentissage d’une ampleur et d’une gravité sans précédent. La fermeture des écoles, des universités et autres établissements d’enseignement, ainsi que l’interruption de nombreux programmes d’alphabétisation et d’apprentissage tout au long de la vie, ont bouleversé la vie de 1,6 milliard d’apprenants dans plus de 190 pays. Et le Maroc n’est pas en reste, comme nous le rappelle Khalid Karbaoui, spécialiste en développement personnel et orientation. Les mesures de confinement et l’interdiction d’occuper les espaces physiques présentiels de formation ont constitué un choc brutal et inattendu pour tous les acteurs du processus d’enseignement (enseignants, étudiants, administratifs…) qui ont été contraints de basculer au «tout à distance», souligne le consultant.

En effet, l’allègement des mesures de confinement et l’autonomie accordée aux universités pour décider de la forme de l’enseignement dans leur établissement, compte tenu de l’évolution dans la pandémie dans leur territoire sans avoir conscience de la nécessité d’une réflexion portant sur l’ensemble des fonctions d’un dispositif de formation ni de l’accès au contenu. Ainsi, dans certains établissements, les cours sont organisés en présentiel, ou en semi-distantiel et dans d’autres, c’est le «tout à distance». Dans ces conditions, poursuit notre interlocuteur, si les effets sur les pratiques enseignantes, leur influence sur l’éducation et la formation d’après la crise sanitaire et donc sur leur éventuelle pérennisation, ne sont pas encore connus, il est certain que cela créera des inégalités flagrantes entre les étudiants des universités contraints de suivre leur cursus dans un système à prévalence «tout à distance» et ceux qui sont à «tout en présentiel».

Pour Khalid Karbaoui, la société qui se dessine implique de nouvelles compétences. En effet, «les modalités d’enseignement qui ont été mises en place dans l’urgence, avec les moyens du bord, ont généralement davantage constitué un substitut des enseignements présentiels classiques pour assurer la continuité pédagogique plutôt qu’une véritable adaptation au besoin en matière de l’innovation pédagogique offerte par la mise à distance», dit-il.
Le spécialiste est convaincu que la crise actuelle doit nous amener à connaître les compétences clés nécessaires pour réussir l’ère après Covid, et à définir quelles sont les pratiques pédagogiques permettant de les développer…..«Les compétences numériques étant, aujourd’hui, indispensables chez tout étudiant souhaitant réussir dans sa vie professionnelle, il est, donc, nécessaire, de les développer en amont. De plus, la disponibilité de l’équipement informatique et de l’outil internet conditionne ce développement. Aussi, les enseignants, étant au cœur de la réussite du challenge, leur formation est un élément central». Dès lors, il est nécessaire d’accompagner et de motiver les enseignants afin qu’ils s’approprient les compétences nouvelles, indique Karbaoui expliquant qu’il s’agit aussi de leur permettre de développer des qualités en pédagogie et en psychopédagogie ainsi que les outils, qu’ils s’en servent comme leviers pour innover dans leurs pratiques pédagogiques et pour enseigner autrement. Enfin, toute organisation a besoin d’un leader pour réussir. Aussi, doyens, directeurs d’écoles et présidents d’universités doivent posséder une ouverture d’esprit, une vision stratégique et de véritables compétences managériales pour conduire le changement, a-t-il conclu.

Khadim Mbaye / Les Inspirations Éco Docs

Rejoignez LesEco.ma et recevez nos newsletters


Articles similaires

Bouton retour en haut de la page