Maroc

Réforme de l’enseignement : l’appel d’air d’Amzazi

89 % du budget alloué à l’enseignement est absorbé par la masse salariale et les dépenses du personnel. En ces temps de crise, le budget de l’État, à lui seul, ne permettra pas de répondre aux défis de la réforme qui nécessite 10 MMDH additionnels chaque année, comme le laisse entendre le ministre de tutelle. Des mécanismes de financements innovants s’imposent. Une grande responsabilité incombe aux collectivités territoriales.

Pour asseoir la réforme de l’enseignement tant escomptée en ces temps marqués par les répercussions de la crise sanitaire sur les finances de l’État, le ministre de tutelle Saaid Amzazi est désormais convaincu que la diversification des sources de financement du secteur de l’éducation s’impose. Le ministre vient à ce titre d’être interpellé par les députés.


Amzazi estime que le budget de l’État, à lui seul, ne pourra supporter le poids financier de la réforme, « ce qui nécessite l’activation de la solidarité nationale et le renforcement des ressources du fonds dédié à la promotion du système de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique ». Alors que la mise en œuvre des dispositions de la loi cadre de l’éducation et de la formation nécessite un budget supplémentaire estimé à 10 MMDH chaque année, le gouvernement n’a pas augmenté le budget de l’enseignement qui ne bougera pas en 2021 par rapport à 2020 (72 MMDH). Certes ce budget représente 22 % du budget général de l’État, soit 7 % du PIB, mais il est à préciser que 89 % du montant alloué au département d’Amzazi est consacré à la masse salariale et aux dépenses du personnel. Moins de 11 % du financement dédié au secteur est destiné au fonctionnement des établissements, à l’appui social et aux investissements. Les ressources se font rares pour mener des actions pédagogiques et mettre sur les rails le chantier de la réforme, comme l’a récemment souligné le responsable gouvernemental lors d’une rencontre sur le financement de l’éducation : « Il faut en finir avec ce préjugé qui accuse notre département d’être budgétivore. L’argent alloué par l’État n’en assure que le fonctionnement de base et ne laisse à notre ministère qu’une très faible marge de manœuvre pour mener à bien ses réformes et améliorer surtout la qualité du système éducatif ». Dans le contexte actuel, « mener à bien les chantiers entamés et en ouvrir d’autres devient un défi difficilement surmontable », d’après Amzazi qui estime qu’aujourd’hui, plus que jamais, il s’avère urgent de mettre en place des financements innovants. À l’heure de la mise en œuvre de la régionalisation avancée et de la déconcentration administrative, les collectivités territoriales sont appelées à jouer un rôle primordial dans le financement de l’enseignement en vue d’alléger la pression non seulement sur le budget de l’État, mais aussi sur les ménages ( surtout les classes moyennes) qui contribuent à hauteur de 30 % dans le financement de l’enseignement. C’est un taux qui dépasse de loin la moyenne enregistrée dans les pays de l’OCDE (16 %). L’expérience démontre que les modèles les plus performants des écoles sont gérées par les communes. Ainsi, le manque à gagner est très grand pour le Maroc. Le renforcement du rôle des collectivités territoriales dans le financement et la gestion du secteur est à même de donner un véritable coup de fouet au système éducatif, à l’instar de nombre de pays. Des efforts dans ce sens ont été déjà entamés au Maroc, mais reste à les généraliser pour gagner le pari du financement.

Amélioration de la gouvernance
Par ailleurs, si l’augmentation du budget de l’enseignement s’avère une nécessité impérieuse pour répondre aux exigences de la réforme, il n’en demeure pas moins, selon les experts, qu’il faut miser aussi sur l’amélioration de la gouvernance de la gestion des ressources financières. Rappelons à cet égard que le Fonds monétaire international relève le vif contraste entre le niveau des crédits consacrés à l’éducation et les résultats en la matière. Ce qui laisse penser que la priorité absolue est d’améliorer l’efficience de ces dépenses. Cette question est tributaire, entre autres, de l’amélioration de la gouvernance du secteur public, et notamment la corruption à petite échelle, le détournement de fonds publics (au profit d’entreprises, de personnes ou de groupes, du fait de la corruption). Le gouvernement est appelé à s’attaquer aux faiblesses du système. Pour le même montant de dépense publique par élève, le FMI estime que les tests d’évaluation pourraient s’améliorer de l’ordre de 50 points si les incitations des enseignants étaient renforcées par une meilleure formation et prise en charge, si la qualité des institutions et de la gouvernance connaissait une amélioration palpable et si la qualité de gestion budgétaire s’améliorait. 

Des modèles à explorer

Selon le ministre de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, nombreux sont les modèles à explorer pour diversifier le financement du secteur de l’enseignement. Il s’agit, en premier lieu des « Partenariats public/privé » qui permettraient au ministère de concéder à un opérateur privé le droit de financer, de construire et de gérer une infrastructure éducationnelle telle une école publique, un bâtiment ou un hébergement universitaire en échange d’un loyer pendant une période donnée, à la suite de laquelle l’infrastructure sera transférée à l’État. En vertu de ce partenariat, un taux de 10 à 15 % des élèves doivent bénéficier de bourses. Le deuxième modèle s’appuie sur la contribution de la diaspora pour apporter un financement non négligeable à l’éducation au Maroc, pays qui compte quelque cinq millions de ressortissants vivant à l’étranger. D’autres mesures pourraient renflouer les caisses du département de l’enseignement : un prélèvement sur la contribution libératoire, les taxes sur les ressources naturelles, les taxes sur les produits financiers ou les micro-donations.

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco

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