Maroc

Nouveau modèle de développement : pourquoi la signature du pacte national se fait attendre?

Annoncé depuis un an, le Nouveau modèle de développement voit sa concrétisation se faire attendre. Peut-on parler de retard dans la mise en œuvre de ce vaste chantier ? Eléments de réponse.

 Annoncé en grande pompe, le Nouveau modèle développement (NMD) avait suscité chez les Marocains un réel espoir. Nouveau référentiel de développement, le NMD propose une panoplie de réformes ambitieuses avec en toile de fond une culture de résultat et de performance et une plus grande transparence de l’action publique. Conçue sur la base des attentes des citoyens, l’ambitieuse feuille de route promet de ne laisser personne sur le bord de la route et constitue ainsi un plan de développement aux choix stratégiques.
Sauf que, censé être mis en œuvre à partir de cette année, tout semble indiquer que le changement tant promis aux Marocains n’est pas près de se produire. La signature, devant le roi, du pacte national devant symboliser le point de départ de l’opérationnalisation du NMD se fait toujours attendre, regrette l’économiste Mohamed Rahj.
Que de la «littérature» et des «discours d’adhésion» 
Le NMD «propose un pacte à signer devant le roi. On attend toujours la signature de ce pacte» par les acteurs économiques, sociaux et politiques depuis plus d’un an, selon notre interlocuteur pour qui tout ce que le gouvernement pose comme acte, se résume à de la «littérature» et des «discours d’adhésion» au nouveau modèle. Pour étayer son propos, le fiscaliste s’appuie sur la loi de Finances 2022 qui «ne prend aucun élément» des réformes fiscales proposées dans le NMD.
«Dans les actions du gouvernement, je ne vois rien qui reflète la concrétisation du Nouveau modèle de développement», insiste notre interlocuteur. À la question de savoir qu’est-ce qui bloque, il répond que «l’explication de ce blocage est à chercher du côté du gouvernement». Si la crise sanitaire et économique explique en partie le retard de la mise en œuvre du NMD, elle n’excuse pas l’application d’un certain nombre de mesures, notamment, celles qui «ne coûtent rien» et qui ne demandent que de «la volonté politique», insiste l’économiste.
Si la crise est là, rien n’empêche le gouvernement de s’attaquer à la problématique liée à l’«économie de rente» et des privilèges pour revenir à une économie de «pleine concurrence».
Manque de volonté politique
Nous sommes encore prisonniers de «l’économie de rente» et des «privilèges» et c’est encore plus vrai dans la vente et la distribution des produits pétroliers, s’insurge Rahj, indiquant que cette activité est gérée au Maroc par quelques sociétés qui se partagent le pactole et fixent les prix sans tenir compte des problèmes du pays. Or, les solutions à ce problème figurent dans le Nouveau modèle de développement et leur mise en application ne coûte rien à l’État, ajoute-t-il.
Comment développer un pays, créer de la richesse si l’économie nationale est dominée par des oligopoles», s’interroge Rahj qui n’est pas en réalité surpris du «retard» accusé par le NMD. Car, poursuit-il, «au Maroc on a l’habitude de prendre des mesures, mais le temps de voter des lois pour leur mise en application peut prendre des années».
S’agissant des grands chantiers lancés récemment par le gouvernement et attribués au NMD, en l’occurrence le plan ambitieux visant à accroître le nombre des étudiants en métiers de médecine, dans le cadre des efforts visant à combler le déficit en ressources humaines accusé dans le secteur de la santé, et le plan du gouvernement visant à améliorer le système d’enseignement et destiné à rendre la profession d’enseignant plus attractive tout en améliorant la qualité, là encore l’économiste se veut très critique.
Si l’Exécutif est incapable de prendre de bonnes décisions face à l’inflation, comment peut-il s’engager sur des programmes aussi ambitieux dans le contexte actuel, s’interroge le spécialiste.
Pour rappel, Aziz Akhannouch a indiqué, en début de semaine, que le gouvernement a veillé à ce que le programme de réforme structurelle de la santé soit fondé sur la mise en place d’une bonne gouvernance du secteur à l’échelle centrale et régionale. Il s’agit de faciliter et coordonner la prise de décision, et garantir la convergence et l’harmonie entre les différents intervenants et l’ensemble des programmes existants en vue d’assurer leur complémentarité, a-t-il expliqué.
Ce programme de réforme est de nature à contribuer au règlement des dysfonctionnements du système de santé, ainsi qu’à démanteler les obstacles législatifs dans l’arsenal juridique encadrant le secteur. Concernant le plan d’amélioration du système d’enseignement, il ambitionne, à l’horizon 2026, d’atteindre 80% d’enseignants lauréats du nouveau système d’enseignement. Des programmes qui laissent perplexes Rahj, convaincu que le gouvernement aura beaucoup de mal à rattraper son retard sur le Nouveau modèle de développement.

 


Khadim Mbaye / Les Inspirations ÉCO


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