Maroc

«Le stress hydrique n’est plus une fatalité»

Jean-Louis Chaussade : Président-directeur général de Suez

Le PDG du Groupe Suez décortique les enjeux et les problèmes liés à la préservation des ressources naturelles au Maroc. Dans cet entretien, il revient sur les réalisations de Lydec au Maroc et les opportunités de développement qu’offre le royaume.

Les Inspirations ÉCO : Vous avez récemment organisé une visite au Maroc au profit d’une délégation de la presse française…
Jean-Louis Chaussade :  La motivation principale de cette rencontre est de faire visiter à des représentants de la presse française nos sites au Maroc, afin qu’ils comprennent mieux notre stratégie.  Le Maroc est un pays très important et nos activités, dans tous nos métiers, y sont d’une grande ampleur. Dans la perspective de la COP22, il était important pour nous de leur montrer nos réalisations, en l’occurrence la décharge de Meknès. En effet, nous avons restructuré, modernisé, ce qui était la grande décharge de cette ville pour en faire une installation moderne sur le plan technique. Sur le plan sociétal, nous avons pris l’ensemble des travailleurs informels de cette décharge sauvage pour les former, leur donner du matériel et les placer dans des conditions saines et sécurisées, leur permettant ainsi d’exercer leur métier et donc de nourrir leurs familles. Cette réalisation est un «condensé» si je puis dire des savoirs-faire de Suez : d’un côté, nous transformons une décharge sauvage et polluante pour en faire un site moderne avec un traitement particulier des lixiviats (eaux polluées récupérées au bas des décharges). Ensuite, nous capturons le gaz méthane pour en faire de l’électricité et de la chaleur. Nous réduisons en même temps, et de manière significative les gaz à effet de serre en empêchant le méthane de se dissiper dans l’air. Par ailleurs, la visite de tous nos sites à Casablanca, y compris le SAP, inauguré par le roi Mohammed VI l’année dernière, montrent le progrès réalisé depuis 1997, en partenariat avec les autorités locales.


À votre avis, comment l’expérience du Maroc en matière d’environnement et de développement peut-elle être bénéfique aux autres pays africains ?
L’adaptation aux problématiques environnementales, le développement de l’agriculture, en préservant la ressource en eau, et l’essor africain du pays résument l’ambition du royaume. En ce qui concerne notre groupe, nous avons la chance, comme d’autres opérateurs économiques, d’accompagner l’élan économique du Maroc en Afrique. À ce propos, Lydec et actuellement en mesure de transférer son savoir-faire aux autres pays africains. En somme, nous sommes en ligne avec cette stratégie du triple «A» que j’ai citée. Donc, Lydec s’occupera du transfert technologique en Afrique alors qu’au groupe incombe tout ce qui est lié à la prospection et au développement commerciaux.. Effectivement, Lydec est liée à la ville de Casablanca par un contrat qui n’empêche pas que les technologies développées au Maroc soient utilisées dans nos autres filiales. Le Groupe Suez, à travers ses filiales marocaines, mènera nos projets de développement en Afrique.

Le cas de Meknès et le problème des lixiviats est un cas d’école au Maroc. Est-ce que vous n’avez pas pensé à dupliquer cette expérience dans d’autres villes comme Agadir où ce problème est grave ?
L’aboutissement de ce projet mettra plus de lumière sur notre capacité de mettre en place de telles installations. Nous sommes tout à fait disposés à répondre aux appels d’offres ou demandes qui pourraient nous être faites par les villes pour y étendre l’expérience de Meknès.

Quelles sont les solutions à mettre en place pour répondre aux besoins de nos régions qui connaissent un grand rythme d’urbanisation et un stress hydrique important ?
Il n’y a pas une solution unique à ces problèmes. Dans un pays qui possède des ressources en eau limitées comme le Maroc, il existe un ensemble de solutions susceptibles d’être adoptées. De manière générale, il faut qu’il y ait une prise de conscience que l’eau est un bien commun précieux, qu’il ne faut pas gaspiller. Techniquement, il faut minimiser les pertes dans les réseaux, de manière à utiliser les ressources que l’on possède. Il existe aussi des technologies qui permettent la réutilisation des eaux résiduaires traitées dans le domaine de l’agriculture urbaine. Mieux encore, quand la ressource en eau est rare, les solutions du dessalement peuvent être une alternative. Le Maroc peut avoir accès à toutes ces technologies que Suez maîtrise. L’essentiel est de rationaliser et de mettre en place des solutions qui préservent l’eau.

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