Maroc

Le fossé entre riches et pauvres se creuse

Oxfam tire la sonnette d’alarme sur l’explosion des inégalités dans le monde. Le patrimoine des milliardaires a augmenté en moyenne de 13% par an depuis 2010, soit six fois plus vite que la rémunération des travailleurs. Le Maroc n’échappe pas à la tendance mondiale.

Le proverbe ne dit-il pas que «l’eau va à la rivière» ? Ce dicton s’applique parfaitement au système économique mondial, qui engendre l’accumulation des richesses entre les mains d’une minorité fortunée. Les chiffres en témoignent. 82% des richesses engendrées l’année dernière ont profité aux 1% les plus riches de la population mondiale, alors que les 3,7 milliards de personnes qui forment la moitié la plus pauvre de la planète n’ont pas récolté les fruits de la croissance économique, selon la nouvelle enquête d’Oxfam sur la perception des inégalités intitulée «Partager la richesse avec celles et ceux qui la créent», publiée en marge du Forum économique mondial de Davos. Il en ressort que le système économique engendre un boom des milliardaires parmi la population la plus riche. À cet égard, Oxfam tire la sonnette d’alarme, précisant que cette situation n’est pas le signe d’une économie florissante. Au contraire, il s’agit de la défaillance du système économique qui enferme les plus vulnérables dans la pauvreté. Le Maroc, qui fait partie des pays étudiées par Oxfam -dont le rapport est étayé par des données du HCP et d’institutions internationales comme la Banque mondiale- n’échappe pas à la tendance mondiale: écarts de salaires et de patrimoines, inégalités entre femmes et hommes dans le marché du travail, marginalisation de certains territoires, disparités dans l’accès à l’éducation et aux soins…Autant de freins qui causent l’accroissement de la pauvreté, la précarisation et la marginalisation. Il faut dire que les inégalités sont bien ancrées. En dépit des efforts déployés, le niveau d’inégalités au Maroc est le plus élevé d’Afrique du Nord.


Le niveau de vie des 10% les plus riches est en moyenne 12 fois supérieur à celui des 10% les plus pauvres, à l’heure où le Maroc s’est engagé en faveur de l’Objectif de développement durable visant la réduction des inégalités. Certes, le taux de pauvreté s’est amélioré entre 2001 et 2014, passant de 15,3% à 4,8%. Cependant, l’augmentation des richesses semble bénéficier principalement à un petit nombre de personnes très fortunées. De fortes disparités spatiales sont aussi relevées non seulement entre les milieux urbain et rural mais aussi entre les régions. Sur le volet de l’emploi, les jeunes et les femmes sont largement exclus. La faiblesse du taux d’activité au Maroc (47%) est principalement due à l’absence des femmes du marché du travail. Seules 22% d’entre elles occupent un emploi, contre 65% des hommes. Près de trois quarts des jeunes diplômés du supérieur sont au chômage. Un cercle vicieux relie pauvreté et inégalités, comme l’illustrent les données ayant trait aux secteurs sociaux qui, groupées, font froid dans le dos. Au total, 1,7 million de Marocains, soit 28% des 15-24 ans, ne sont ni en emploi, ni en éducation, ni en formation. Quelque 8 travailleurs sur 10 sont dépourvus de couverture médicale et sociale. Près de 22% des travailleurs ne perçoivent même pas de salaire (aides familiales et apprentis dans le secteur agricole). En matière d’éducation, près d’un tiers de la population est encore analphabète. En moyenne, un Marocain n’est scolarisé que pendant 4,4 ans, soit deux ans de moins que la moyenne des pays arabes (6,3 ans) et plus de trois ans de moins que la moyenne mondiale (7,7 ans). Toutes ces insuffisances impactent le classement du Maroc dans l’Indice de développement humain (IDH). Sur 188 pays, le Maroc occupe la 123e place, loin derrière la Tunisie (97e) et l’Algérie (83e). Le rythme actuel mené par les pouvoirs publics est, ainsi, insuffisant pour le Maroc qui aspire à l’émergence économique. Oxfam pointe du doigt un déficit en matière de gouvernance. De manière générale, le coût économique du déficit en transparence, redevabilité et contrôle est estimé à 1,5% voire 2% du PIB marocain.

La recette pour réduire les inégalités
Il est indispensable de construire l’économie autour des citoyens ordinaires, et non des riches et des puissants. Le gouvernement et les institutions concernées sont appelés à s’attaquer au fléau des inégalités en instaurant un système économique qui bénéficie à toutes et tous en commençant par mesurer les écarts de richesses dans le pays. Plusieurs solutions sont proposées: garantir un partage des richesses plus équitable au sein des entreprises et le respect des droits des travailleurs, faciliter l’accès au travail décent pour les femmes et les jeunes, recourir à une fiscalité juste et progressive pour imposer davantage ceux qui en ont les moyens, lutter contre l’évasion fiscale pour financer des services publics de qualité comme l’éducation et la santé, lutter contre les disparités salariales ainsi que les cumuls des indemnités et améliorer la gouvernance locale, régionale et nationale à travers la reddition des comptes, la transparence, l’accès à l´information et la participation de la société civile.


Boom des milliardaires

En une année (entre mars 2016 et mars 2017), le nombre de milliardaires dans le monde a connu sa plus forte hausse de l’histoire, avec un nouveau milliardaire tous les deux jours. La richesse des milliardaires a augmenté de 762 milliards de dollars, soit plus de sept fois le montant nécessaire par an pour sortir de l’extrême pauvreté les personnes qui y sont plongées. Selon le rapport d’Oxfam, quatre jours suffisent au PDG de l’une des cinq premières marques mondiales du secteur du textile pour gagner ce qu’une ouvrière de la confection bangladaise gagnerait au cours de sa vie. S’agissant du Maroc, les trois milliardaires marocains les plus riches détiennent à eux seuls 4,5 milliards de dollars, soit 44 MMDH. Leur richesse est telle que la croissance de leur fortune en une année représente autant que la consommation de 375.000 Marocains parmi les plus pauvres sur la même période.

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