Maroc

Ihsane Himmi: comment j’ai fondé ma propre marque

Ihsane Himmi est une jeune marocaine qui a fondé sa propre marque de prêt-à-porter. Sur la base de son expérience et de son parcours atypique, elle parle d’entrepreneuriat des jeunes, d’innovation et de climat des affaires…

Comment avez-vous vécu l’expérience de l’entrepreneuriat ?
J’ai fondé Freya en 2013 suite à un constat plutôt simple : Il existe très peu de marques de prêt-à-porter marocaines, et plus généralement d’enseignes qui permettent aux Marocaines d’acquérir des articles tendance à des prix abordables. Les premières années étaient très importantes pour asseoir la marque dans le paysage du prêt-à-porter marocain. Nous avons choisi un business model «digital centric», combinant de la vente en ligne via notre e-store et un point de vente physique unique. Sept ans plus tard, nous avons relevé le défi et avons réussi à asseoir un business model innovant et à développer une réelle communauté de «modeuses», adhérant à l’esprit Freya. Avec la crise actuelle, nous avons décidé d’intégrer à nos collections des capsules de designers marocains, ce qui leur permettra de bénéficier de nos canaux de distribution, mais aussi de notre clientèle.


Vous avez quitté les hautes sphères de la finance internationale pour rentrer au Maroc, qu’est-ce qui a motivé votre choix ?
Mes passages au FMI et à la Banque mondiale à Washington DC, ont certes été très enrichissants et m’ont permis de contribuer à de nombreux projets, notamment la digitalisation des produits statistiques pour les pays membres au FMI ou encore le développement de l’écosystème entrepreneuriale dans la région MENA, mais le désir d’être partie prenante, à mon niveau, au développement de mon pays, a fait que le retour au Maroc a été une évidence.

Quelles sont, selon vous, les qualités indispensables à la réussite des jeunes entrepreneurs marocains ?
Persévérance, capacité d’adaptation et réelle connaissance du marché («Do your homework !»). Aujourd’hui, les entrepreneurs marocains ont la chance d’avoir accès à un large éventail de produits et services d’accompagnement ; ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. Le challenge est de réussir à identifier les partenaires les plus pertinents pour son business et de les faire adhérer à la solution proposée. Les entrepreneurs, que j’ai rencontrés au Maroc, disposent de toutes les qualités nécessaires pour réussir. Avec le bon accompagnement, le Maroc possède le capital humain qu’il faut pour être un hub entrepreneurial innovant de référence.

Est-ce que l’environnement actuel facilite justement l’entrepreneuriat des jeunes ?
Nous connaissons une situation inédite avec la crise sanitaire mondiale. Plus de 60% des entreprises marocaines ont souffert d’un arrêt temporaire ou permanent de leur activité. Les secteurs publics et privés se sont mobilisés pour mettre en place une série de mesures de soutien aux entreprises afin de limiter l’impact de la crise. Ces efforts viennent soutenir un écosystème, certes jeune, mais en pleine croissance. Les entrepreneurs peuvent bénéficier d’accompagnement au sein de structures dédiées (incubateurs, accélérateurs, clusters sectoriels, etc.) afin de développer des solutions innovantes en ligne avec les besoins du marché. Le projet Innov-Invest ou encore le fonds Intelaka sont des exemples d’initiatives qui sont venues renforcer l’écosystème et permettent aux entreprises d’accéder a du financement, de l’expertise ou à de nouveaux marchés.

Comment l’innovation peut-elle être un vecteur de développement de l’entrepreneuriat au Maroc ?
Innover est désormais une nécessité pour la survie des entreprises. Au Maroc, des mesures structurelles de promotion de l’innovation incluant la hausse des dépenses de recherche-développement et des investissements dans l’éducation, la formation et l’accompagnement des entreprises dans l’adoption de solutions innovantes pourraient renforcer le processus de diffusion de l’innovation. C’est en renforçant les écosystèmes d’affaires que cela devient possible, grâce aux effets d’agglomération, de logiques d’apprentissage, de partage et de mutualisation des ressources et l’accès au financement dans certains cas pour les entrepreneurs.

Quelles sont les actions de Maroc Numeric Cluster dans ce sens ?
La mission de MNC est de soutenir l’innovation et aider les entreprises, quelle que soit leur taille, à aller au-delà de leurs capacités existantes, mais aussi de faciliter l’engagement intersectoriel et interdisciplinaire, la sensibilisation et la collaboration entre les différentes parties prenantes de l’écosystème d’innovation. Dans ce sens, nous avons de nombreuses initiatives en cours. Parmi elles, le déploiement de Fiware, une plateforme open source ayant pour objectif de faciliter la R&D et l’industrialisation digitale et de créer des écosystèmes d’innovation sectoriels, en partenariat avec des acteurs du secteur public et privé. Un autre projet que nous travaillons a trait à la création d’«innovation communities», qui auront pour objectif de promouvoir de l’innovation au niveau régional en incorporant des cursus d’intégration professionnelle, de promotion de l’entrepreneuriat innovant et aussi de formation digitale. Le pilote sera lancé cet automne avec la Cité de l’innovation de UHP Settat. Nous continuons également à jouer notre rôle de fédérateur des différents acteurs de l’écosystème d’innovation pour créer des cas d’usage qui pourront, par la suite, être généralisés. Enfin, nous poursuivons notre mission de diffusion et d’animation de la culture d’innovation en organisant des évènements internationaux, comme Futures In Africa.

SANAE RAQUI / Les inspirations ECO

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