Maroc

Exercice de la médecine par les étrangers : les députés posent leurs conditions

Les députés ne comptent pas faciliter l’adoption du projet de loi assouplissant les conditions d’accès au Maroc aux médecins étrangers. Ils plaident pour l’amendement de ce texte ayant suscité tout un tollé chez les professionnels. Parmi les requêtes, la nécessité d’exiger des conditions relatives à la compétence et l’expérience.

La Commission des secteurs sociaux à la Chambre des représentants a accéléré la cadence de discussion du projet de loi 33.21 modifiant et complétant la loi 131.13 relative à l’exercice de la médecine, qui facilite les conditions d’accès aux médecins étrangers pour l’exercice de leur profession au Maroc.


Le dépôt des amendements par les groupes parlementaires est fixé pour lundi prochain, après avoir finalisé les discussions en une seule séance marathon, le 16 juin. Le texte, qui a suscité des critiques acerbes de la part des professionnels de la santé devra, ainsi, franchir le cap de la Chambre basse dans les prochains jours en vue d’être transféré de toute urgence à la Chambre haute. Plus de temps à perdre, en effet, puisque la session printanière tire vers sa fin. Mais, ce n’est pas pour autant que les députés comptent lâcher du lest sur leur droit d’amender le texte. Ils l’ont, en effet, fait savoir au ministre de tutelle, Khalid Ait Taleb. Ils entendent y introduire des amendements de fond en vue de mettre en place des « garde-fous à l’accès des médecins étrangers au Maroc afin de protéger la santé des Marocains ».

À l’instar des professionnels, qui ont pointé du doigt les dispositions du projet de loi, les parlementaires ont appelé à mettre en place des garanties relatives à la compétence et à l’expérience. Certains ont plaidé pour la nécessité de conditionner leur entrée au Maroc par la signature d’un cahier des charges clair et précis alors que d’autres ont prôné l’impératif d’exiger un minimum de cinq ans d’expérience et d’affecter ces médecins dans les régions éloignées qui connaissent un grand déficit en ressources médicales. Le ministre de la Santé, quant à lui, ne semble pas partager le même point de vue, laissant entendre que le durcissement des conditions d’accès des médecins étrangers au Maroc risque de les dissuader de franchir ce pas, alors que le Maroc aspire à combler le déficit en cadres médicaux en vue d’accompagner le grand chantier de la généralisation de la protection sociale.

Ait Taleb a tenu à préciser que la compétence et l’expérience ne sont pas liées à la durée d’exercice de la médecine. « Il faut lever les barrières pour attirer médecins étrangers », a-t-il précisé en réponse aux critiques des parlementaires de la commission des secteurs sociaux.

Défis
Il faut dire que le Maroc n’a jamais interdit l’exercice de médecine aux étrangers, mais la procédure est, jusque-là, très complexe. Pour ouvrir la porte aux praticiens étrangers, la souplesse s’impose. A titre d’exemple, les médecins étrangers inscrits dans le tableau d’un ordre étranger seront exonérés de la condition de l’équivalence avec les diplômes nationaux.

Selon Ait Taleb, cela ne représente aucune menace sur le système de santé marocain compte tenu du fait que les concernés disposent de la compétence nécessaire sur la base de laquelle ils ont été enregistrés dans l’ordre étranger. « L’expérience acquise sur le terrain remplace la condition d’équivalence », a-t-il relevé.

Le recours aux médecins étrangers n’est qu’une solution parmi d’autres pour promouvoir l’accès aux soins au Maroc. Il ne permettra pas, en effet à lui seul, de régler les dysfonctionnements qui minent le secteur, comme le souligne le responsable gouvernemental. D’autres réformes sont en vue, telles que la mise en place d’un statut spécial pour la fonction publique sanitaire. Le texte a été finalisé et transféré au Secrétariat général du gouvernement qui devra bientôt le soumettre au Conseil de gouvernement pour approbation. Cette nouvelle loi permettra de régler le dossier de l’amélioration des conditions de travail de toutes les catégories des professionnels, à travers la mise en place des incitations adéquates aux médecins qui auront un salaire fixe plus une partie variable selon le rendement et ce, en vue d’inciter les praticiens à donner le meilleur d’eux-mêmes.

La réforme en cours tend aussi à supprimer les barrières entre le secteur public et le secteur privé et à créer des passerelles entre les deux secteurs dans le cadre du renforcement du partenariat public-privé. Ce n’est que de cette manière que l’on peut attirer les compétences et limiter la fuite des cerveaux. En ce qui concerne l’iniquité territoriale en matière de répartition des ressources humaines, la mise en place de la très attendue carte sanitaire s’avère nécessaire.

Cet objectif fait partie de la réforme en cours. La répartition équilibrée des médecins exige, selon le ministre de la Santé, de recourir au renforcement de la formation des médecins dans les régions et à l’emploi régional. Il faut dire que parfois le ministère de la Santé peine à recruter des médecins et, par conséquent, les postes budgétaires consacrés au secteur, qui sont jugés trop insuffisants pour répondre aux besoins, restent vacants. Un chiffre effarant est cité à cet égard par le ministre de tutelle: parfois le taux d’utilisation des postes budgétaires pour le recrutement des cadres médicaux et infirmiers ne dépasse pas 30 %.

Aussi, la territorialisation de la gestion du secteur s’impose-t-elle dans la vision de réforme. C’est dans ce cadre que s’inscrivent les plans régionaux de l’offre de soins ainsi que l’élaboration et la mise en œuvre du programme médical régional visant à dépasser les lacunes détectées en matière d’organisation de l’offre de soins.

Un déficit criant en médecins

Le Maroc aspire à attirer non seulement les compétences étrangères, mais aussi les médecins marocains exerçant à l’étranger dont le nombre est estimé à 14.000 médecins dont 7000 en France alors que le manque est criant aussi bien en médecins qu’en infirmiers. Le Maroc ne dispose que de 1,65 personnel médical pour 1.000 habitants alors que le taux minimal exigé par les standards internationaux est de 4,45. Le déficit en médecins dépasse 32.000 dont 12.000 dans le secteur public. Celui en infirmiers et techniciens de la santé est de plus de 64.000 dont plus de 50.000 dans le secteur public. Aucun miracle ne pourrait résoudre, du jour au lendemain, cette problématique structurelle qui est due à plusieurs causes, dont le verrouillage de la formation pendant des années ainsi que le manque d’attractivité du secteur de la santé publique. Aujourd’hui plus que jamais, il faut ouvrir la formation en médecine à plus de lauréats pour que le Maroc puisse disposer, dans les années à venir, de compétences nationales suffisantes.

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco

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