Maroc

Enseignement à distance : où en est-on ?

Un décret, en attente dans le circuit législatif, a pour but d’implémenter les dispositions de l’article 33 de la loi-cadre du système d’éducation et de formation qui stipule la nécessité de développer l’enseignement à distance et les ressources numériques pédagogiques. De grands efforts restent à déployer pour garantir l’égalité des chances entre tous les élèves, dont la mobilisation des ressources financières nécessaires pour asseoir un véritable dispositif d’e-learning. Décryptage…

Le Maroc a-t-il réussi le pari de l’enseignement à distance qu’il a expérimenté, pour la première fois, au début du confinement en 2020 ? Rien n’est moins sûr, d’après nombre d’enseignants, de parents et de députés, bien que des efforts considérables aient été consentis depuis le déclenchement de la crise sanitaire pour assurer la continuité pédagogique.


Aujourd’hui, l’enjeu est de pouvoir développer cette expérience qui démontre la nécessité de disposer d’un dispositif de télé-enseignement efficace pour, non seulement faire face aux imprévus tels que la crise sanitaire actuelle, mais aussi améliorer les acquis des élèves. Le ministre de l’Éducation nationale, de la Formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Saaid Amzazi reconnait l’existence de plusieurs problèmes, à commencer par celle de l’inégalité des chances, notamment dans les régions reculées.

En effet, certaines catégories d’élèves n’ont pas accès au matériel informatique et encore moins à l’internet. L’espoir était de débloquer un budget spécial pour l’équipement des élèves en tablettes afin de leur permettre de suivre l’enseignement à distance et de consulter le contenu numérique pédagogique.

Néanmoins, le geste attendu du gouvernement n’était finalement pas au rendez-vous, ni dans la loi de finances rectificative de 2020 ni dans le Budget 2021. Il aurait fallu, selon les prévisions, mobiliser quelque 3 milliards de dirhams pour équiper les élèves bénéficiaires du programme Tayssir en matériel numérique.

Or, ce sont seulement 10.000 tablettes qui ont été distribuées aux élèves dans les régions reculées, en coopération avec des partenaires du département de tutelle (les collectivités territoriales, la société civile et la coopération internationale). Quant à la connexion internet, seuls quelque 7.000 élèves y ont eu droit. Pour limiter l’ampleur de ces lacunes, le ministère de l’Education nationale a misé, au cours de cette année, sur la diffusion des leçons télévisées.

À ce titre, une grande avancée a été enregistrée en une année en matière d’élaboration de contenu numérique pédagogique. On est, en effet, pratiquement partis de zéro. Aujourd’hui, le contenu numérique couvre l’ensemble des matières et des niveaux, d’après Amzazi. Le responsable gouvernemental comptait aussi, au cours de cette année scolaire, sur l’auto-apprentissage des élèves.

Sauf que ce concept n’est pas assimilé par tous et nécessite de grands efforts aussi bien de la part des enfants que des parents. Pour qu’elle puisse réussir, cette méthode nécessite d’être acquise dès les premières années de l’apprentissage, selon les spécialistes. Même les lycéens ont peiné à appliquer concrètement l’auto-apprentissage, en l’absence d’un véritable accompagnement de la part des enseignants qui, de leur côté, ne sont pas habitués à cette méthode.

Et maintenant ?
Le gouvernement est appelé désormais à traiter les dysfonctionnements constatés de part et d’autre et à capitaliser sur les acquis pour développer l’expérience du télé-enseignement et la rendre durable et efficace. C’est l’occasion ou jamais de développer l’e-learning au Maroc à l’instar de ce qui est fait sous d’autres cieux. D’ailleurs, c’est l’une des dispositions de la loi-cadre du système d’éducation, de formation et de recherche scientifique qui a été adoptée en août 2019.

La mise en œuvre de cette loi nécessite l’adoption de plusieurs textes d’application toujours en stand-by. En ce qui concerne l’enseignement à distance, un projet de décret est déjà introduit dans le circuit législatif pour implémenter les dispositions de l’article 33 ce texte qui stipule la nécessité de développer l’enseignement à distance, considéré comme complémentaire au mode présentiel. La loi-cadre envisage l’intégration de « l’enseignement électronique » dans le système dans la perspective de sa généralisation de manière progressive. Elle prône également le renforcement de l’intégration des technologies de l’information et de la communication dans la promotion de la qualité des apprentissages et l’amélioration de leur rendement.

Le projet de décret qui devra être adopté sous peu vise notamment le renforcement des compétences des enseignants dans le domaine numérique et l’augmentation du rythme de réalisation des contenus numériques. Il est très attendu pour rendre obligatoire l’enseignement à distance.

En effet, rien dans la loi ne l’impose à l’heure actuelle. La mise en place d’un système national d’e-learning imposera à tous les enseignants d’introduire les technologies de l’information et de la communication dans leur planning d’enseignement.

La modernisation des méthodes pédagogiques exige l’utilisation des supports numériques qui devra être une activité obligatoire au sein des classes pour favoriser le travail collaboratif et développer le sens critique, l’esprit d’analyse… Même au niveau de l’enseignement supérieur, le besoin se fait sentir de numériser les contenus pédagogiques à l’instar de ce que font beaucoup de pays. Un objectif qui s’inscrit visiblement dans le cadre de la réforme en vue du Bachelor.

Le département de tutelle mise en effet sur les nouvelles technologies de la communication pour résoudre la problématique de massification des établissements à accès ouvert et accompagner l’enseignement présentiel. Mais, là aussi, il faudra résoudre la problématique de l’accès des étudiants à internet afin de garantir l’égalité des chances et ne laisser personne pour compte.

C’est dans ce cadre que s’inscrit l’accord qui a été conclu avec l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT) pour le financement et la généralisation de l’accès à internet à toutes les universités. Baptisé « campus connecté », ce projet, rappelons-le, nécessitera un financement de 180 millions de dirhams. Il sera lancé dès la prochaine année universitaire.

Une grande responsabilité incombe au prochain gouvernement pour mener à bien ce chantier. Parmi les pistes de financement figure le développement des programmes de partenariat dans le cadre de la coopération internationale pour promouvoir, entre autres, l’enseignement à distance, tel que stipulé par l’article 49 de la loi-cadre. 

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco

Rejoignez LesEco.ma et recevez nos newsletters


Articles similaires

Bouton retour en haut de la page