Maroc

Enseignants stagiaires : Khadija, Meriem et Hamid défient Benkirane

Ils s’appellent Khadija, Meriem et Hamid, ils sont les enseignants de demain, depuis trois mois ils mènent une grève contre des décisions gouvernementales. «Les Inspirations ÉCO» les a rencontrés dimanche matin, lors de leur marche nationale. Reportage.


Hamid, 31 ans, est un instituteur en formation au Centre régional des métiers de l’éducation et de la formation (CRMEF) de Ouarzazate. Depuis 48 heures, il enchaîne les réunions pour préparer ce grand jour. Son corps accuse le poids des nombreuses heures de réunions. «Le gouvernement a cédé, malgré l’interdiction, nous avons imposé notre marche pacifiste», lâche ce membre dirigeant de la Coordination nationale des enseignants stagiaires (CNEF), avant de rejoindre le cortège composé de milliers d’instituteurs en formation, qui ont pu arriver à Rabat, malgré les difficultés à trouver un moyen de transport.

Portait d’une jeunesse précaire
Ce licencié en géographie est originaire de Zagora. Il a une carrière d’enseignant de quatre ans derrière lui. «J’ai travaillé comme enseignant au primaire dans les zones enclavées de cette province», relate-t-il. Il a servi dans l’éducation sous un statut précaire. «Depuis plusieurs années, le ministère souffre d’un grave déficit de RH dans les régions. Au lieu d’embaucher des enseignants, ils ont eu recours à des intérimaires pour combler le déficit. J’ai travaillé dans des conditions extrêmement difficiles pour un salaire de 1.900 DH/mois». Un salaire que ces instituteurs recevaient avec des mois de retard des Académies régionales de la formation et d’éducation (AREF). «Je ne veux plus servir sous ces statuts précaires que le ministère crée pour maquiller le déficit criant», s’insurge Hamid. Et d’exiger: «Tout le monde sait que le déficit en enseignants est de 20.000 postes dans le cycle fondamental. Nous sommes prêts à servir le pays. Au lieu de ça, le gouvernement ne veut pas embaucher des instituteurs».

À quelques mètres de là, banderoles et pancartes couvrent la Place Bab El Had. Nous retrouvons Khadija, elle est institutrice en CRMEF de Khouribga, spécialité langue arabe. Ses cordes vocales vont décrocher d’une octave pour crier sa colère contre les deux circulaires du ministère de l’Éducation nationale séparant leur formation de l’embauche et de facto faire passer son statut de fonctionnaire à simple étudiant; puis la deuxième circulaire réduisant leur bourse annuelle de 2.450 à 1.200 DH. «Nos revendications sont légitimes. Nous nous ne pouvons pas accepter les deux circulaires», lance-t-elle au milieu de cette marche dense. Près d’elle, une discussion s’engage avec Abdellah et Meriem, tous deux venus du CRMEF de Casablanca. «Le gouvernement veut nous offrir une nouvelle formation, alors que nous avons besoin d’un emploi», affirme ce licencié en droit et détenteur d’un master en logistique. Meriem lui donne la réplique : «Ces circulaires ne sont pas applicables à notre promo, car elles ont été publiées au B.O après le début de notre formation», argumente-t-elle. En ce début de la marche, le verbe est politique et les slogans dénoncent le gouvernement. Les instituteurs défient la politique de Abdelilah Benkirane, chef de gouvernement. Ces futurs enseignants du Maroc profond marchent sur Rabat, pour fêter ce qu’ils appellent «Une victoire symbolique».

Le gouvernement négocie
La veille, au siège la wilaya de la région Rabat-Salé-Kenitra, la coordination s’est réunie avec le gouvernement pour une première séance de négociations. Les membres de la CNEF ont été reçus par Cherki Draiss et Khalid Berjaoui, respectivement ministres délégués à l’Intérieur et à l’Éducation nationale. Selon le communiqué de «l’Initiative civile pour résoudre la problématique des enseignants de demain», le gouvernement a promis d’embaucher directement la moitié de cette promo en août 2016 et le reste quatre mois après. Ce collectif, composé de personnalités de la société civile et d’intellectuels, a été l’initiateur de cette médiation. «Les deux parties ont convenu de continuer les négociations autour des deux points afin que les enseignants mettent fin à leur grève». Des consultations sont prévues entre les membres des 41 coordinations régionales, représentants les CRMEF. «Le gouvernement accepte de négocier, chose qu’il refusait de faire depuis trois mois. C’est un pas pour nous», se réjouit Hamid. Il reste néanmoins mesuré: «Aucune décision n’a été prise par notre coordination. Lundi, une autre phase pour notre combat commence».


 

Une manifestation, plusieurs bilans chiffrés

Ce n’est pas «Une» mais «Des» versions qui ont circulé à propos des estimations concernant le nombre de participants à la marche organisée, hier dimanche, à Rabat. Si du côté des services de la Sécurité nationale, des sources avancent le chiffre de 6.000 personnes, les organisateurs quant à eux annoncent quelques 30.000 participants. Sur place, de visu, l’on constate une forte mobilisation et de nombreuses parties prenantes livrent un bilan chiffré à 20.000 personnes.


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