Maroc

Emploi: les Bac et plus attendent presque un an avant de trouver leur premier job !

C’est ce que révèle la toute première enquête nationale 2018, menée par l’Instance nationale d’évaluation du système d’éducation, de formation et de recherche scientifique, relevant du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, sur l’insertion des lauréats de l’enseignement supérieur. Zoom sur les trajectoires d’entrée dans la vie active des lauréats.

Au Maroc, les diplômés de l’enseignement supérieur, toutes branches confondues, doivent patienter en moyenne 10,8 mois, c’est-à-dire à peu près 11 mois, avant de décrocher leur premier emploi. L’information a été révélée dans une enquête inédite menée par l’Instance nationale d’évaluation du système d’éducation, de formation et de recherche scientifique (INE), relevant du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS), auprès de lauréats de l’enseignement supérieur de 2014, sur une période de quatre ans. Elle montre les «difficultés énormes» d’accès des jeunes diplômés à l’emploi dans notre pays, une situation longtemps décriée par les partenaires internationaux du Maroc, parmi lesquels la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD), notamment. En effet, le délai d’attente, avant le premier emploi, est un indicateur important qui renseigne sur la transition entre les établissements de formation et l’emploi. Plus cette durée est longue, plus l’insertion dans le marché du travail sera difficile et moins en adéquation avec la formation reçue par les diplômés, en raison notamment d’une dépréciation du capital humain initial. Bref, cet indicateur mérite d’être amélioré dans notre pays à travers une meilleure adéquation formation/emploi, surtout dans les universités publiques. En effet, observé de plus près et dans l’ordre décroissant, l’enquête relève qu’il est très élevé parmi les diplômés des universités.


Les lauréats des universités sont ceux qui sont le plus à la peine
Les lauréats de nos facultés doivent attendre en moyenne 12,2 mois avant de décrocher leurs premiers jobs (les femmes accusent un délai de 13,3 mois et les hommes sont à 11,3 mois). C’est donc dans nos universités que l’inadéquation formation/emploi est la plus flagrante. Ce qui explique que de moins en moins de parents y envoient leurs enfants. En effet, le délai d’attente des diplômés de la formation professionnelle post-bac est moins longue (10,3 mois). Mieux, parmi les diplômés des établissements ne relevant pas des universités et ceux de l’enseignement supérieur privé, la durée moyenne pour trouver un emploi est beaucoup plus tenable, puisqu’elle est, respectivement, de 6,6 et 6 mois (Voir histogramme). En tous cas, l’analyse de l’adéquation entre les emplois occupés par les lauréats et les formations reçues, telle qu’elle ressort de l’enquête, révèle que plus de la moitié (52,2%) des diplômés exerçant un emploi, au moment de l’enquête, ont déclaré une adéquation parfaite entre le poste occupé et la formation reçue. Près d’un tiers (31,8%) d’entre eux ont affirmé que cette adéquation n’était que partielle. Le reste des lauréats (16,0%) a déclaré une inadéquation totale entre l’emploi et la formation reçue.

Les hommes sont plus favorisés que les femmes
Autre information et non des moindres, l’enquête relève aussi qu’au niveau genre, il existe une inégalité d’accès à l’emploi entre les lauréats hommes et les lauréates femmes de 2014. En effet, 82,1% des hommes arrivent à décrocher un premier emploi sur la période d’observation de quatre ans qui suit la diplômation initiale en 2014, contre 66,7% des femmes, soit un écart de près de 15,4 points. Cette différence est révélatrice d’une inégalité d’accès au premier emploi en faveur des hommes à l’issue de l’obtention de leurs diplômes, toutes composantes confondues (voir camenberts). Malheureusement, elle est également relevée au niveau du premier salaire mensuel net perçu. En effet, l’analyse des résultats de l’enquête montrent que le salaire mensuel net moyen perçu par les lauréats des établissements universitaires publics de 2014, lors de leur premier emploi, ne dépasse pas 4.959 DH. Ce dernier oscille autour de 6.061 DH dans le secteur public, 5.379 DH dans le secteur semi-public et 4.237 DH dans le privé. Elle fait aussi ressortir des inégalités sexuées en faveur des hommes. En effet, ces derniers perçoivent un salaire mensuel net moyen de premier emploi aux alentours de 6.236 DH dans le secteur public tandis que leurs homologues femmes débutent avec une rémunération moyenne de 5.729 DH, soit une différence de 8%. On enregistre, également, un écart salarial entre les femmes (4.015 DH) et les hommes (4.457 DH) qui débutent leur carrière dans le privé, atteignant 10% en faveur des hommes. Concernant les lauréats des établissements universitaires privés, les données montrent que le premier salaire mensuel net moyen perçu est de 6.133 DH dans le public, contre 6.696 DH dans le privé. De plus, on enregistre un écart entre les femmes et les hommes de 6% en faveur de ces derniers. Dans le secteur public, les hommes gagnent aussi plus que les femmes lors de leur premier emploi, avec un écart de l’ordre de 4%.

Le secteur privé, premier pourvoyeur d’emplois
Par type d’employeur, l’analyse montre que le secteur privé formel est le plus grand pourvoyeur d’emplois pour les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur, quatre ans après l’obtention de leurs diplômes. En effet, près des deux tiers des diplômés (64,8%) sont employés par ce secteur. Le reste des postes est assuré, principalement, par l’État (33,1%, y compris les entreprises publiques et semi-publiques) et l’auto-emploi qui marque sa présence avec 2,3% de l’ensemble des postes concernés. Le secteur informel ne contribue à l’emploi des jeunes diplômés que par une faible proportion, ne dépassant pas 1,5% des postes. En plus, le secteur privé formel profite davantage aux diplômés de l’enseignement supérieur privé (87,2%) et à ceux de la formation professionnelle post-bac (81,3%). Selon la taille de l’entreprise, l’enquête montre que ce sont les PME qui insèrent le plus souvent les diplômés de l’enseignement supérieur (hors secteur public). En effet, plus de 57,6% d’entre eux ont été recrutés par les petites entreprises (moins de 50 salariés) et 21,4% par des moyennes entreprises (de 50 à 199 salariés).

Les services, champions des employeurs
Sur le plan sectoriel, et à l’instar de sa contribution à l’emploi au niveau national, le secteur des services reste le principal pourvoyeur d’emplois des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur. Il emploie environ 84% des diplômés, quatre ans après l’obtention de leur diplôme en 2014. Par type de contrat, l’enquête fait ressortir que plus des trois-quarts (76,7%) des diplômés concernés, quatre ans après l’obtention de leur diplôme, exercent dans le cadre de contrats de travail à durée indéterminée, dont 54,1% dans le privé et 18,8% dans le public.

Aziz Diouf / Les Inspirations ÉCO


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