Maroc

Culture de la rose : Pas si naturelle que ça !

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La rose a fait la fortune et la réputation de Kelâa M’Gouna. La région fournit, en effet, l’industrie de la parfumerie aussi bien nationale que mondiale. Seulement, plus de 80% de l’eau de rose commercialisée sur les étals au Maroc serait chimique, selon la Fédération interprofessionnelle marocaine de la rose à parfum (Fimarose) qui tire la sonnette d’alarme.


À l’approche de la localité de Kelâa M’Gouna, à 25 km de Boutaghrar, des champs sont délimités par des rubans de roses, lesquels bordent la route conduisant à la capitale des roses. Les 15.000 habitants de cette petite ville vivent presque tous de la culture de la rose. Cette culture est tellement primordiale à l’économie de Kelâa M’Gouna qu’un grand festival y est organisé tous les ans  pour célébrer cette fleur. Ici, tout le monde suit le cycle de la rose, de culture à la cueillette. Dés la mi-avril et durant un mois, des ouvrières récoltent, chaque matin,  les roses dans les champs. Des centaines de sacs sont ainsi acheminés vers les distilleries de la ville, connue par la qualité de ses roses utilisées notamment dans l’industrie de parfumerie. Comme la Turquie et la Bulgarie, Kelâa M’Gouna présente, en effet, des conditions géographiques et climatiques très avantageuses pour la culture de la rose damascenna, qui proviendrait de la péninsule arabe. Dix grandes entreprises, qui se partagent 75% du marché mondial, préfèrent, d’ailleurs, la rose de Kelâa M’Gouna. Depuis 1962, la saison de la cueillette est prétexte à la fête dans cette petite ville endormie dans la vallée M’Gouna, la vallée des mille Kasbahs.

La 54e édition de la Fête des roses, qui s’est tenue, cette année, du 12 au 15 mai, aura accueilli plus de 100.000 visiteurs, soit une hausse de 40% par rapport à l’année dernière, selon les organisateurs. «Cette édition a été un grand succès. Plus de 100.000 visiteurs, aussi bien marocains qu’étrangers sont venus à la fête des roses», est-il souligné . Plus de 300 exposants, dont des associations et des coopératives, venus de toute la province de Tinghir ont participé à cet événement placé, cette année, sous le thème : «Le festival des roses, une valorisation des produits de terroir et un levier pour le développement durable», à l’initiative de la Fédération interprofessionnelle marocaine de la rose à parfum (Fimarose). Durant ce festival, Kelâa M’Gouna s’est transformée en un grand marché.

Pour les producteurs de l’eau de rose, l’événement est la meilleure occasion pour vendre leurs produits. Les populations des douars voisins y viennent pour les expositions de produits artisanaux et agricoles. Et pas seulement, elles sont aussi venues pour profiter du programme fait de chansons et de danses folkloriques, et surtout, pour voir élire Miss Rose de la 54e édition. Les touristes sont là  également pour découvrir les produits cosmétiques fabriqués à partir de la distillation des pétales de roses. Tout au long du grand boulevard Mohammed V, les commerces se suivent et se ressemblent.  Sur les étals, la rose et ses multiples dérivés occupent une place de choix : fleurs séchées, eau distillée, produits de beauté, savons, gels douche, crèmes cosmétiques….Tout est  au parfum et à la couleur de la rose.

Hélas, tout n’est pas rose ! Le secteur connaît, en effet, est plombée par la contrefaçon. «Certains se contentent de mélanger une très faible quantité de l’essence de rose avec de l’eau, qu’ils vendent comme étant un produit purement naturel», confie un vendeur, passionné de la rose. Bien que Kelâa M’Gouna soit connue pour ses roses de très bonnes qualité -reconnue même sur le plan international-, chercher des produits naturels semble une mission, on ne peut plus, difficile dans ce marché. Après avoir fait quelques échoppes, il ne nous a pas fallu longtemps pour comprendre qu’il y avait une eau de rose première qualité et une autre de second choix . «Il y a une eau de rose naturelle et une autre eau de rose synthétique.

Ce dernier produit est moins cher et reste à la portée de tous», confie un commerçant. La situation est inquiétante. Malheureusement, les clients ne sont pas informés. Les produits synthétiques ne peuvent être reconnaissables qu’à leur prix moins cher que celui des produits bio. Plus de 80% de l’eau de rose, qui est commercialisée sur les étals des échoppes, serait chimique, avoue le directeur des Arômes du Maroc, Jalal Charaf. La filière, poursuit-il, «a un problème de production et non pas de commercialisation. À partir de 2010, la cosmétique naturelle s’est beaucoup développée. Nos clients ont commencé à nous demander des produits qui soient «pesticides free» pour parfumer des compositions cosmétiques».

Pour éclairer les agriculteurs, la fédération devrait, sous peu, s’atteler sur cette problématique. «Nous avons créé une norme, soit un signe distinctif pour resserrer les règles dans le domaine. Une demande a, d’ailleurs, été faite dans ce cadre pour que l’eau de rose soit naturelle», a-t-il fait savoir au sujet de l’eau de rose synthétique. Il y a toutefois un endroit pour trouver la véritable eau de rose : la distillerie des Arômes du Maroc.

Cette distillerie, qui est la plus ancienne et la plus grande de la région, distille chaque année près de 80 tonnes de roses, contre 400 tonnes, il y a quelques années. Cette production est destinée presque exclusivement aux grandes parfumeries européennes. «Pour nos clients, dont des sociétés internationales de renom, la qualité de la rose est essentielle. Ils demandent des roses propres», souligne Jalal Charaf. Sur l’ensemble des fermes existantes à Kelâa M’Gouna (8.000 fermes, selon les chiffres officiels), seules trois ont obtenu la certification, qui reprend dans ses grandes lignes les normes reconnues mondialement. Alors que la fédération parle, elle, de seulement 400 fermes. 

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