Maroc

Crise de l’îlot de Leila: Des militaires espagnols témoignent

Près de 15 ans après la crise qui a secoué les relations entre Rabat et Madrid à propos de l’îlot Leila, des officiers ayant participé à l’opération militaire livrent la version espagnole.
 
Les langues se délient 15 ans après la plus importante crise diplomatique entre le Maroc et l’Espagne, après la Marche Verte, de l’aveu même de l’armée espagnole. Il s’agit du conflit de l’îlot de Leila, ou Perejil pour les Espagnols. Le journal électronique www. elespanol.com a donné la parole à cinq membres du commandant ayant pris part à cette opération, lesquels ont livré un récit rocambolesque de l’opération qui a débuté à cinq heures de la matinée du 17 juillet 2002. Or, la première remarque qui saute aux yeux après la lecture des témoignages des militaires est la peur mêlée à l’incertitude, qui s’est emparée des 26 membres de cette opération avant et durant ce qu’ils appellent la «reconquista » (la reconquête).
L’opération ordonnée par le chef du gouvernement espagnol d’alors, Jose Maria Aznar, intervient suite à l’échec de l’intermédiation diplomatique, souligne le journal qui affirme que Aznar était convaincu que seule une «opération militaire mettra fin à l’invasion du Perejil par 11 soldats marocains» ! Les détails sont racontés par un tireur d’élite, le commandant de l’équipe des opérations spéciales, le pilote d’hélicoptère-appât sans aucun commando à bord mais servant à dévier l’attention des soldats marocains, une infirmière et le chef de l’escadron des hélicoptères. Sur son chemin vers l’îlot, l’escadron croise un patrouilleur marocain équipé d’un canon de 20 mm, selon la version du pilote de l’hélicoptère envoyé en éclaireur. L’embarcation marocaine aurait braqué ses projecteurs sur l’appareil espagnol.
C’était la première confrontation tendue entre les deux parties vu que les deux avaient littéralement les doigts sur la gâchette prêts à tirer, selon le pilote ibérique. D’après l’ensemble les témoignages, le face-à-face avec l’embarcation militaire marocaine était le moment le plus critique vécu par les militaires ibériques. Certains se sont vus éjectés au fin fond de la mer, servant de petit-déjeuner aux poissons. Outre la guerre militaire, les deux protagonistes ont mené parallèlement une guerre électronique. Les transmissions furent annulées dans la zone du Détroit et durant dix minutes, toutes les communications avec les militaires étaient coupées.
D’ailleurs, le gouvernement espagnol a vécu les pires moments d’angoisse durant ce laps de temps. Selon ce précieux témoignage, les éléments désignés pour prendre part à cette opération secrète ont été alertés au moins deux fois, mais la mission a dû être reportée in extremis. Celle-ci a failli coûter la vie à une poignée de ses membres non pas à cause de l’affrontement militaire mais au vent qui soufflait si violement sur l’îlot et qui a failli renverser un aéronef.
Initialement, il était prévu qu’un interprète arabe fasse partie de cette mission mais le centre d’intelligence espagnol (CNI) s’est opposé à envoyer un de ces éléments. Finalement, les militaires espagnols ont opté pour la lecture d’un texte appelant à la reddition, en espagnol et en français. La consigne donnée aux soldats espagnols est de capturer les soldats marocains ayant occupé un îlot sous souveraineté espagnole, en évitant les pertes humaines.
Même après la fin de la mission et leur retour à la base de Séville, les officiers sont restés à la disposition de leurs supérieurs, en cas de besoin d’une deuxième intervention, se remémore un témoin. Celui-ci raconte comment au retour de la mission, leurs familles les ont reçus avec un « bouquet de persil » à la main et leurs ont réservé un accueil triomphal! De même, les militaires ayant participé à cette mission ont été décoré d’une médaille prestigieuse.
Toutefois, ce récit qui se voulait glorieux et flatteur à l’adresse de l’armée espagnole et les commanditaires de cette opération n’a pas convaincu le lecteur espagnol. L’article a été fortement raillé sur les réseaux sociaux, qui n’ont pas manqué de revenir sur la maladresse du gouvernement d’alors dans cette guéguerre. Les internautes ont peu apprécié le ton glorieux du texte qui fait l’éloge de la décision d’Aznar d’envoyer des troupes militaires à un îlot occupé par des «chèvres qui ne savent pas tirer», ironise ce commentateur, et à cet autre d’estimer qu’il s’agit du «plus ridicule épisode dans l’histoire de l’armée espagnole ».


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