Maroc

Assises nationales, L’ALCS planche sur son avenir

L’Association de lutte contre le sida (ALCS) se prépare à vivre un nouveau virage. À la veille de cette mutation, visite dans les locaux d’une ONG pionnière et rencontre avec sa présidente.


Au siège de l’ALCS à Casablanca, nous retrouvons Pr. Hakima Himmich, l’emblématique présidente de cette association, depuis 28 ans. La ligne directe de son bureau sonne, elle décroche, c’est une personne souhaitant réaliser un test de dépistage. L’équipe en charge du dépistage prend le relais. Presque trois décennies après sa création, cette association s’est professionnalisée pour devenir une véritable PME solidaire, «mais sans perdre notre âme bénévole», insiste Himmich. D’ailleurs, l’ALCS est parmi les quatre premières associations marocaines labellisées «Association responsable», par Vigéo. Cet enjeu sera au cœur des débats des 11es Assises nationales qui s’ouvrent aujourd’hui vendredi à Bouznika, sous le thème : «L’ALCS de demain». Un financement en péril L’ALCS c’est 100 collaborateurs, 300 bénévoles, 19 sections et 32 centres d’information et de dépistage anonyme et gratuit. En 2014, les charges globales de l’association se sont élevées à 26,2 MDH. Cette structure lourde dépend du financement international. «L’État ne nous finance pas, elle ne fait que transférer les fonds que nous recevons de l’ONUSIDA», explique Himmich. Le Fonds mondial pour le sida finance, à hauteur de 40%, l’action de l’association, le reste est le fruit de projets avec des bailleurs internationaux et des donateurs privés. Actuellement, l’ONG compte des projets avec les fondations DROSOS, Ford et Total. Dans le contexte de la crise économique en Europe, ces financements sont aujourd’hui en péril. «C’est pour cette raison, que nous consacrons un atelier lors des assises autour de la mobilisation de financements diversifiés et durables», souligne la présidente de l’ALCS. Les ressources provenant de l’ONUSIDA vers le Maroc sont également en danger. La classification du royaume, comme pays à revenu intermédiaire, le relègue au profit d’autres pays jugés prioritaires (cf:www.leseco.ma). «C’est une bataille que nous menons à l’ALCS avec d’autres pays du Sud», affirme Himmich. L’autre moyen pour pérenniser le modèle de l’ALCS, c’est la collecte de dons. Bénéficiant du statut d’utilité publique, dès 1993, l’ALCS a connu un véritable tournant en 2005. Cette année-là, l’association organise «Sidaction Maroc». «Cette campagne a eu un grand succès national et a contribué au changement de la perception de cette maladie par les Marocains», rappelle Himmich. «Sidaction Maroc» a été renouvelée en 2008, 2010, 2012 et 2014. «Au fil des éditions, notre approche s’est perfectionnée pour éviter les écarts entre les promesses de dons et les dons réels», précise-t-elle. Pour la dernière édition, Sidaction a permis de récolter 10,2 MDH. Un montant qui bénéficie à huit ONG marocaines travaillant avec les personnes vivantes avec le VIH. Pour dessiner les contours de l’ALCS de demain, les membres de cette association débattront, durant trois jours, de la gouvernance de l’ONG, la mobilisation et la formation des militants et le renforcement de la couverture géographique des programmes. Ces débats prennent en compte les mutations au niveau national et international. Sur le plan national d’importants progrès en matière de moyens de prévention et de traitement ont été possibles prolongeant l’espérance de vie sous trithérapie.


Hakima Himmich
Présidente de l’ALCS

Les ÉCO : Quelle est votre vision de l’ALCS de demain ? 
Hakima Himmich : L’ALCS étant une association à caractère communautaire, gouvernée par des instances démocratiquement élues, je ne peux répondre à cette question alors que le processus de consultation de tous les militants de notre association, volontaires et salariés est en cours aux assises. Je peux aussi vous donner les grandes lignes, qui ont été tracées par le comité de pilotage, de la réflexion sur l’ALCS de demain. Ces grandes lignes sont le respect de notre éthique, la poursuite de notre engagement dans la défense des droits humains des personnes vivantes avec le VIH et des groupes les plus vulnérables.

L’ALCS de demain vous comptera-t-elle comme présidente ?
Autant pour les premières années de l’ALCS, il y avait un besoin d’avoir une personnalité pour porter les revendications auprès des autorités, autant à présent la relève est assurée dans tous les domaines. L’ALCS s’est professionnalisée et a grandi. Je remettrai le flambeau aux prochaines élections. Je continuerai comme je le fais depuis le début à être disponible pour l’association comme bénévole.

Quels sont les principaux défis que l’ALCS devrait affronter dans les années à venir ?
Les principaux défis seront la lutte contre la stigmatisation et la discrimination des personnes vivantes avec le VIH et contre les personnes les plus exposées au risque d’infection. Le deuxième défi sera la pérennité des sources de financement.


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