Maroc

Agadir : le patrimoine architectural toujours en péril

Les actes de défiguration architecturale des bâtiments construits à l’époque du Haut-Commissariat à la reconstruction d’Agadir (HCRA) incitent les intervenants à accélérer le processus de préservation de toute la zone abritant ces bâtiments. Aujourd’hui, force est de constater qu’aucun document règlementaire n’existe pour la protection de ce patrimoine architectural.

Une nouvelle fois, le patrimoine du Haut-Commissariat à la reconstruction d’Agadir (HCRA) est en danger. Après les travaux de rénovation entamés dans la Poste principale en 2009 et la récente défiguration de l’Hôtel de ville d’Agadir en 2018, c’est au tour du Tribunal administratif d’Agadir et ancienne cour d’appel de la ville de subir le même sort dans le cadre des travaux d’aménagement lancés, il y a plus d’un mois, au sein de ladite structure administrative relevant du ministère de la Justice. Appelé auparavant Tribunal du Sadad, ce bâtiment fait partie des symboles de la reconstruction de la ville, après le tremblement de terre lundi 29 février 1960, à 23h40. Il a été construit en 1963-1964 comme bâtiment-tampon entre la Cité administrative et le Centre urbain alors que la conception du bâtiment a été réalisée par l’architecte marocain Elie Azagury, président de l’Ordre des architectes du Maroc de 1958 à 1971. Cette nouvelle défiguration qui coïncide aussi avec la commémoration du 61e anniversaire de la reconstruction d’Agadir au cours de ce mois remet sur le devant de la scène la question de la protection du patrimoine architectural du HCRA. Ce dernier est essentiellement marqué par son style brutaliste (béton brut) qui se veut être un symbole de la reconstruction de la ville d’Agadir en plus du style fonctionnaliste.


Manque de conscience
S’il y a un fait méritant d’être relevé, c’est que l’ensemble des défigurations commises jusqu’à présent démontrent à quel point les maîtres d’ouvrages des différents travaux de rénovation ou d’aménagement de ces bâtiments manquent de conscience par rapport à l’importance de ce patrimoine architectural. Et à chaque fois, la société civile se mobilise pour demander la remise en état des bâtiments dégradés surtout au niveau de leurs façades. Dans ce sens, les travaux entamés au sein du siège du tribunal administratif d’Agadir ne dérogent pas à cette règle. Ainsi, le 3 février, le Forum Izorane N’Agadir, qui regroupe des Gadiris rescapés du séisme, a exprimé son indignation devant la défiguration de ce bâtiment alors que d’autres alertes ont été déjà émises par d’autres activistes sur les réseaux sociaux. «Notre association interpelle d’urgence les autorités concernées pour lever le voile sur les travaux «clandestins» de ce chantier, car nous avons constaté le manque d’affichage de l’autorisation et l’absence d’informations sur la nature des travaux», indique le Forum dans son appel de détresse.

La préservation se fait toujours attendre
La multiplication les actes de dégradation architecturale des bâtiments construits à l’époque du Haut-Commissariat à la reconstruction d’Agadir conduit les intervenants à accélérer le processus de préservation de toute la zone abritant ces bâtiments. Aujourd’hui, force est de constater qu’aucun document ou base règlementaire n’existe pour la protection de ce patrimoine, selon le Forum Izorane N’Agadir. Toutefois, la Direction régionale de la culture Souss-Massa à travers les services de conservation du patrimoine a déjà réalisé le recensement de ces bâtiments avant et après le séisme d’Agadir qui présente un intérêt public au point de vue historique, culturel et surtout architectural pour leur protection en tant que patrimoine national. À noter que ce patrimoine, composé de 80 sites, est scindé en deux principales catégories. La première catégorie englobe les édifices rescapés du séisme de février 1960. Parmi eux, le site historique d’Agadir Oufella qui est en cours de réhabilitation. À cela s’ajoute des sites plus modernes tels que le cinéma Salam, l’immeuble de la Municipalité, qui est actuellement le siège de la wilaya de la Région Souss-Massa en plus de l’immeuble Sibra, appelé communément Immeuble sept étages, le lycée Youssef Ben Tachfine et l’immeuble de la «Paternelle» en plus des escaliers de la Satas.

Des architectes et des œuvres de référence
La seconde catégorie regroupe l’ensemble des bâtiments qui ont été construits depuis la mise en place du Haut-Commissariat à la Reconstruction d’Agadir le 29 juin 1960, sous l’autorité directe du Prince héritier Moulay El Hassan. Cette catégorie nécessite aussi une préservation particulière puisqu’elle englobe des œuvres de référence de la période de reconstruction d’Agadir après le tremblement de terre. De nombreux architectes ont contribué à cette opération. Ils sont issus en majorité du mouvement moderniste tel que Elie Azagury, Michel Écochard, Mourad Ben Embarek, Henri Tastemain, Jean-François Zevaco, Patrice de Mazières, Abdeslem Faraoui, Louis Rioux, Armand Amzallag et bien d’autres. C’est au niveau du centre-ville que se concentre la majorité de ces bâtiments aménagés entre 1963 et 1973. À commencer par le Mur de la commémoration, également appelé Mur du souvenir dédié aux victimes du tremblement de terre sur lequel est inscrite la déclaration du roi Mohammed V : «…Si le destin a décidé de la destruction d’Agadir, sa reconstruction dépendra de notre foi et de notre volonté…». À cela s’ajoutent d’autres édifices, notamment les immeubles A et D, la Poste principale, le Marché municipal, la Caserne des pompiers, le collège Souss El Alima etc… 

Yassine Saber / Les Inspirations Éco

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