Politique

PLF 2021 : l’opposition affûte ses armes

L’opposition tire à boulets rouges sur le projet de loi de Finances. On s’attend à des discussions animées au sein de la Commission des finances qui entame aujourd’hui l’examen du texte. L’opposition, qui compte visiblement unir ses forces au sein du Parlement, reproche au gouvernement de ne pas avoir pris en compte la spécificité de la conjoncture actuelle.

Aujourd’hui, la tension sera à son comble au Parlement. Le projet de loi de Finances (PLF) 2021, dont la discussion sera entamée ce lundi après-midi au sein de la commission des Finances et du développement économique à la Chambre des représentants, est vertement critiqué par l’opposition. La mission du ministre de l’Économie, des finances et de la réforme de l’administration, Mohamed Benchaâboun, ne sera pas de tout repos au niveau des deux chambres du Parlement. Il se pourrait même que les groupes parlementaires de l’opposition (PAM, Istiqlal et PPS) unissent leurs rangs en vue de jouer la même partition au sein de l’institution législative. Jusqu’à présent, ils déroulent en effet un discours aux mêmes tonalités, en critiquant le PLF 2021. Alors que la majorité paraît de plus en plus manquer de cohésion, la possibilité de présenter des propositions d’amendement synthétisées par les groupes de l’opposition n’est pas écartée, comme nous le confie la présidente du groupement du PPS à la Chambre basse, Aicha Lablak. En tout cas, les jeux seront faits lors des prochaines réunions de coordination entre les composantes de l’opposition qui étaient plutôt habituées à examiner le PLF en rangs dispersés. À cet égard, le bureau politique du Parti Authenticité et modernité (PAM) estime que la conjoncture actuelle impose à l’opposition une meilleure coordination entre ses groupes parlementaires autour des différentes questions au sein du Parlement. C’est pourquoi, les prochains jours s’annoncent décisifs. Avant de passer à l’étape fatidique du dépôt et du vote des amendements, l’argentier du royaume devra apporter des éclairages aux remarques de l’opposition qui n’y va pas avec le dos de la cuillère. Le parti du tracteur estime que les dispositions du PLF confirment que le gouvernement «n’a pas de boussole ni de vision politique et reflète son échec cuisant à faire face aux développements, notamment le défi de l’épidémie de la Covid-19».


Le PAM reproche au gouvernement d’avoir élaboré, dans une conjoncture de crise, un projet de loi de Finances ordinaire qui ne se distingue en rien des orientations des budgets précédents, pour ce qui concerne le souci de préservation des équilibres macro-économiques au détriment de décisions audacieuses, de la réorganisation des priorités ainsi que de solutions innovantes et efficaces permettant de faire face aux crises.

Plus encore, le parti de Abdellatif Ouahbi accuse le gouvernement de s’appuyer sur de fausses hypothèses et prévisions qui ne prennent pas en compte la réalité de la crise. Du côté de l’Istiqlal (PI), les héritiers de Allal El Fassi ne font pas non plus dans la dentelle. Le comité exécutif du parti de la balance tacle le gouvernement et considère le projet de loi de Finances hybride et sans identité claire, précisant que ce texte ne répond pas aux aspirations des citoyens et des entreprises. Le PI estime que ce projet n’est pas en mesure «de créer les ruptures nécessaires pour cette crise multidimensionnelle et de proposer des alternatives innovantes pour réaliser un véritable décollage économique et assurer une protection sociale aux citoyens». Selon cette formation qui exerce de plus en plus une opposition farouche, le PLF 2021 démontre encore une fois la grande incapacité du gouvernement à gérer la crise sanitaire et ses répercussions économiques et sociales.

L’exécutif est, ainsi, âprement critiqué pour ses choix ultralibéraux qui «ne traduisent pas la volonté de consolider la souveraineté nationale», d’assurer «la sécurité hydrique, énergétique et alimentaire» et de garantir «une bonne transition numérique». Le gouvernement est aussi épinglé pour le retard dans la mise en œuvre de la réforme de la retraite, au sujet de laquelle aucune mesure ne figure dans le PLF, à l’heure où il annonce le démarrage du chantier de la généralisation de la protection sociale.

Le PPS affiche de son côté la même déception, précisant que «nonobstant les mesures et des dispositions que comporte ce projet et qui visent et prétendent traiter timidement cette situation, il sera incapable d’apporter les réponses requises à la situation inquiétante que connaît notre pays». Ce projet, souligne le parti du livre, n’est pas à même de rétablir la confiance des opérateurs pour réaliser la relance économique susceptible de faire tourner la machine de production, et de traiter la situation sociale délicate de larges couches de notre peuple. À cela, s’ajoute le fait «qu’il manque d’ambition et d’audace à la hauteur des défis énormes qui se posent». Les progressistes estiment que le PLF est prisonnier d’une approche qui ne permet pas l’amorce des réformes structurantes requises et escomptées. 

Rahal Mekkaoui
Président de la Commission des finances à la Chambre des conseillers

«Le projet de loi de Finances ne répond pas aux exigences de la conjoncture actuelle ni même d’ailleurs à celles d’une situation normale, alors qu’on aurait aimé que ce soit une occasion pour la relance économique tant escomptée. Le PLF n’est pas non plus à caractère social. Il se contente de mesurettes et de déclarations d’intention alors que les problématiques sont de taille, comme l’augmentation des taux de pauvreté et du chômage.»

Aicha Lablak
Président du groupement du PPS à la Chambre des conseillers

«Il aurait fallu accélérer la cadence pour lancer le plan de relance économique. Les mesures du PLF ne répondent pas aux aspirations. Certes, le contexte est difficile, mais ce n’est pas pour autant qu’on ne peut pas s’appuyer sur des solutions innovantes. À titre d’exemple, nous sommes pour la contribution sociale de solidarité, mais le gouvernement aurait pu trouver des ressources supplémentaires.»

Mbarek Sadi
Coordinateur du groupement de la CDT à la Chambre des conseillers

«Le gouvernement s’est attaqué aux poches des citoyens pour compenser le déficit en recettes, alors que la crise actuelle aurait pu être une opportunité pour mettre en œuvre plusieurs réformes importantes permettant de drainer des ressources financières importantes pour la trésorerie de l’État, comme l’élargissement de l’assiette fiscale, la réforme juridique des marchés publics, l’amélioration de la gouvernance…»

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco


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